Cendres de Thierry Di Rollo

Renaud erre sans but dans ce camp, dont il ne connait que trop bien les limites, celles qu’imposent les fils électrifiés qui l’entourent. Une vie sombre, inutile, rythmée par ses moments avec Nathaniel, ce qu’il a de plus proche d’un ami, et Julia. Et puis bien sûr, la distribution des vivres. Mais aujourd’hui, il y a cette fille, Marine, qui le suit lors de la ruée sur les vivres.

Le vieil homme n’a pas compris ce qui lui arrivait. Il suivait le papillon jaune, et se réveille dans un couloir, poussé par deux hommes vers une salle souterraine, où il sera torturé, mutilé, blessé au plus profond de son âme. Jusqu’à ce qu’on le libère.

Blandine court, jusqu’à en oublier la souffrance, le manque d’air, le point de côté, jusqu’à oublier ses souvenirs. Et, alors qu’elle se croyait perdue, acculée contre le mur d’enceinte, encerclée par les limiers, cette corde inesperée lui permet de sortir, de redevenir libre. Un homme la retrouve, la soigne, lui réapprend la vie normale, la souffrance.

La vidéo qui défile, et la fin qui jamais ne le satisfait. Il faut la modifier, corriger cette histoire qui ne va pas. Et pour ce faire, une seule solution la tourner soi-même, avec un décor d’époque, et des acteurs d’époque. Même si cela implique un voyage dans le temps de deux siècle.

“Cendres” est le premier recueil de Thierry Di Rollo, qui a choisi pour l’occasion Les trois souhaits pour publier les quatre nouvelles qui composent ce recueil. Auteur rare, que ce soit en terme de romans, ou de nouvelles, lui même reconnaissant qu’il n’apprécie pas ce format, il mérite tout de même qu’on s’interesse à lui, notamment à travers “Cendres” dans un premier temps. Dans un second temps, nous étudierons “Meddik”.

Le recueil est tout simplement saisissant. Très court, il est poignant, ne serait ce que par son style très ciselé, composé de termes univoques et précis, qui jettent tout de suite l’ambiance. Thierry Di Rollo ne s’embarrassent pas de descriptions inutiles, en quelques mots, il crée son décor, son ambiance, nous plonge dans son “enfer”. Et cette sobriété caractéristique participe d’autant plus à l’horreur de son récit, car elle tend à nous démontrer que la folie est désormais visible, explicite, que le temps des illusions touche à sa fin, et que nous, simples lecteurs, devons désormais affronter la vérité.

Les quatre nouvelles ne forment pas une progression, mais juste un tableau. Ainsi, si dans le premier texte c’est un homme qui est le héros, victime de l’oubli de la société, c’est ensuite dans “papillon jaune” un vieillard confronté à une poignée d’hommes, puis dans le troisième texte une jeune fille face à un Baron cruel et impitoyable, etc. On ne peut pas dire que l’horreur monte réellement en intensité, elle est partout présente, et sans tomber de Charybde en Scylla, nous restons dans nun dégoût permanent et constant. Un dégoût qui, paradoxalement, ne nous donne pas envie d’arrêter la lecture. Et c’est peut être là où voulait en venir Thierry Di Rollo : fascinés par le spectacles de ces hommes et de ces femmes torturés, blessés dans leur chair et dans leur âme, humiliés, nous restons, simple voyeur, à les contempler sans réagir. En quelques dizaines de pages, plus efficacement que bien des essais, il nous révèle la vérité : L’humanité a perdu tout sentiment, s’est habituée à l’horreur quotidienne, et, pis encore, en redemande.

Le pire, et la quatrième nouvelle, que l’on peut placer à part par rapport aux trois autres, l’illustre bien, est que en dépit des malheurs qui les accablent, ses héros s’accrochent à une sorte de dignité, d’inflexibilité face au malheur. Certes ils pleurent ou crient, mais ils savent assumer leur destin, ils ont une dimension tragique semblable à celle des grands héros des mythes grecs. Face à l’adversité, les derniers humains sont superbes, réussissent à se draper dans des haillons d’humanité. Ca n’est peut être pas un remède à la gangrène qui nous envahit, mais ça peut laisser une nuance d’espoir.

Pourtant, ces histoires sont dramatiquement actuelles. Sans être datées d’aucune sorte, sans même qu’aucun élément ne puisse nous aider à dater approximativement les scènes, nous savons d’instinct que, à part pour “Quelques grains de riz”, nous pouvons vivre ça demain, aujourd’hui, tout de suite…

Mais comme je vous le disais, le quatrième texte s’impose une place à part, ne serait ce que par sa place dans un futur assumé. L’héroïne nous est quasi contemporaine, mais l’autre héros, presque un monstre du futur, est aveuglé par la folie. Ce n’est pas non plus rassurant, et si au fond, l’histoire aurait pu être placée à notre époque, l’auteur fait tout pour l’ancrer au vingt-deuxième, peut-être pour nous prouver que l’horreur est éternelle ?

Au final, beaucoup de questions, un recueil formant un tout horrible mais superbe, servi par une écriture fluide et précise, même si les sujets abordés ne sont guère réjouissants. Il faut le lire, mais si vous voulez compenser la noirceur ambiante, je ne peux que vous conseiller le recueil opposé, le miroir aux eperluette de Sylvie Lainé, paru en même temps aux trois souhaits.


Bienvenue dans des lendemains qui déchantent. En quatre nouvelles aussi noires que percutantes, Thierry Di Rollo nous fait visiter l’enfer. Celui d’un camp de réfugiés abandonnéw de tous. Celui d’un vieillard qu’on kidnappe sans raison. Celui d’un obsédé des Beatles qui rêve d’un voyage dans le temps. Celui enfin d’une jeune fille, séquestrée pendant des années par un Baron riche et puissant. Un futur qui pourrait bien être le nôtre, à la fois cynique et dérangeant. Thierry Di Rollo bouscule le lecteur, lui donne à lire un avenir sombre mais la noirceur de son propos n’a de cesse de nous interroger sur nous-mêmes et sur notre avenir.

Des textes à l’écriture ciselée, un auteur passionnant…laissez vous happer par son univers.
Actusf Les Trois souhaits (2007)84 pages 6.00 € ISBN : 9782952250276 (2007)
Couverture : Daylon
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