Bureau des Atrocités (Le) de Charles Stross

Le seul fait de résoudre certains théorèmes fait des vagues dans le surespace platonique. Injectez une puissance énorme via un réseau soigneusement harmonisé conformément aux paramètres ad hoc – qui se trouvent naturellement à l’intérieur de la courbe géométrique sus-mentionnée, laquelle, à son tour, échappe facilement au théorème de Turing – et vous pouvez véritablement amplifier ces ondres jusqu’à ce qu’elles fassent de méchants trous dans l’espace-temps et permettent à des segments congruents d’univers normalement séparés de fusionner. Vous ne tiendrez pas vraiment à vous trouver au point zero lorsque cela arrivera.
C’est pourquoi nous avons la laverie.

Bob Howard 1

Bob est informaticien à la Laverie, une organisation britannique secrète qui s’occupe de tout ce qui est magie, nécromancie, invocation et possession. Car oui, nous ne sommes pas seuls, mais tous les univers en réalité, et certains univers sont peuplés d’entité qui veulent venir nous rendre visite, mais pas les mains pleines de cadeaux. Cthulhu dort peut être, mais il reviendra sur Terre un jour, accompagné de ses amis grands anciens bien sûr. C’est pour éviter une catastrophe de ce type qu’existe la Laverie. Car non contents d’essayer d’entrer par leurs propres moyens, ils sont aussi aidés par des individus particulièrement malveillants, et inconscients de leurs actes. Le plus dur n’est pas de les invoquer, mais de les faire obéir.

Quand il est affecté au service actif, Bob se voit confier comme mission d’entrer en contact avec une scientifique britannique émigrée aux USA. Elle voudrait rentrer chez elle, mais n’y est pas autorisée à cause des recherches sensibles qu’elle mène. Tellement sensible que les services secrets américains décident de faire renvoyer Bob chez lui juste après son entrevue avec Mo, la scientifique. Mais lorsque l’agent envoyé à son hôtel est tué, Bob se dit qu’il ferait mieux de rester. D’autant que Mo se fait enlever, et qu’en la retrouvant, il se rend compte que quelqu’un essaye d’ouvrir une porte vers une autre dimension. Après, il ne se souvient plus de rien, et se reveille dans un hôpital anglais, avec l’assurance de bientôt entrer au service actif, et de devenir le secrétaire du chef de l’unité anti-possession, le terrible et redouté Angleton.

Le Bureau des atrocités, ou le livre qui a révélé l’immense talent de Charles Stross aux lecteurs français. Premier livre traduit en français chez Ailleurs et Demain, une collection qui, si elle a publié des livres assurés de se vendre, sait aussi prendre des risques avec, comme ici, des oeuvres que personne n’attend, mais qui, une fois en vente, se vendent comme des petits pains pour la seule raison qu’ils sont bons. Or, le Bureau des atrocités n’est pas seulement bon, il est magnifique. Un roman à lire et à relire sans se lasser. Enfin par réellement un roman, mais plutôt l’association d’un court roman – Les Archives de l’atrocité – et d’une novella – La Jungle de béton.

Entre un héros de Lovecraft et Indiana Jones, le héros nous entraine dans des aventures incroyables, mélant monstres infernaux, organisations nazies secrètes et oubliées, terroristes de tout poil et maîtres chanteurs machiavéliques. La menace est omniprésente, et surtout inattendue, sauf quand le détecteur thaumaturgique se déclenche après avoir reperé une bonne dose d’activité magique. Et là, abandonnant son identité d’informaticien maladroit, Bob, tel Clark Kent, endosse sa tenue de combat et vient sauver le monde. Sauf qu’il n’est pas Superman, qu’il ne sait pas tout et qu’il lui arrive aussi de se tromper. Anti-héros sur qui repose le destin du monde, Bob Howard va mûrir grâce aux obstacles rencontrés, tout en nous racontant ce qui lui arrive à travers le regard justement de cet employé ordinaire qui ne sait pas trop comment il doit faire, mais le fait quand même. Sauver le monde n’est plus une possibilité mais un devoir.

Charles Stross mélange habilement les registres, nous faisant rire, puis frissonner, ou nous tenant en haleine, le tout sans pour autant casser le rythme de l’histoire. Ce qui rend l’histoire passionnante, avec ces rebondissements ni excessifs ni extraordinaires, mais finalement assez logiques. Le tout servi dans un décor assez savoureux, notamment avec la description de la Laverie, son histoire, les comportements de ses employés, ce qui là aussi promet de l’animation entre les missions, et permet de nous retenir sans ennui. En faisant abstraction des passages mathématiques et physique très techniques, pour ne pas dire incompréhensibles, l’histoire est claire et globalement accessible à tous. Néanmoins, il est clair que le public visé est plus celui des fans de Lovecraft et consorts – des geeks en somme – que de lecteurs normaux, bien qu’en mélangeant le roman d’espionnage, le roman d’aventures et le fantastique, il se montre capable de toucher tout le monde sur la forme.

Un seul regret au final, qu’il n’y ait pas d’autres aventures de Bob Howard. C’est un héros qu’on a envie de suivre, car de par ses faiblesses, il se montre très attachant, restant finalement un homme confronté à des puissances qui le dépassent, et non un super héros froid et inaccessible. Lui aussi est soumis aux contingences normales, reçoit des factures chaque mois et a des peines de coeur. Vite la suite, même si elle n’existe pas.

On vous a menti sur toute l’histoire contemporaine. Durant la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont failli l’emporter grâce à leurs sacrifices humains et leurs évocations des puissances ténébreuses qui rôdent derrière la porte d’autres univers. L’informaticien Bob Howard (dont le nom semble inspiré du premier prénom de H. P. Lovecraft) a été engagé de force au Bureau des Atrocités, dit aussi la Laverie Centrale, parce qu’il a eu le malheur d’explorer des archives qui auraient dû être effacées. Et
d’y apprendre la thaumaturgie mathématique. En effet, la Laverie, le plus secret des services secrets britanniques, veille à ce que certains théorèmes qui ouvrent l’accès sur
d’autres univers ne soient jamais redécouverts. Elle enquête accessoirement sur tous les phénomènes étranges aux fins de les résorber. Ce qui n’exclut pas la bureaucratie la plus tatillonne. Howard est l’un de ses agents qualifiés action. Précisément, il lui faut aller aux Etats-Unis récupérer un chercheur auquel semblent s’intéresser des terroristes. Une chercheuse plutôt, rousse aussi flamboyante qu’intelligente. Et Howard se retrouve sur la piste de l’Ahnenerbe, le plus mystérieux des organismes nazis, qui aurait survécu un demi-siècle sur un autre monde, dans un autre univers. Grâce peut-être à l’aide d’entités à côté desquelles Cthulhu est un gentil mickey. Issu d’un croisement improbable entre James Hadley Chase, Ian Fleming et H.-P. Lovecraft, X-Files et Men in Black, ce roman déplace les frontières entre genres. Et Charles Stross s’y montre désopilant autant que terrifiant

Robert Laffont Ailleurs et Demain (2004)360 pages 9.99 € ISBN : 2-221-09977-X
Traduction : Bernard Sigaud
Couverture : Jackie Paternoster

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