Des Femmes qui tombent de Pierre Desproges

Adeline Serpillon appartenait à cette écrasante majorité de mortels qu’on n’assassine pratiquement pas.

Ce ne sont pas des mouches qui tombent, mais des femmes : un tueur en série sévit à Cérillac. Seul indice : tous les corps ont été piqués par un moustique – pas n’importe lequel – un anophèle femelle. Pour le villageois qui s’ennuie, la mort d’une voisine est toujours une aubaine.

Etonnant, non ?
Trouver Desproges dans un site dédié à la littérature fantastique peut surprendre mais pas tant que cela finalement.
Desproges a écrit beaucoup de livres, tous réédités en ce moment avec quelques petites raretés comme “ces femmes qui tombent” qu’on voyait suffisamment peu dans les rayonnages pour qu’un fan comme moi ne l’ait pas encore lu.

C’est à ma connaissance son seul vrai roman, tous ses autres ouvrages étant des recueils de textes écrits pour la radio ou le spectacle ou des essais comme “la seule certitude que j’ai c’est d’être dans le doute”.
Des femmes qui tombent est donc un vrai roman avec une vraie intrigue dramatique : la mort de nombreuses femmes dans un village.
Avec quelques graveuleuseries en plus, j’aurais pu y voir la patte de san-antonio mais non, la langue est aussi maîtrisée mais c’est la langue de molière, pas la langue de velours.

C’est une utilisation assez rare de l’univers SF : appuyer une loufoquerie sur la rationnalité que peut apporter la science-fiction.
Un humour toujours un peu grinçant mais très présent, un texte court et sans concession.

Sans concession, pas comme l’auteur : pourquoi il est mort ce con ?

Après avoir lu ce livre, mon éditeur, ma sŒur et ma femme me demandent pourquoi l’aubergiste Gilberte a la tête enfermée dans uns sac plastique, au moment où son corps pendu est découvert dans le cellier. Je réponds que je n’en sais rien. Peut-être s’agit-il d’un ultime geste de coquetterie assez compréhensible de la part d’une femme qu’on devine accorte mais pudique et qui aurait jugé inconvenant de montrer une langue pendante au premier découvreur de cadavre venu ?. Mais peut-être pas.C’est un mystère.Il faut parfois laisser traîner des mystères à la sortie des livres.Aux derniers chants de l’Odyssée, qui célèbre le retour à Ithaque, l’auteur n’évite-t-il pas, et avec quelle délicatesse, de s’étendre sur la surprise d’Ulysse décelant une odeur d’afertshave au fond du lit conjugal enfin retrouvé ? Le lecteur aura compris que ce livre, Des femmes qui tombent, est en réalité un humble mais profond hommage rendu à Homère et à sa cécité.
Point (1998)155 pages 5.50 € ISBN : 9782020336253 (1985)

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