Cantos d

Difficile d’en parler sans déflorer le roman… De la science fiction “hommage” à Keats.

Le Consul, Het Masteen le Templier, Fedhmahn Kassad le soldat, Sol Weintraub le lettré, Lénar Hoyt le prêtre, Martin Silenius le poète, et Browne Lamia la détective : Sept personnages réunit pour un pèlerinage. Ils doivent ensemble se rendre devant le monstrueux Gritche, le Seigneur de la Douleur, qui exaucera le voeux de l’un d’entre eux et massacrera les autres. Un étrange pèlerinage, vu qu’il est effectué par des non-croyants du culte gritchtèque, et que le but véritable serait de sauver l’humanité d’une destruction certaine.

Les deux premiers tomes sont les récits de six des sept pèlerins. Un à un, chacun raconte son histoire, expliquant en partie pourquoi il a été choisit par l’église gritchtèque pour faire ce pèlerinage. Cette construction est déroutante au premier abord, mais permet à Simmons de décrire son univers par touches successives, en continuité. Une civilisation se peint peu à peu, avec ces aspects extraordinaires et toutes ses dégénérescences.

L’humanité a construit une civilisation basée sur les portes distrans, capables de vous faire voyager d’une planète à l’autre en une seconde, et l’infosphère, source intarissable de toutes les informations imaginables, les deux étant contrôlées à l’aide de la civilisation IA. Le Retz, cet ensemble politique des mondes, a pourtant son croquemitaine, les Extros, humains “perdus” suite à l’hégire, mutants, ayant fait d’autres choix de vie, et risquant de mettre en péril ce qui semble être un équilibre. Les romans ne “s’enferment” pas dans ce contexte interplanétaire, et nous font voyager dans la désolation d’Hypérion ou sur les océans d’Alliance Maui à travers de vrais récits de voyage ou d’aventure.
Les différents points de vues sur le même univers sont offerts à travers des expériences que l’on partage au fil du récit. L’univers devient vivant. Fascinant et dense. D’une très grande richesse.
Il est cependant regrettable que des éléments des plus importants, à savoir les IA, n’apparaissent que dans les derniers récits des pèlerins.

Le mélange entre mythe et technologie, entre mysticisme et high-tech est particulièrement intéressant et réussit quoique les balancements de l’un à l’autre puissent être parfois violents.
Les enjeux des pèlerinages, s’ils sont exprimés clairement dès le début du roman, prennent lentement leur véritable ampleur, une véritable signification.

Un talent d’écriture qui nous fait voyager à travers des paysages insolites, de la forêt des arbres Tesla déclenchant des tempêtes électriques, aux Tombeaux du Temps, aussi monumentaux qu’inexplicables.
Le vocabulaire spécifique aux romans est tout à fait accessible. Contrairement à d’autres oeuvres comme Dune d’Herbert, on ne se sent pas perdu dans un monde dont on ne maîtrise pas les mots, et donc le sens, pendant les cinquante premières pages. L’écriture est simple, limpide, sans être révolutionnaire, mais très agréable.
On se perd parfois dans des circonvolutions narratives non fondamentales pour le récit (le combat dans une carcasse de vaisseau dans l’espace, mené par Kassad contre les Extros, par exemple).

Les réflexions sur le temps, la terra formation des planètes, le devenir de l’humanité restent la trame en filigrane des romans. Certaines de ces idées auraient pu être plus appuyées, plus approfondies, sans verser dans le travers de l’essai. Pour d’avantage de saveur.

La fin de ce cycle laisse toute fois un nombre important de question en suspens, sans forcément toucher aux minuscules incohérences. Une façon d’introduire les Voyages d’Endymion ?

Quand les sept pèlerins se posent à Hypérion, le port spatial offre un spectacle de fin du monde. Des millions de personnes s’entassent derrière les grilles les habitants de la planète sont sûrs que le gritche va venir les prendre et ils veulent fuir. Mais l’Hégémonie ne veut rien savoir. Une guerre s’annonce et les routes du ciel doivent être dégagées. Et tout ce que le gouvernement a trouvé, c’est d’envoyer les sept pèlerins. La présidente le leur a dit d’emblée : “Il est essentiel que les secrets des Tombeaux du Temps soient percés. C’est notre dernière chance. ” Mais les pèlerins n’y comprennent rien : c’est tout simple, ils ne se connaisseur même pas entre eux ! Heureusement, le voyage leur permettra de se rapprocher. Chacun raconte son histoire, et l’on s’aperçoit vite que nul n’a été pris au hasard. Celui qui a fait la sélection, au fil des confidences, paraît bien avoir fait preuve d’une lucidité… diabolique. Et d’une cruauté… raffinée !
Pocket Science-Fiction (Décembre 2000 à Février 2005) Robert Laffont

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