Deepsix de Jack McDevitt

2203, une mission d’exploration atterit sur Deepsix, la seule planète habitable du système Maleiva. A cause d’un nuage de poussière cosmique, la planète est plongée depuis plusieurs milliers d’années dans une ère glaciaire. Seule une étroite bande le long de l’équateur échappe à la glace, laissant la vie se développer dans une gigantesque forêt. Le premier groupe d’exploration s’aventure imprudemment dans la forêt et ne donnent plus de signes de vie. Le second groupe les retrouve morts un peu plus tard et, rejoints par le troisième groupe, essayent de ramener les corps à leur vaisseau. C’est à ce moment qu’ils sont attaqués par des oiseaux qui, en quelques instants, font trois victimes supplémentaires. Les survivants s’empressent de déguerpir, ils seront les premiers et derniers explorateurs de Deepsix.

Mais un astrophysicien a calculé qu’une géante gazeuse qui a échappé à l’attraction de son étoile, et se balade seule dans la galaxie, va heurter en 2223 Deepsix : un évènement cosmique unique, incroyable et statistiquement improbable, et pourtant…

Quelques semaines avant la collision, une équipe de scientifiques se poste en orbite autour de la planète pour surveiller le phénomène et observer la planète dans ses derniers instants. C’est à cette occasion qu’ils découvrent des habitations en ruine, les vestiges de la civilisation maleivienne? Un navire est dérouté de son voyage, car étant le seul à disposer d’un module d’atterrissage dans les environs immédiats de la planète, il est seul capable de procéder à des fouilles archéologiques. Une expédition d’amateurs est constituée et, partant d’une tour surplombant le manteau neigeux, se met à chercher ce qu’il peut rester.

Mais la géante gazeuse approche de plus en plus, et des perturbations physiques commencent à se manifester. Un séisme imprévu provoque le drame, détruisant au sol les véhicules des archéologues, les laissant seuls sans moyen de revenir en orbite et ainsi d’échapper à une mort certaine.

Jack McDevitt s’est fait connaître en France grâce à son space opéra « Les Machines de Dieu », Deepsix est une sorte de suite indépendante, se passant vingt ans plus tard avec pour seul lien un héros commun et quelques références sans réelle importance, autant dire que c’est un tout autre livre.

Le thème de la planète vagabonde, s’il n’est pas courant en science-fiction, n’est quand même pas une grande nouveauté. Quelques romans en ont parlé, notamment « Le Vagabond » de Fritz Leiber, premier ouvrage de la collection Ailleurs&Demain ! Mais aussi quelques romans français parus au fleuve noir, comme ceux de Carsac,XXX. De plus, pas de véritable innovation scientifique, quant à cette partie du livre, l’auteur ne s’attarde pas à vulgariser ou à élaborer une quelconque théorie sur les raisons de cette errance cosmique, la planète vagabonde, elle va heurter une planète, un phénomène rarissime, même à l’échelle cosmique, et c’est tout.

Le point marquant de cette oeuvre est que la malheureuse planète malencontreusement placée sur la trajectoire de la géante gazeuse est une planète habitable, c’est-à-dire qui se trouve à la bonne distance de son soleil pour abriter un écosystème, ce qu’elle possède par ailleurs. Et quand en plus cet écosystème est assez évolué avec de nombreux animaux dont des prédateurs féroces même si d’apparence sympathique, que l’air est en plus respirable, l’eau potable, on ne peut que se dire que le hasard fait mal les choses. Car dans toute son expansion à travers la galaxie, l’humanité n’a guère trouvé qu’une demie-douzaine de planètes qu’elle pourrait habiter. Et, manque de chance, l’une d’elle est promise à l’anéantissement…

Mais ce à quoi personne ne s’attendait, c’était de découvrir à la surface de Deepsix, seulement quelques jours avant sa destruction, les traces d’une civilisation technologiquement évoluée, aujourd’hui disparue. Double tragédie, car tous ses souvenirs vont disparaître à jamais, sans que les hommes aient pu l’étudier, essayer de la comprendre, de la ressusciter dans la mémoire universelle. Aussi, c’est dans l’urgence qu’est improvisée une équipe disparate d’archéologue débutants, qui sous la pression de l’urgence, vont devoir explorer au plus vite les quelques ruines découvertes et récupérer des débris. Mais sans organisation solide, la catastrophe était inévitable, et après un accident, ils doivent traverser la planète pour rejoindre une nacelle abandonnée là 20 ans plus tôt et qui est leur seul espoir de survie.

C’est là qu’est le véritable intérêt du livre, la vision du groupe soudé dans la détresse, composé de personnes qui se détestent ou semblent incompatibles, avec surtout la figure dominante de Grégory Mc Allister, grande gueule insupportable et bouffie d’orgueil qui dénonce les travers de chacun sans jamais reconnaître les siens. A ce qui n’aurait pu être qu’un banal groupe confronté à une situation dangereuse – une configuration mainte fois vue en littérature, même sans le contexte cosmique – il confère une sorte de cachet, car finalement, tout tourne autour de lui, il est le pivot du groupe, l’axe qui lui permet de continuer à tourner. Aussi, quand il s’assagit vers la fin, l’histoire perd logiquement de l’intérêt, de la vigueur. Et ce n’est pas les nombreuses péripéties imprévues de dernière minute qui y changent quelque chose. Deepsix s’effondre peu à peu dans la routine, dans une impression de déjà vu.

Pour conclure, Deepsix n’est pas mauvais, il a même quelques moments très accrocheurs, mais il raconte l’histoire banale d’un groupe confronté à une situation qui l’est moins, mais sans vraiment parvenir à concilier les deux. D’autant qu’avec une partie de l’action dans l’espace, le lecteur s’éloigne des vrais héros, et se trouve confrontés à des morceaux moins intéressants, probablement trop longs. La lecture est intéressante, l’idée de l’ascenseur spatial qui y est développée est originale et solidement étayée, mais l’histoire traîne trop.

2223. La planète Deepsix est menacée de destruction totale par une collision cosmique. Du coup, l’intérêt pour ce monde oublié et maudit, parce qu’une mission d’exploration y a été décimée vingt ans plus tôt, se réveille. Car Deepsix recèle une merveille : les traces d’une civilisation disparue. Qui ne l’est peut-être pas tout à fait. Un monde dangereux, une énigme archéologique, une course contre la montre et contre l’oblitération. Toute la virtuosité et l’autorité de Priscilla Hutchins, qui a déjà fait merveille dans Les Machines de Dieu (publié dans la même collection), ne seront pas de trop pour remplir cette mission et ramener à bon port sa petite équipe.
Le Livre de Poche Science-Fiction (Novembre 2007)635 pages 8.00 € ISBN : 9782253121978
Traduction : Franck Reichert
Titre Original : Deepsix (2001)

Couverture : Jacky Paternoster
Atalante 2003

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