Alien Earth de Robin Hobb

John-Gen-93-Castor est capitaine d’un Anilvaisseau, c’est à dire ce qu’il se fait de mieux en terme de poste…pour un humain. Les Anilvaisseaux sont d’énormes vaisseaux biomécaniques basés sur un principe simple : un Anile – une sorte d’immense animal stellaire- est relié à une gondole, c’est à dire le vaisseau en lui même. L’Anile sert de propulseur, de machinerie, de carburant et d’ordinateur de bord. Il est lui même commandé par un Arthroplane, une race qui a réussi à les domestiquer. Mais les Arthroplanes, une fois installés dans l’Anile, y sont enkistés et ne peuvent donc plus en sortir, ou du moins plus aussi facilement. C’est pourquoi ils engagent un équipage humain pour les relations commerciales, et John est donc le capitaine humain de l’Evangeline, son Anilvaisseau, Connie étant le lieutenant et le dernier membre d’équipage.

Ils reviennent d’un voyage de 5 ans…pour le reste du monde. Car, plongés dans le transsommeil, ils n’ont pas vécu ces 5 années, ils se sont contentés de se réveiller de temps à autre pour inspecter le navire et entretenir leurs corps, qui auraient pu se dégrader s’ils n’étaient pas réveillés régulièrement. Mais ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’il y a un 3e humain à bord, mais lui est là depuis 2000 ans, il s’agit d’un des premiers évacués qui, à cause de résultats négatifs, n’avaient pas pu débarquer sur les planètes d’asiles. Raef, tel est son nom, avait demandé de l’aide à l’Arthroplane capitaine du vaisseau afin d’échapper à l’euthanasie qui devait suivre, et il avait ainsi pu rentrer en transsommeil, à l’insu des différents équipages qui s’étaient succédés durant 2000 ans à bord de l’Evangeline.

Tug, l’arthroplane, prépare une étude sur la littérature humaine, sur les humanités. Or, le conservatoire qui dirige la vie des humains évacués décide de détruire progressivement la plupart des oeuvres humaines, jugées inaptes ou obsolètes. Il lui faut donc recourir à la contrebande pour alimenter ses banques de données, et John, qui lui aussi collectionne les oeuvres de contrebandes, refuse de l’aider car ne partage pas ses idées sur la littérature. Il décide donc de s’adresser à Connie, beaucoup plus malléable et s’en fait une amie, puis l’incite à aller chercher les livres dont il a besoin, et donc à enfreindre les consignes de John.

Puis la nouvelle tombe, l’employeur actuel de l’Evangeline résilie son contrat. Après avoir tenté de négocier, John doit constater qu’ils ne veulent plus d’eux, alors que l’Eavngeline était leur meilleur transporteur. Juste au même moment, la compagnie Terra Affirma leur propose une étrange mission, revenir sur Terre pour se rendre compte de la situation actuelle, et ainsi voir si la vie y est de nouveau possible. Officiellement, car en fait, il doit provoquer une panne dans un satellite d’observation, puis dans la navette de réparation pour pouvoir s’écraser sur Terre et ainsi pouvoir y prélever des échantillons. Il n’a même pas le choix, car la compagnie le fait chanter.

Mais la Terre est encore à des dizaines d’années de voyage…

Pour la première fois, Megan Lindholm, plus connue sous le pseudonyme de Robin Hobb, se lance dans la Science-Fiction. C’est à ce jour son seul et unique essai qui, s’il a été publié en 1992 aux états-unis, a du attendre 14 longues années pour traverser l’Atlantique. Après des séries telles que L’Assassin royal et Les Aventuriers de la mer, toutes deux des séries à succès acclamées dans le monde entier, les attentes ne pouvaient être que grandes.

D’abord, sur la forme, il faut constater que les éditions Télémaque, malgré un livre soigné à la couverture magnifique, n’ont pas fait correctement leur travail. On relève ici ou là de nombreuses fautes, non pas des coquilles, mais des fautes d’orthographes indignes d’une maison d’édition. Et ce ne sont pas non plus des fautes insignifiantes, c’est d’autant plus dommage que c’est inhabituel, surtout pour le prix payé.

Pourtant, si je ne devais dire qu’une chose, c’est que ce livre est absolument magnifique. Et pour tout vous dire, j’ai ressenti une sensation rarement éprouvée en refermant le livre, celle d’être tombé amoureux de l’auteur. Non pas dans le sens courant, mais plutôt d’avoir envie de lire encore et encore ses livres, car, je l’avoue, je n’avais jamais lu Robin Hobb avant. ( hé oui, la SF compte plus pour moi) Ce livre a été une vraire révélation, si son style est aussi bon en fantasy qu’en SF, je comprends pourquoi elle est aussi célèbre. Je peux vous dire que j’ai rarement lu un aussi bon livre de SF au cours de ma vie. Pourtant, j’ai encore lu récemment du Simmons, du Vance ou du Spinrad, mais leurs livres n’étaient pas à la hauteur de celui là, qui est tout simplement au dessus du lot, rejoignant dans mon coeur un cercle très fermé dans lequel on peut par exemple retrouver Fondation ou la Stratégie Ender.

