1792 de Pierre Bordage

Emile voudrait vivre tranquillement une existence heureuse d’ouvrier agricole, mais les tourments de la Révolution le rattrappent. Difficile de trouver la paix lorsqu’on vit en Vendée très catholique et qu’on non seulement on lui attribut des pouvoirs d’enjomineur, mais qu’il est en plus partisan des idées des Lumières. Ses pas ne vont certainement pas le mener là où il pensait aller, se trouvant soudainement confronté à l’irréel qui ne rentre pas dans l’Encyclopédie.
Cornuaud doit lui subir la malédiction de la prêtresse vaudoun qui réclame son lot de massacre et de sang. Pour qu’elle cesse de le tourmenter, il doit tuer, chaque fois qu’elle lui ordonne un sacrifice. Opportuniste dans Nantes puis Paris tourmenté par les événements révolutionnaires, il aurait presque une chance de passer inapperçu. Son objectif principal reste de lever par tous les moyens cette malédiction qui peut le rendre fou.

Imperatrice Moa Une des permières choses qui frappe à la lecture de l’Enjomineur, est cette description de la Révolution française à mille lieux de l’angélisme des manuels scolaires. C’est une description sans concession aux idéaux, peinte en rouge sang. La nature humaine se retrouve parfaitement tiraillée entre tous les partis qui tentent de tirer la couverture à eux : extrêmistes fanatiques, pillards qui commettent leurs exactions en toute impunité et même au nom de la Révolution, intriguants, noblesses qui profitent de la crédulité de leur gens pour les conduire à la guerre. Pierre Bordage nous emène loin du manichéisme conventionnel et nous emporte dans les tueries aveugles et la folie universelle.

A la fin du premier volume de cette petite série, aucun lien physique n’a été établie entre Emile et Cornuaud.
L’intrigue est évidente : il va se créer une interaction entre Cornuaud l’enjominé et Emile le futur enjomineur, un conflit entre celui qui eut qu’on lève sa malédiction et celui qui ne répondra peut-être pas à sa demande mais quand ? Le premier volume jette juste les bases. Un volume entier sur les destins de deux personnages qui ne se rencontrent pas, voilà qui sort de l’ordinaire.

J’ai toujours ce reproche à l’égard des personnages de Bordage : on ne nage pas dans la complexité psychologique. Il suffirait sans doute de pas grand chose pour arriver à faire de Cornuaud un homme rendu désagréable par son opportunisme, son manque d’humanité et sa curauté, tout en suscitant une émotion chez le lecteur, une compréhension, une forme d’empathie. Il suffirait sans doute de pas grand chose pour arriver à faire d’Emile un jeune homme éclairé, mais perturbé pas sa découverte de l’étrange, et quête d’un amour, et surtout, nous faire vibrer avec lui.

Pierre Bordage plonge aussi son lecteur dans une époque par le vocabulaire. Peut être un peu trop. Il utilise parfois des termes qu’aucun lecteur contemporain normalement constitué ne connaît ou maîtrise. Un glossaire pour les termes civilisationnel n’aurait pas été superflux, ainsi peut-être qu’une petite chronologie très sommaire des événements révolutionnaires. La recherche lexicale tourne parfois mal, et “captivité” ferait moins ampoulé que “claustration” (exemple parmi d’autres…)

J’ai noté et apprécié l’effort pour retranscrire la langue du bocage révolutionnaire. Il n’est pas besoin d’avoir une thèse en patois vendéen pour arriver à comprendre certain dialogue, fort heureusement. Mais l’attention de l’auteur sert aussi à créer l’ambiance générale.

Orcusnf Voilà bien une corde qui manquait à l’arc de Pierre Bordage : le roman historique. Mais pas n’importe quel roman historique, celui-ci est mâtiné de polar et de fantastique, produisant un résultat assez spécial, voire détonant.

Nous assistons donc aux pérégrinations de 2 vendéens, un marin plutôt vaurien, cornuaud et un jeune paysan érudit, émile. Tous deux marginaux, non adaptés à leur société et donc forcément en quête d’une vie meilleure. Deux destins censément croisés, mais pas dans ce volume ci en tout cas. Car autant l’un des deux a tôt fait de prendre la poudre d’escampette vers paris, autant l’autre vadrouille dans toute la Vendée, pour ne pas dire qu’il tourne en rond!

Je ne vous cacherai pas qu’on se demande pouruqoi nous lisons au début, nous avons de l’histoire, indéniablement, une once de polar, mais rien de fantastique. Oh si, quelques brêves apparitions dont émile n’est même pas sûr, mais rien de bien probant en somme. Il nous faudra attendre plus de la moitié de ce tome pour enfin entrevoir quelques grammes de ce nectar si ardemment désiré. Mais autant le dire, vous serez beaucoup plus gâtés dans le tome 2.

Néanmoins, une des bonnes choses apportées par l’auteur consiste en l’introduction du dialecte vendéen. Il peut sembler un peu rebutant de prime abord, surtout quand il constitue le début du 4e de couv, mais on s’y habitue rapidement. Cependant, quelques mots restent assez obscurs, il m’a fallu par exemple plusieurs occurences pour comprendre le sens du mot “berede”. ( je vous aide un peu, ça veut dire beaucoup) Mais ce procédé à un inconvénient de taille, c’est qu’il réserve la lecture de la trilogie a un public qui maitrise bien le français, un étranger n’y comprendrait pas grand chose, même avec une bonne pratique de la langue. Couper ces moments revient à se priver d’une part importantde de l’histoire, qui en deviendrait incompréhensible. Donc, malgré son net avantage stylistique qui permet de nous faire rentrer facilement dans l’ambiance de cette région, le patois vernaculaire restreint le champ des lecteurs potentiels.

Nous entrevoyons ici assez nettement les tenants de l’histoire, l’auteur nous tend quelques perches, nous appâte plutôt brillamment. Pour ma part, j’avais hâte d’ouvrir le tome 2 pour en savoir un peu plus sur la société de Mithra, sur le destin des héros, de perette, sur les nouvelles données fantastiques. Le mystère est épais, et l’histoire palpitante. La traque commence à peine…

“Ta qu’as appris à lire, Milo, te pourrais trouver bérède meu qu’un failli travail de commis.”
Emile ne l’entends pas ainsi ; lui qu’on dit l’enfant d’une fée, élevé par un prêtre ouvert aux idées nouvelles, s’engage comme saisonnier dans une ferme de la plaine de Luçon.
Nous sommes en 1792. Dans le bocage vendéen ulcéré par le Constitution civile du clergé, agité par une aristocratie crispée sur ses privilèges, la révolte couve…
Cournuaud, lui, rentre au pays. Deux ans qu’il s’est embraqué sur un négrier. La Guinée, le Bénin, puis Saint-Domingue. Retour à “la Fosse” auprès de la pègre nantaise qui s’investit désormais dans le révolutionnaire Saint-Vincent. Les temps ont changé. Lui aussi, d’ailleurs. Une sorcière vaudoun l’a enjominé pour avoir violer une captive africaine…
A Paris, la rue est en ébullition. Mais derrière les affrontements oeuvre une société secrète, la secte de Mithra, dont les maîtres demeurent dans l’ombre.
La trilogie de L’Enjomineur s’inscrit entre Paris, Nantes et la Vendée, de 1792 à 1794. Au roman historique se mêle la fantasy, à l’engrenage desévénements la quête et le combat contre les forces du mal.

L’Atalante Dentelle du Cygne 415 pages 9.99 € ISBN : 2-84172-288-0 2004

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