Acide sulfurique de Amelie Nothomb

Dans un futur proche indeterminé, une grande chaine de télévision invente un nouveau concept de télé-réalité : enfermer plusieurs centaines de personnes dans un camp de concentration et les faire trimer, tout en éliminant les plus faibles chaque jour, jusqu’à ce qu’ils soient tous morts. Pour cela, ils enlèvent tous les promeneurs du jardin des plantes, les emmènent dans un camp semblable à ceux des nazis, éliminent d’emblée de jeu les enfants et les vieillards, et mettent les autres au travail.
Des kapos sont recrutés afin de les surveiller, tandis que des caméras scrutent nuit et jour les moindres faits et gestes des habitants du camp.
Parmi cette foule, se distingue la kapo Sdena, qui se prend de passion pour la mysterieuse ZKD 314. Va alors commencer une étrange histoire entre ces deux personnes que séparent juste la date de la mort. L’une est condamnée, l’autre survivra à ce jeu de massacre.

ORCUSNF
Bon il faut d’abord voir cela sous un aspect technique. Le livre fait 193 pages, mais des pages avec des interlignes énormes, et une police gigantesque. En fait, je pense que en livre de poche type j’ai lu, le roman ferait 80 pages. Donc c’est très court, je l’ai lu en 90mn. Ce qui pose le probleme du prix, presque celui d’un livre grand format de 500p écrit normalement. Où est l’erreur? D’autant plus que même si le papier est de bonne qualité, le reste n’a rien d’exceptionnel, surtout que la photo en 4eme de couverture est la même que d’habitude. Nous avons juste droit à un auteur qui se moque des lecteurs en leur sortant un livre par an, qui doit nécessiter un mois d’écriture, et il va probablement décrocher un prix. En fait à part la premiere phrase, particulierement bien tournée, je pense que le reste du roman aurait pu être écrit par un auteur amateur assez experimenté, le texte n’est vraiment pas exceptionnel.

De plus, je dois remarquer que généralement, la sf est une littérature mal vue, considérée comme vulgaire. A tort ou à raison, là n’est pas mon propos. Mais Mlle Nothomb nous sort un livre à forte tendance sf copié sur une idée d’un respectable auteur français, Christophe Lambert pour ne pas le citer, qui n’aura pour sa peine probablement pas obtenu de récompenses, ni un si grand nombre de ventes. Certes, il devient difficile d’être original, mais là c’est le plagiat d’une idée, tournée sans rentrer dans le genre uchronique. On la paye bien pour copier les autres!!

Bon, vous vous demandez probablement en quoi ce livre, issu de la plume peu fertile d’un auteur de roman “prestigieux” s’apparente à la sf. Et bien, il y a d’abord le thême de la télé réalité, qui reprend des thêmes dickiens de la disparition de l’homme par une société omniprésente. On pourrait même apparenter l’impéritie des dirigeants et l’inaction du peuple à la série catastrophe de John Brunner. Le peuple, loin de se désintéresser et de spolier un programe digne d’invectives, ne fait plus que regarder. Et plus il est critiqué, plus la courbe d’audience augmente, jusqu’à l’audition ultime, l’ensemble de la population française, même des personnes ne possédant pas de postes de télévision, rien que ça. L’exagération est énorme, comment imaginer un Etat laissant faire des meurtres en série, en les envoyant à la télévision. On est bien là dans la sf, voire presque du fantastique, tant cela parait impossible. Imaginer un pays tombé assez bas pour regarder des exécutions, et plébisciter en plus, et un gouvernement qui regarde aussi, et une ligue des droits de l’homme hypnotisée par la souffrance des autres. Faire un tel truc, c’est déclarer la guerre à l’ONU. je veux bien accepter beaucoup de choses, mais pour une sf bâtarde qui veut ressembler à un roman traditionnel, c’est vraiment trop gros. Quand on veut faire ça, on situe son action dans un futur lointain, mais on ne fait pas ça.

Apres, ce n’est pas non plus un mauvais livre, il y a un certain suspense, entretenu par des scènes répétées plusieurs fois, même si quelques subtils changements sont décelables. Mais il n’y a rien de vraiment exceptionnel, des termes évoquant nettement l’inéluctabilité de la mort, et la mort elle même. En fait, c’est un Nothomb vraiment très sombre, d’autant plus que le narrateur est vraiment détaché de l’action, très interne. Il donne froid dans le dos d’assister à tous ces évènements, sans suggérer à ses lecteurs de se révolter contre cet état de fait, ça ressemble à une énumération des vicissitudes des prisonniers. C’est plutôt un bon point selon moi.

Cependant, j’ai de trop forts préjugés contre l’auteur. Certes, je lis toutes ses nouveautés pour essayer, en vain, de chercher enfin une oeuvre digne de ce nom. Car sa lecture n’est pas inintéressante, mais elle n’est pas digne du succès obtenu. Donc, pour moi ce livre est classique de Nothomb, même si cette intrusion dans la sf change un peu, les efforts ne sont pas assez soutenus pour en faire une grande oeuvre, copie à revoir.

ETIENNE
Je ne serais pas aussi dur qu’orcus sur ce titre. certes, il est court, c’est plus une novella qu’un roman, mais on trouve bien des novellas à ce prix, donc si on est prêt à payer…
L’histoire est moins plagiée que ne le dit Orcus : même en ayant lu Lambert, je n’ai pas fait un lien immédiat. Les dérives de la téléréalité ont dû être exploitées par d’autres encore. Là la dérive est quand même importante : meurtres en direct, camp de concentration, tortures “Live”… ça va loin dans la caricature.
Justement, ça va trop loin. Tellement loin que ça ne dénonce plus rien, un peu comme parfois la SF peut sembler absurde quand elle se place en l’an 14 000 sur la planète zog, l’outrance crée une distance que je trouve contre-productive.

Par contre, si je n’ai pas été emballé par l’histoire (qui aurait fait une bonne nouvelle) j’avoue trouver une forme de poésie à la structure des livres d’Amélie Nothomb : la répétition des chapitres sonne comme une strophe, la caricature des personnages en fait plus des héros de poèmes que de romans et le rythme rapide imposé par les phrases courtes me rappelle aussi la poésie. Les textes sont d’ailleurs presque prêts pour une adaptation théatrale.
Bref, une histoire pas fantastique mais un auteur qui ne peut laisser indifférent.

Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus : il leur en fallut le spectacle.
Albin Michel (2005)193 pages 15.90 € ISBN : 2-226-16722-6

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