Demain, une oasis de Yal Ayerdhal

9782253133001-001-TLe 29 au matin, nous étions en Turquie. Le 30, nous arrivions à Modayifo. C’était mon anniversaire.
Pour l’état civil, j’avais quarante-six ans. Puor Dziiya, j’en avais six.
Je venais de naître.

Un haut fonctionnaire d’une administration en charge de l’exploration spatiale se fait kidnapper par des membres de ce qu’on pourrait qualifier d’ONG luttant contre la famine en Afrique. Pour lui va arriver le temps d’ouvrir les yeux sur la fracture Nord-Sud.
Etienne :
Politiquement engagé !
Pour ceux qui veulent lire un livre sans trop réfléchir, passez votre chemin. Ayerdal ne camoufle pas un message sous de jolies métaphores ou ne transpose pas un avenir possible dans une lointaine galaxie. Non, l’avenir qu’il nous décrit/prédit/suppose est bien clair, bien pessimiste, bien engagé. Bien enragé aussi, une vision de l’humanitarisme à 100 lieues des pièces jaunes.
L’écriture est très claire, très rapide, bien servie par une narration à la première personne.

En plus il est pas cher et l’auteur, entrapercu à un salon, est éminemment sympatique !

Allan : Quand on prend un livre d’Ayerdhal, on sait qu’on ne lira pas seulement un petit roman sympa de SF (même si le roman EST sympa) ; les messages qui se cachent derrière sont, comme le disait Etienne, politique engagé et nous mettent en face de réalité qu’on préfèreraient garder caché.
Il est tellement facile de se cacher derrière le petit don que l’on donne au mendiant du coin sans s’intéresser à la façon dont survive des populations entières.
La solution du terrorisme humanitaire pratiqué par Dziiya peut paraître extrêmes c’est d’ailleurs l’opinion de l’interne, mais ne serait-ce pas la solution ?
De plus, le personnage de l’interne m’a fait penser dans un autre registre au personnage joué par Gérard Jugnot dans Monsieur Batignolle. Nous ne sommes pas naturellement résistant, nous le devenons par la force des choses. Et l’accent est mis largement sur ce point dans le récit d’Ayerdhal. L’interne a la fibre humanitaire mais engoncé dans sa morale et ses préceptes européens, il ne les assume pas réellement.
Course à l’espace versus survie des peuples, le débat est on ne peut plus d’actualité alors que nous voyons les premiers touristes visités notre espace…
Espèrons que la suite ne reste que de la SF.

Impératrice Moa:
Pour moi, Ayerdhal était avant tout l’auteur de l’extraordinaire Parleur ou les chroniques d’un rêve enclavé, à la fois bouleversant, pas si « fantastique » que ça, d’une finesse et d’une profondeur que j’ai rarement vu. J’ai tellement offert ce livre qu’il faut que je le rachète sans cesse…
Cet automne, il était aussi devenu l’auteur de « La logique des essaims » et son traitement sans aucune concession sur des thèmes graves, et surtout sans tomber dans de l’écologisme Bisounours.

Rebelotte avec « Demain une oasis » ? Oui, non, et presque.
Ayerdhal est un homme de bon goût, usant des éléments SF comme je l’aime (un peu comme la 3D au cinéma) : ce sont des éléments d’un décor, un contexte qui n’est pas trop envahissant (pas de cavalerie ni de roulements de tambour assourdissants), le tout au service d’une intrigue et d’un discours.
Ici, le discours est politico-écologico-humanitaro-humaniste, et je comprendrais fort bien que les partisans du capitalisme forcené et autres adeptes de l’argent roi n’apprécient pas les romans d’Ayerdhal. Que les humains conscients mais modérés se rassurent, il ne s’agit pas non plus de lancer des fleurs dans le désert en disant que « tout le monde il est beau et tout le monde il est gentil ».
Les personnages de « Demain une Oasis » ont un idéal qui les porte et conditionne leur vie. Le problème posé est « la fin justifie-t-elle les moyens ? ». Le terrorisme peut-il servir une « bonne » cause ? Peut-on briser la vie des gens pour construire un avenir meilleur ? Interprétée par ma petite personne, c’est : doit-on tendre la joue gauche quand on vous déjà balancé à la fosse commune et qu’on s’apprête à vous balancer dessus deux ou trois pelletée de chaux, histoire que vous ne la rameniez pas ?

Voici le sort de l’Afrique, oubliée par les Occidentaux comme par les Asiatiques (sauf pour ses ressources naturelles, bien évidemment) qui nous arrive en plein visage, avec les victimes du réchauffement climatique qui prennent corps (ou cadavres), et l’égoïsme indifférent qui apparaît apparait sous son meilleur jour, avec cette espèce de vanité de conquête de l’espace et de terraformation de Mars et de Vénus. Tout ceci n’est jamais qu’un point de vue, mais il a le mérite d’éviter le sentimentalisme, les belles paroles, les beaux discours et autres médecins européens portant la culpabilité du monde sur leurs épaules, venu en Afrique pour dédouaner le reste de leurs collègues.
Il est vraiment question de « terrorisme » comme arme contre la misère.

Comme je suis douée (parfois), j’avais compris les intentions profondes des personnages assez rapidement, mais n’étant pas certaine, les petits rebondissements m’ont tranquillement poussé vers la fin de ce roman.
« Demain une oasis » est d’une fluidité rare, à l’écriture agréable et intelligente.

 

Le Livre de Poche (Mars 2016)240 pages – 6.60 €- 9782253133001
Médecin à Genève, vie tranquille, que pouvait-il craindre ? Deux limousines, un coup de frein, des portières qui claquent, un pistolet-mitrailleur, deux beignes, une cagoule et des jours dans une cave sous perfusion et somnifères… Un kidnapping. À son réveil, il se retrouve quelque part dans un village africain. Un commando humanitaire lui en confie la responsabilité. Sécheresse, famine, terrorisme : dans une Afrique qui se meurt, c’est en cherchant le sens du mot justice qu’il trouvera celui de sa vie.
Un classique du roman d’anticipation, lauréat du Grand prix de l’Imaginaire en 1992.
 

Au Diable Vauvert (Septembre 2006)252 pages 17.50 € ISBN : 2-846-26117-2 Fleuve Noir
1991 pages 4.50 € ISBN : 2290303062
Il était moitié médecin moitié technocrate, à Genève. Il avait un nom. Il n’en a plus : on le lui a retiré un soir, avec le reste, avec le reste de son existence. Une limousine devant, une derrière, un couop de freins, des portières qui claquent, un pistolet-mitrailleur, deux baffes bien assénées, une cagoule, des jours dans une cave sous perfusion et somnifères… Normal pour un kidnapping ! C’est au réveil que ça commence à clocher, quelque part dans un désert africain, à côté d’un vieillard gravement gangrené, quand un commando humanitaire lui confie la responsabilité médicale du village dans lequel il l’abandonne…

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