Au nord-nord-ouest d

Le monde court à sa perte : les catastrophes se succèdent, toutes de plus en plus meurtrières et destructrices. Les hommes se font à l’idée que demain sera pire qu’hier et qu’ils l’ont bien cherché. La nature meurt, les animaux aussi, la couche d’ozone est aussi mitée qu’un patchwork et les tensions nationales s’exacerbent comme jamais. Bref, plus rien ne marche correctement. Et pourtant, rien n’est fait pour enrayer le mouvement.

Ortega est journaliste, scientifique évidemment, puisque les littéraires sont incapables d’expliquer la fin du monde actuelle et ont été virés des rédaction depuis belle lurette, et déteste son boulot, qui l’oblige à exagérer pour faire vendre sans pour autant proposer de solutions. Mais il faut bien vivre, non ? Alcman est anthropologue, et dans les Alpes, il découvre un corps congelé depuis six mille ans, et dans un état quasiment intact. Lui et son équipe décident de le ressusciter grâce aux techniques les plus récentes, sauf que le congelé s’évapore, comme par magie, après avoir crié en voyant les chercheurs. C’est en étudiant ce cri que les chercheurs, assistés de spécialistes en sciences humaines, vont découvrir qu’ils ont précipité la fin du monde…

De Gabriel Kopp, on apprend dans sa biographie qu’il est un scientifique reconnu, un expert dans son domaine, ayant publié déjà plusieurs ouvrages, mais qu’il est aussi apparemment un novice en ce qui concerne la fiction. La fusion de ses grandes connaissances scientifiques et théologiques et de sa furieuse envie d’écrire, de raconter, aurait pu former un mélange détonant, n’était son incapacité à convaincre le lecteur.

Car c’est le gros problème de Au Nord-nord-ouest d’Eden, Gabriel Kopp en fait trop, son propos sombre dans la démesure, le tout catastrophique, l’escalade eschatologique. Et on n’y croit pas une seconde. Il expose, démontre, disserte, justifie, mais jamais ne parle vraiment au lecteur. Le propos est lourd, difficile d’accès, d’autant que les références théologiques sont nombreuses et pas toujours explicitées. Pire encore, les héros nous restent hermétiques, oui ils ont des tares, des tics, des faiblesses, mais dans l’univers de Gabriel Kopp, personne ne semble avoir jamais de qualité, ce qui sert aussi son propos au vu de la chute de son histoire. Au fond, à hésiter entre la science-fiction, la mystique religieuse voire le fantastique, il s’égare, confond vraisemblance et réalisme, et entraine le lecteur dans un dédale d’idées.

C’est vraiment dommage, car l’idée était des plus intéressantes, puisque l’homme retrouvé congelé n’était pas un simple berger égaré dans un glacier. Il y a une véritable volonté de l’auteur de montrer quelque chose par ce biais, d’autant que les révélations faites petit à petit par les experts sont surprenantes, pour ne pas dire drôles parfois. Hélas, l’ensemble est vraiment trop maladroit, trop confus, ce qui est renforcé par la première annexe peu lisible et trop hermétique.

Un cadavre dans un glacier…

Ce n’est pas le bouleversement du Landerneau archéologique consécutif à la découverte qui m’a gêné. C’est le portrait du bonhomme… « Tronche de gargouille », je l’ai appelé. Et je l’oublierais volontiers. En tant qu’anthropologue, j’en ai pourtant vu d’autres…

… dans un monde où l’expression « tout fout le camp » s’applique jusqu’aux étoiles.

« Regardez mon gosse de deux ans, il me dit l’autre soir : « Dis, papa, pourquoi la Grande Ourse, on la voit plus normalement ? » J’ai vérifié : il n’a pas besoin de binocles mon gamin, le grand chariot, il est assez raplapla… »

Ce n’était peut-être pas le moment idéal pour ouvrir la boite de Pandore.
Griffe d’Encre Novella (2008)95p pages 8.50 € ISBN : 9782952923989 (Ined)
Couverture : Magali Villeneuve

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