1793 de Pierre Bordage

Imperatrice Moa Emile et Cornuaud continuent leurs aventures respectives au milieu de la tournement révolutionnaire. Emile monte à Paris, ou il entr’croisera très rapidement Cornuaud, rencontre fugace qui n’arrive pas encore a donner de la consistance au récit.

Le récit est très répétif. Quand ils ne se vautrent pas dans la boue, les héros sont en prison, en sortent, y reviennent, le tout dans une espèce de mollesse, d’indolence. L’écriture est plus que correcte, quoique toujours parfois un brin ampoulée, mais il n’y a pas de tension, pas de suspens. On flotte d’une “aventure” à une autre, sans comprendre réellement le but de tout ça.

C’est un étrange héros que cet Emile qui n’a rien d’extraordinaire, à par la dague que lui a donné la fée sortie du canal (et comme l’aventure ne se passe pas à Venise, ça manque un peu de gloire…) Qui est l’enjomineur qui sert de titre à cette trilogie ? Certainement pas Emile, puisqu’il n’est pas magicien pour un sou.
Les tourments révolutionnaires sont un des personnages de l’aventure, qui a cependant tendance à prendre trop de place par rapport à l’intérêt premier que l’on porte aux personnages.

Les personnages féminins sont basés sur des archétypes et pas une n’en échappe :
* La femme bordagienne typique : c’est la copine du héros, elle apparaît au début et sans doute à la fin, et les retrouvailles sont le but ultime du héros, ce qui le maintient en vie. C’est une espèce de fée éthérée, une image de la perfection…
* La révolutionnaire dépoitraillée : sa présence comme unique type de femme peuplant Paris est curieuse et très répétifive. Elle hurle en se réjouissant de tout les massacres.
* La gentille au grand coeur qui est en réalité une fausse méchante. La folie ambiante tourne les têtes, et toutes les femmes deviennent des vilaines.

Les personnages de P. Bordage n’évoluent pas. Ils ont un certain caractère au départ, ils traversent des aventures, et sont exactement les mêmes, au moins à la fin du second tome, alors que le roman se déroule en pleine Révolution française. Emile n’arrive pas à comprendre qu’au milieu de fanatiques vendéens, il vaut mieux fermer “sa grande goule” sur ses affinités avec les idées des Lumières.

Si vous passez vos vacances en Vendée, attention, tous ceux qui ont plus de 55 ans sont des sorciers.

L’écriture de P. Bordage ne me fait pas vibrer. J’ai trouvé que les intrigues manquaient réellement de souffle et d’imagination. Le roman traine en longueur et les “rebondissements” ne semblent pas toujours justifiés, apportant peu de chose à la trame générale et aux personnages totalement monolithiques.

Orcusnf Ma première impression est le saisissement face aux effrayantes descriptions de Pierre Bordage. Il les avait déjà esquissées dans le premier tome, mais elles commencent à prendre une ampleur démesurée ici. Elles font même froid dans le dos. Loin des images angeliques de la Révolution française des danses de la Carmagnole, de la démocratie et des patriotes chantant la Marseillaise, Bordage nous offre ici une France livrée à des sans-culottes avides de richesses, des députés corrompus prêts à vendre leur âme pour un peu d’or et des rues parisiennes jonchées de sang et de cadavres. J’en viens même à me dire qu’habiter un pays qui se vante d’un tel passé n’est plus si glorieux que ça. On le sait, mais on ne le dit pas. Pierre Bordage n’hésite pas à casser les apparences pour peindre au plus près la situation de la france sous la férule de révolutionnaires braillards et saouls. Peut être un peu exagérés parfois, mais je pense quand même que tout n’est pas faux.

Nous retrouvons nos deux héros, émile et cornuaud, qui sont maintenant tous les deux à Paris, et se rencontrent même plusieurs fois, dans des circonstances macabres bien sûr. Cependant, on peut noter que leurs vies respectives sont un peu trop simplifiées : liberté-ennuis-prison. Schéma ternaire simpliste qui se répète tout le long du tome précédent et de celui-ci, ça en devient un peu lassant à la longue, même si l’auteur parvient à se renouveler dans les situations pénitentiaires des héros. J’ai l’impression, comme impératrice Moa, que tout aurait pu être réduit, que l’histoire est bien trop longue. Mais cela ne concerne que l’auteur après tout, peut être juge-t-il ces passages indispensables. Nous ne réécrirons pas l’enjomineur.

En tout cas, une chose est sûre, nous sommes maintenant en plein dans le fantastique. Entre une secte mystique sanguinaire et des êtres surnaturels invisibles au commun des mortels, nous ne savons plus où donner de la tête. D’autant plus que nos braves héros courent dans tous les sens, changeant de camp comme de chemise. Seul élément stable et, paradoxalement, rassurant : la sorcière vaudou qui continue d’enjominer tranquillement son petit cornuaud, qui trace bien gentiment son sillon poisseux de sang.

Si l’intrigue reste toujours autant un mystère pour nous, une chose est sûre, nous connaissons le résultat du côté historique de l’intrigue, nos deux protagonistes n’y changeront pas grand chose. A part massacrer quelques suisses, quelques ploutocrates ou se faire pourusivre par des vendéens en colère ou une police crédule, ils ne savent pas vraiment influencer l’histoire, ils ont déjà trop de mal avec leur propre histoire.

“L’esprit du mal s’est levé sur la terre. Je suis venue te confier la dague façonnée par les hommes des temps oubliés. Elle seule a le pouvoir de le tuer.”
Ainsi lui disait la fée Mélusine, surgie des eaux dans un étier des marais de Vendée. Mais Emile a faillit, il erre, misérable, dans le bocage. Et l’histoire avance à grand pas.
Janvier 1793. La Convention d’apprête à condamner Louis Capet, ci-devant roi de France. A Paris, les passions se déchaînent ; montagnards et girondins s’affrontent ; l’ennemi est aux frontières. En Vendée, dans l’Ouest, la révolte gronde.
Toujours possédé par la sorcière africaine, Cornuaud, lui, croupit dans la prison de la Conciergerie. Jusqu’au jour où la libération lui est offerte en échange d’un emploi d’espion.
Ainsi se mêlent, dans l’écheveau des forces qui pétrissent la Révolution, l’histoire et la fantasy la plus noire. Car la terreur qui point n’est-elle pas le fruit d’une conspiration tramée dans le ventre ténébreux de la capitale par le Père des Pères, le mystérieux grande prêtre de Mythra… s’il est cet esprit du mal que le monde invisible a chargé Emile de combattre ?

L’Atalante Dentelle du Cygne 409 pages 9.99 € ISBN : 2-84172-318-6 2005

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