Aqua de Jean Marc Ligny

Le monde entier est désormais victime des dérèglements climatiques, ni les pays riches ni les pays pauvres ne sont épargnés, bien que les catastrophes n’aient pas la même ampleur partout. Ainsi, paradoxalement, le Nord se plaint des inondations meurtrières alors que le Sud réclame de l’eau à tout prix.

C’est par un de ces étranges hasards que Rudy, horticulteur hollandais, survit à la destruction de la digue qui protégeait une grande partie de son pays, noyant ainsi la Hollande sous la mer et causant la mort de centaines de milliers de personnes, dont sa femme et sa fille. Devenu un réfugié écologique, un reco, il est envoyé dans un camp de réfugié allemand, où il s’inscrit dans un stage commando dirigé par des néonazis qui en font une machine à tuer. Lorsqu’il réussit à s’enfuir, il trouve un emploi chez SOS, grande ong humanitaire européenne qui l’envoie en mission au Burkina Faso avec Laurie, une jeune française travaillant depuis longtemps pour l’organisation.

Car au Burkina Faso a été découvert une nappe phréatique providentielle qui pourrait résoudre le problème de la sécheresse, sauver des millions de personnes et rétablir une économie viable. Mais cette découverte a été faite par une firme américaine, à qui a été volé l’image satellite de la nappe, qui a été diffusée illégalement sur le site internet de SOS. Furieux, Anthony Fuller, patron de l’entreprise volée veut s’approprier la nappe phréatique et se venger de l’organisation humanitaire. Tandis que Laurie et Rudy convoient du matériel de forage vers le Burkina Faso, Fuller entreprend de récupérer la nappe par le biais d’un procès, puis par la force.

Mais il ne se rend pas compte qu’un ennemi manoeuvre dans l’ombre pour l’empêcher d’atteindre son but. Un ennemi proche de lui qui le hait d’une intensité rare, et qui le poursuit de ses visions horribles. Un ennemi qui pourrait à la fois aider le Burkina Faso à récuperer sa nappe phréatique, mais aussi plonger le monde dans le chaos.

Aqua Tm, c’est l’histoire d’un livre qui, dès les premières semaines, s’est imposé comme une évidence. Jean Marc Ligny, vieux routard de la sf, s’était fait plus discret ces dernières années, et les jeunes lecteurs le considéraient plus ( moi le premier) comme un auteur jeunesse. Préjugés auxquels il répond avec brio à travers ce livre, qui signe là son retour dans l’actualité de la plus belle des façons : avec succès.

Mais bien plus encore, Aqua Tm est un brûlot ecologique très ardent, où se ressent pleinement la colère de l’auteur contre le monde dans lequel il vit, monde dont on devine la pourriture en lisant la description de son modèle futur en 2030. Sécheresse au sud, inondation au nord, cyclones plus puissant que Katrina plusieurs fois par an, famine, épidémie, et, surplombant cette collection de fléaux, le spectre de la guerre, non seulement économique, mais aussi religieuse, idéologique, et bien entendu, sanglante…

Et cette misère humaine, si horrible dans sa représentation, frappe tout aussi bien les “nantis” d’Europe que les “pauvres” d’Afrique. Face à la mort, tous les hommes sont bels et bien égaux, et, comme le fils aîné de Fulton, il vaut peut être mieux s’évader dans les mondes virtuels, y jouir tant qu’on le peut, voire y mourir, puisque ce sera la seule belle mort. Peut-être seulement, car comme Laurie et Rudy, s’il faut mourir, autant le faire utilement, autant se sacrifier pour que renaisse un pays africain.

C’est aussi la question que pose ce livre, celui du sens qu’on peut donner à sa vie quand tput s’effondre autour de soi. Vaut-il mieux, comme Fulton, amasser un argent qui ne servira à rien, ou alors faire comme le gouvernement du burkina faso, et lutter jusqu’au bout de ses forces pour un mirage ? La réponse, chacun la porte en soi, et chacun des personnages y répondra à sa manière.

En tout cas, entre “Tous à Zanzibar” et “Bleue comme une orange”, Aqua Tm s’avère être une histoire saisissante de réalisme, bien qu’on puisse parfois lui reprocher de sombrer trop facilement dans le fantastique pour faire avancer le schmilblick. Quoiqu’il en soit, on constate qu’avec cette oeuvre, Jean Marc Ligny se hisse au niveau d’un Brunner ou d’un Spinrad, d’autant que si ses prédictions sont moins hasardeuses – puisque le délai de réalisation est faible – elles n’en sont pas moins plus que probables. Et ça fait peur.

En 2030, l’enjeu vital autour duquel se battent les peuples et les nations n’est plus le pétrole, mais l’eau potable. Sécheresse et réchauffement climatique obligent… Aussi, quand un petit pays d’Afrique assoiffé découvre, grâce à une image satellite piratée, une nappe phréatique dans son sous-sol, c’est la survie assurée !
Assurée ? Pas évident : un grand consortium américain, à qui appartient le satellite, revendique la possession de cette nappe et ne recule devant rien pour l’obtenir.
Chargés de convoyer du matériel de forage, Laurie et Rudy s’engagent dans une aventure dont ils sont loin de mesurer toutes les conséquences.
Dans cette lutte acharnée, sur fond d’harmattan et de tornades, tous les moyens sont bons, politiques et militaires, mais également la sorcellerie… surtout quand vient s’en mêler la Divine Légion, une secte apocalyptique, qui voit dans le fils cloné du PdG américain l’incarnation d’un nouveau Messie… ou bien de l’Antéchrist ?

L’atalante La dentelle du cygne (2006)728 pages 24.00 € ISBN : 2-84172-350-x Couverture : Manchu

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