Dame des abeilles (La) de Thomas B. Swann

Cycle du Latium (Le) 3

Le livre contient en réalité deux textes, deux romans : Le peuple de la mer et La dame des abeilles.
Ils furent publiés en 1977, en langue anglaise, un an après la mort de l’auteur, et ils étaient encore inédits en France jusqu’à aujourd’hui.
Le premier raconte la fondation de Carthage par la reine Didon, et sa rencontre avec Énée, un des vaincus de la guerre de Troie, qui recherche une terre pour fonder, lui aussi, sa ville.Tout semble fait pour rassembler les deux personnages, pour aboutir à une union à toute épreuve, et à une civilisation qui dominerait le monde. Mais les dieux ont d’autres projets…
La dame des abeilles se place des siècles plus tard. Les descendants d’Énée, Romulus et Remus, ont la même soif de régner et de bâtir que leur ancêtre. L’un, brutal et hardi, a rassemblé une troupe de bergers et de voleurs ; l’autre, plus doux, a pour amis les dryades, les faunes et toutes les créatures de la forêt.
L’écriture est très symboliste, parfois mallarméenne ; est-ce un parti-pris du traducteur ?
On soupçonne que l’auteur y est quand même pour beaucoup. Les phrases sont polies, épurées, chantournées comme une sculpture sur bois : «Il y a un sentier secret, dit-elle. Un jour, j’ai vu une jeune paysanne le suivre jusqu’à un petit champ de soleils. On aurait dit une toison d’or étalée par amour par ta mère, Aphrodite. Peut-être as-tu été conçu sur une pareille toison. » (p. 109)
Ce n’est pas désagréable à lire (au moins, pour une fois, est-on sûr de ne pas trouver trop de clichés) mais on regrette parfois plus de simplicité, de fluidité.

On l’aura compris, Le peuple de la mer, c’est une nouvelle version de l’Énéide. Mais, là où le texte de Virgile était élégant, fluide et fonctionnel, Burnett Swann propose quelque chose de très déséquilibré, hermétique, et plus vraiment tragique à mon goût. Ses inventions, ses ajouts n’apportent rien.
L’autre roman est relativement mieux maîtrisé.
L’auteur fait moins d’effets de manches, fait mieux vivre ses personnages, maîtrise mieux la composition… Et surtout, surtout, il y a cette scène à se rouler par terre, où Remus va voler une vache pour se faire capturer et pouvoir pénétrer ainsi dans la ville.

Comme le troupeau appartient à un vieillard, les vaches, les chiens et les bergers ont tous un âge avancé ; la vache ne veut pas bouger et semble toujours agonisante ; le chien lâche un aboiement asthmatique, et les bergers s’approchent à petits pas du voleur, qui attend patiemment sa capture… C’est là que Thomas Burnett Swann, auteur méconnu, est bon : pas dans le lyrisme, pas dans le tragique ; dans l’humour.

Bref, un volume intéressant, assez inégal, mais qui fera passer quelques bons moments à un lecteur désoeuvré, et lassé des romans de fantasy trop formatés.

Dernier point, qui vous convaincra peut-être de vous procurer le livre : si vous l’avez entre les mains, regardez donc la couverture… Regardez mieux… Tout simplement magique, n’est-ce pas ?

Avec La Dame des abeilles on retrouve Mellone, la dryade (v. Le Phénix vert, avril 2007), plusieurs siècles après sa rencontre avec Énée. On découvre son rôle dans la fondation de Rome, tantôt contée par elle-même, tantôt par le jeune faune Sylvan. L’histoire est celle de Rémus le sage et du brutal Romulus ; les deux frères sont décidés à mettre à bas la tyrannie par les armes, en s’alliant aux créatures mythologiques. Batailles et passions sensuelles sont au menu de ce dernier opus du cycle.
Points Fantasy (Octobre 2007)215 pages 6.00 € ISBN : 9782757802359
Traduction : Patrick marcel
Titre Original : Lady of bees (1986)

Couverture : A. Boecklin
Moutons electriques 2006264 pages 15.00 € ISBN : 9782915793130
QuatrièmeDans le bruit et la fureur des passions antiques, voici la tragique histoire de Romulus, décidé à tout conquérir, de son frère Rémus, qui désire suivre la sagesse de la nature, et de la belle dryade Mellone, qui parce qu’elle est la maîtresse de Rémus va se trouver impliquée dans un conflit déchirant. Et voici également la sombre et captivante histoire de Didon, la reine fondatrice de Carthage, de son amant Enée et de son fil, Ascagne, ainsi que de la cruelle néréide Electre et du roi-éléphant Iarbas. Entre amour et colère, beauté et cruauté, sensualité et combats épiques, deux légende, appartenant à la mythologie de la fondation de Rome se trouvent réinventées de manière magique.

Laisser un commentaire