Cela aussi sera réinventé de Christophe Carpentier

Il est à croire que le post-apo est un genre qui plaît toujours autant et Cela aussi sera réinventé s’inscrit dans cette veine, même si nous pouvons hésiter sur ce qui est le plus important, à savoir l’histoire en elle-même ou la philosophie / politique sous-jacente.

Le monde a beaucoup changé, ravagé par un ensemble de catastrophes naturelles auxquelles les humains tentent de survivre en essayant d’en trouver une cause ou au moins une corrélation qui est qualifiée d’ “Accablement Climatique“.

Le récit de Christophe Carpentier va se dérouler en trois temps… Un temps dans lequel nous allons pouvoir constater la chute du modèle sociétal mondial, d’abord victime des conséquences des catastrophes naturelles, l’humanité vivra de grandes migrations et verra la chute de l’économie et du modèle dans son ensemble. C’est là que nous commencerons à entendre parler des “Nomades Décontextualisés“. En effet, le général Kleist von Greimstedt de l’OTAN va croiser une de ces caravanes de nomades qui situent l’origine de tous les maux dans la sédentarité, devenu une sorte de péché millénaire…

L’Accablement Climatique est devenu un agent mortifère au service de la Décontextualisation Nomade. Il n’y a pas une parcelle de terrain planétaire qui ne porte pas, soit les stigmates géologiques des cataclysmes en cours d’amplification, soit les stigmates psychologiques des populations sinistrées peinant à cohabiter avec le souvenir de leur vie passée

Cette nouvelle situation nous permet de comprendre la façon dont le monde a tourné avant que l’auteur nous fasse faire un bond arrière dans le temps pour revenir à l’origine de cette étrange philosophie. Dire que j’ai compris comment le personnage de Claire Kraft a développer sa pensée et surtout à quel moment elle est entrée dans cette forme de réflexion serait présomptueux. Claire ne semble plus prendre partie, et excelle dans une neutralité qui, rapidement, va déstabiliser sa famille. Ses non-prises de position, paraissant pour de la distanciation m’ont rendu le personnage antipathique, froid à souhait et totalement déstabilisant. J’irai même jusqu’ à dire non crédible à mes yeux. Mais elle sera la source d’un nouveau mode de pensée et c’est ce cheminement de la pensée qui va se dérouler pendant toute la seconde partie du roman. J’ai été déstabilisé à de nombreuses reprises, ne comprenant pas les réactions de certains protagonistes ni l’explication de réactions violentes que vous découvrirez par vous mêmes.

Et une fois cette deuxième partie achevée nous voyons le résultat à plus long terme de cette nouvelle forme de philosophie ou quel que soit le nom que vous lui donnerez.

Le roman a clairement des influences Science-Fiction mais je reste persuadé que ce n’était absolument pas le sens de l’écrit de l’auteur (mais bien sûr, seul lui peut le confirmer) et l’Accablement Climatique, le contexte du roman ne semble être que des prétextes pour présenter une démarche de réflexion en en évaluant les possibles conséquences. Je dois avouer que, même si j’ai trouvé la démarche et la décontextualisation intéressantes, je reste un peu réservé sur le roman en lui-même. J’ai trouvé les personnages plutôt fades (lisses ?) et j’ai plus eu l’impression de lire un essai plus qu’un roman.

La façon dont les différents personnages agissent ou réagissent, la façon dont ils vont ou pas s’embarquer dans cette nouvelle façon de penser auraient certainement mérité un plus grand développement pour rendre l’ensemble du récit plus abordable.

Car c’est bien là que réside la plus grande faiblesse à mon sens de Cela aussi sera réinventé : il n’est clairement pas accessible et nécessite de la part du lecteur un effort important pour ne pas décrocher.

Au Diable Vauvert (10 septembre 2020) – 272 pages – 979-10-307-0362-7
Couverture : Olivier Fontvieille

Deux siècles après, nés pour réconcilier le biologique et l’éthique, les Nomades Décontextualisés ont transformé le monde en un lieu où les singularités et les affects n’existent plus. Claire Kraft va le découvrir à ses dépens.
Quelque part entre Gibson et Koltès, une magnifique dystopie philosophique et politique ancrée dans l’actualité.

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