C’est l’inuit qui gardera le souvenir du blanc de Lilian Bathelot

En plein coeur du groenland, Kisimiippunga passe l’épreuve ancestrale de la première chasse. A l’aide de son traineau et de son arc, voire, concession à la modernité, de sa carabine, elle doit partir chasser et ne revenir qu’avec une proie. Du succès de ce rite dépend son statut au sein de la société inuit. Mais, alors qu’elle écorchait le caribou qu’elle avait abattu, elle aperçoit un traineau se diriger vers elle. Un traineau dont le propriétaire git inconscient, et qui est poursuivi par une meute de loups. Après avoir dissuadés ceux-ci de poursuivre leur course, Kisimiippunga rattrape le traineau. Elle y découvre un homme de type européen, gravement blessé. Plus étrange encore, il vient d’une région désertique, sans aucune ville à moins de trois cent kilomètres, un voyage inhabituel pour un non inuit. Lorsqu’elle appelle des secours, elle apprend que ceux-ci sont occupés par un naufrage au large des côtes, là où travaille son fiancé, éleveur de narvals.

Dans le sud de la France, un officier déserteur est repéré en zone franche, c’est-à-dire dans la zone non contrôlée par le gouvernement. Aussitôt, une opération est mise sur pied pour le capturer, car il détient des informations qu’il ne doit divulguer à aucun prix. Mais en réalité, l’homme que les commandos découvrent n’est pas l’officier, car après s’être fait ôter sa puce, il l’a laissé à un trafiquant qui a du la réimplanter dans un individu non fichés. L’opération tourne mal, et la plupart des soldats y perdent la vie. Pour faire face à cette situation de crise, les autorités font appel à Damien Coste, un collègue de l’officier disparu. Or, la piste de l’officier disparu les mène au groenland, où il se passe de drôles de choses depuis quelques mois, et notamment du côté des narvals.

Une belle petite fable écologique, l’histoire d’un petit bout de pays, oublié par tous, qui devient le david des pays pauvres, ceux que l’on nomme pudiquement «confédération des nations premières», ces états où vivent une population indigène, encore largement attachée à ses moeurs ancestrales et barbares puisque non occidentales…

Face à eux, la société de tous nos cauchemars. Une société dédoublée, d’une part une zone privilégiée, avec tout le confort disponible et la technologie à l’avenant, de l’autre un reste du monde un peu sauvage, délaissé par les gouvernements, où les forces armées ne s’aventurent qu’à contrecoeur car la loi a oublié d’y imposer sa marque. ( Ceux qui reconnaissent un célèbre cycle de serge Lehman doivent être nombreux !) Et dans ce monde d’inégalités, tous les hommes sont surveillés grâce à une puce implantée dans leur poitrine, qui les épient durant toute leur vie en leur promettant une vie plus facile. Le confort au détriment de la liberté. Un confort trop étouffant parfois, puisque comme Damien Coste, des hommes de plus en plus nombreux s’adonnent aux sports extrêmes, espérant y retrouver une bouffée de cette liberté perdue à si vil prix.

La nature affronte alors la technologie, grâce à une découverte surprenante, les inuits parviennent à organiser un front de résistance, à partir des propriétés incroyables des narvals, ces cétacés à priori inoffensifs simplement remarquables à cause de leur corne les apparentant à des poissons licornes. Et, fidèle à cet espace sauvage, c’est au coeur de ce continent désert, dans le froid et dans la bise que va se disputer le destin du monde. D’un côté, une femme armée de son ulu, son couteau traditionnel, de l’autres des soldats surentrainés et suréquipés. Mais l’excès de technologie détraque, et les dés se retrouvent finalement pipés, rééquilibrant légèrement la balance. D’autant que Kisimiippunga, à son insu, est plus qu’une simple marionnette entrainée par le destin, elle est la clé de tout.

Un bon moment de lecture dans une collection à priori plutôt orientée jeunesse, mais qui convient aussi très bien à des lecteurs moins jeunes. L’intrigue se complexifie sans excès, les personnages sont attachants et profonds, l’histoire est maîtrisée de bout en bout, le message diffusé sympathique sans sombrer dans le fanatisme ni le prosélytisme. Une bien belle revanche comme l’évoque le titre, rappelant les méfaits commis par les premiers explorateurs européens.

Dans une société hyper technologique, tous les habitants de la planète sont reliés au réseau de surveillance de leur zone gouvernementale. Les territoires inuits, pourtant, ne suivent pas la règle commune. Là, pas de surveillance, une certaine libertés et de grands espaces sauvages où l’on peut échapper au reste du monde, soit pour le plaisir de retrouver la nature et des gestes ataviques, soit pour des raisons plus complexes et plus secrètes. Les gouvernements planétaires tentent désespérement de trouver une parade à cette indépendance, et d’en comprendre le pourquoi et le comment. Cela a, semble-t-il, fort à voir avec les narvals, ces mammifères marins à longue dent de licorne, et avec leur sonar si particulier.
Le Navire en pleine ville Sous le vent (2006)252p pages 13.50 € ISBN : 2916517049 (INED)
Couverture : pierre huber/ frank vriens
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