Pour 20 euros, même si c’est plus cher que la plupart des livres sur le marché, n’hésitez pas, foncez. C’est un livre qui est unique, qui ne peut pas ne pas être lu. Tout fan de sf qui se respecte doit l’avoir lu, car c’est vraiment de la sf pour moi. En 500 pages, je n’ai vu ni bagarre, ni scène de sexe, ni bataille spatiale, ni démonstration scientifique extraordinaire, ni paysage extraterrestres à vous couper le souffle, j’ai vu mieux, j’ai lu la Terre et l’Homme. Et ça, ça transcende la plupart des livres de sf que j’ai eu l’occasion de lire.

On a dit à la sortie des chroniques martiennes que Ray Bradbury avait écrit de la poésie, j’ose reprendre cette affirmation pour l’appliquer à Alien Earth, qui est lui aussi un chef d’oeuvre, un livre unique qui pourtant, n’a reçu aucun prix. Pourquoi, trop atypique peut être? Pas assez de violence, trop de paix, probablement…

Enlevez les premiers chapitres, vous n’avez plus qu’un huis clos, un homme, une femme, un humain vieux de 2000 ans, un extraterrestre et une Anile. 5 Personnages aux caractères bien forgées, et qui évolueront au cours du temps, sans à coup, toujours de façon plausible, logique. On peut ainsi voir comment deux humains déshumaniés pourront retrouver leur humanité, comment une grosse baleine spatiale goûtera à l’intelligence et à la liberté, comment un homme broyé par son passé retrouvera le bonheur, comment un extraterrestre dédaigneux devra faire face aux illusions qu’il a inoculé lui même durant des siècles.

N’oublions pas non plus les descriptions sublimes, qui justifient bien la poésie que l’on peut y retrouver. Les décors sont si finement ciselés, installés et plantés qu’on les imagine à merveille dans notre esprit. Pas besoin de film, rare sont les livres à avoir aussi avantageusement remplacé l’image par les mots. Tout s’emboite à merveille, les situations se succèdent, les personnages agissent et tout semble bien, cohérent. D’ailleurs, il y a un véritable message écologique derrière, mais avec une note d’optimisme : si nous mourrons maintenant, dans 2000 ans, ça ira mieux. Rassurant quand même!!

Et surtout, finalement, malgré les transformations génétiques, les déculturations, les lavages de cerveaux, la condition d’être humain ne se définit pas par l’appartenance à une planète, l’humanité se porte dans le coeur, dans les sentiments, pas dans les apparences. Rien n’est définitivement perdu, tout peut se retrouver, se réapprendre. Un beau message en somme.

N’hésitez plus, achetez le, il a tout pour plaire, et échappe surtout aux stéréotypes de la SF. par contre, si vous êtes nostalgiques de Star Wars, réfléchissez y avant, vous pourriez regretter votre achat, ce n’est pas le même genre de prose. (ceci dit, on peur aimer les deux genres). C’est une oeuvre méconnue de Robin Hobb, probablement seule expérince dans ce domaine, et c’est vraiment dommage, car elle était douée.

J’ai déjà envie de le relire…

La Terre est morte. Et les humains ont bien failli disparaître avec elle. Heureusement, les Arthroplanes, des insectoïdes aux motivations obscures, les ont évacués vers deux planètes jumelles, Castor et Pollux. Les humains ont muté par force pour s’adapter à leur nouvel habitat. Mais ils ont conservé la nostalgie de leur monde d’origine, Alien Earth, devenu terre étrangère. Son écosystème a peut-être eu le temps de se réparer. Il faut aller y voir. Alien Earth, paradis ou enfer ? Robin Hobb s’est détournée de la fantasy qui l’a rendue célèbre, le temps d’écrire ce somptueux roman de science-fiction qu’elle a signé Megan Lindholm.
()544 pages 6.95 € ISBN : 9782253122647
Traduction : Claudine Richetin
Titre Original : Alien Earth (1992)

Télémaque 2006492 pages 19.50 € ISBN : 2-7533-0032
QuatrièmeDévastée et empoisonnée, la Terre a été abandonnée.
Une race de parasites insectoïdes aux motivations énigmatiques, les Arthroplanes, a évacué l’humanité vers les planètes jumelles de Castor et Pollux.
Des millénaires ont passé.
Au terme d’une longue mutation forcée, la race humaine a été façonnée pour s’insérer sans dommage dans son nouvel environnement.
Atrophiés et méconnaissables, les humains perdront bientôt le souvenir d’eux-même.
Une expédition secrète est lancée, à bord d’un gigantesque vaisseau-animal, vers la planète des origines.
Retour vers le mystère impénétrable d’une planète devenue étrangère, ancien éden ou nouvel enfer…Alien Earth.

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