Alliances de Jean-Marc Ligny

Les éditions Atalante nous propose de découvrir le dernier opus de Jean-Marc Ligny autour des conséquences ou en tout cas du devenir de notre planète après un dérèglement climatique majeur.

Le premier homme que nous rencontrons est le jeune Tikaani, un inuit qui est abrité dans une communauté humaine qui tente tant bien que mal de survivre à une nature de plus en plus difficile. Nous découvrons d’ailleurs cette communauté au moment où une grosse tempête frappe le village et où le jeune garçon attend son mentor avec une impatience certaine. Ce premier contact nous permet aussi de découvrir les fourmites, croisement génétique (dû à l’homme) entre les fourmis et les termites.

Nous comprenons déjà que le récit de Jean-Marc porte bien son titre… La relation que développe la communauté avec les fourmites est particulière et permet une forme d’échange entre les deux espèces. Néanmoins, ce manque de relation humaine et cette impression que d’autres communautés pourraient exister et avec lesquelles il serait possible de faire des échanges va pousser au voyage et à l’exploration.

Autre lieu, Ophélie, une jeune femme qui réside en sa propre communauté, voit son village attaqué par un groupe de survivants qui ne semblent pas avoir un instant l’idée d’une collaboration et se positionne dans un mode d’agression et de violences… Réussissant à s’enfuir, devenant probablement la seule survivante, elle fera en quelque sorte un très sur l’homme et décidera de vire dans une jungle canadienne.

Jean-Marc Ligny réussit au travers de ce texte à nous dépeindre un monde qui pourrait paraître totalement sombre, mais cela reviendrait à concentrer notre attention sur le seul destin de l’humanité qui est, il est vrai, peu reluisant. Car ce qu’on découvre des rapports entre les hommes, c’est que malgré la situation et les conséquences désastreuses de nos activités, certain.e.s poursuivent dans les travers qui ont causé la transformation de notre planète.

Mais, j’y ai vu pour ma part une vraie approche positive et un rappel que nous pouvons opter pour une collaboration et un respect mutuel des différentes espèces. Comme vous pourrez le constater en découvrant ce texte, Jean-Marc a réussi à créer un certain nombre d’écosystèmes avec des équilibres que certains jugeront précaires… Et pourtant.

L’exemple le plus intéressant de cet équilibre est finalement la communauté cross-espèce qui s’est formée autour d’Ophélie avec l’Anacona, la Mygale et bien d’autres animaux. Une communauté qui contribue au bien être commun, et protège de l’extérieur. Cet Anaconda devient d’ailleurs un personnage aussi important qu’Ophélie ou que Tikaani. Ce qui n’est pas étonnant une fois que nous avons compris que l’humain dans ce monde totalement dingue n’est pas aussi indispensable que nous le souhaiterions, ce qui devrait nous faire réfléchir aussi à notre place dans le monde actuel.

Je vous laisserai aussi découvrir les deux personnages clés Nao et Denn qui cherchent à remonter à leurs origines, avec Nao qui tente de développer au maximum sa relation et sa capacité de communication avec les fourmites.

L’auteur ne s’embarasse absolument pas de sentimentalisme et certaines scènes sont dures, très dures et pourront dégoûter certains lecteurs, mais elles ne sont pas déplacées, elles sont un reflet de la barbarie et de la violence souvent inhérente à notre Histoire et à nos guerres, une barbarie que nous retrouverons à tous les niveaux et dans différents comportements.

Le nucléaire est très présent, une fois n’est pas coutume, dans le récit, avec cette centrale qui fuit et qui entraîne les conséquences que nous imaginons en terme de mortalité, de natalité et de la malformation, ne décourageant pas certain.e.s de vouloir relancer la centrale pour permettre de retrouver un semblant de société.

Le récit part dans plusieurs directions, des directions qui correspondent à des trajectoires de personnages, avec leurs errances et leurs fausses routes. On pourrait penser que l’auteur n’a pas d’idée où nous mener, j’ai plutôt le sentiment qu’il n’est que le conteur de l’esprit de ses personnages qui ne savent pas où mènent l’humanité et comment rebondir.

Un roman, qui bien qu’étant le quatrième d’un cycle se lit de façon indépendante. Un roman riche et qui interpelle sans pour autant être moralisateur ou politisé…

Editions L’Atalante (Février 2020) – La Dentelle du Cygne – 512 pages – 25,90€ – 9791036000355
Couverture : Raphaël Defossez

Herbe bleue
Arbres jaunes
La centrale nucléaire fuit
Sur une Terre dont le climat a radicalement changé suite à l’emballement du réchauffement climatique, des oasis et des microclimats locaux ont permis à la vie de s’abriter, voire de se développer.
Mais quelle place pour l’homme dans un tel écosystème, face à l’émergence probable d’une nouvelle espèce dominante sur la planète ? Il pourrait y avoir des alliances inédites à passer.
Tikaani, l’Inuit, parti d’Islande à bord d’un avion solaire, Ophélie, la guérisseuse tapie dans sa jungle au Canada, Denn et Nao, qui ont quitté leur tribu cavernicole du désert qu’est devenue la Californie : tous sont à la recherche de survivants, certains rêvent de redonner sa place à l’humanité. Mais ils vont apprendre que ce qui reste des hommes peut encore nuire à la planète…

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