Délires d’Orphée de Catherine Dufour

Club Van Helsing 5

Le manoir de Van Helsing est truffé de pièges et d’alarmes en tout genre, procurant une sécurité quasiment totale, voilà la triste constatation de Senoufo Amchis, après qu’il eut été engagé par le propriétaire des lieux pour tester la sécurité de son refuge. Malheureusement, tout ce dispositif n’a pas suffi puisqu’un monte-en-l-air a réussi l’exploit de pénétrer dans le manoir, d’y dérober un objet et d’en ressortir sans se faire remarquer. Une conclusion s’impose : il a été aidé. Alors, tandis que Van Helsing se prépare à torturer ses employés pour démasquer l’indélicat traître, le harponneur se lance dans le sillage du voleur.

Grâce à un indic, Turkish Delight, il le retrouve facilement, d’autant plus qu’il n’a pas pu résister, pendu qu’il était à son plafond. Il comprend peu à peu qu’il doit retrouver un objet ancien et maléfique, qui a le pouvoir de provoquer une mélancolie mortelle chez ceux qui l’approchent, car il ranime leurs pulsions dépressives et les conduit au suicide, comme ce fut le cas pour le voleur. Il retrouve vite la commanditaire du vol, ainsi que l’objet volé, mais des précautions s’imposent, il ne faudrait pas que Senoufo tombe aussi sous le charme de cet objet porteur de malheur. En tout cas, les instructions de Van Helsing sont claires, anéantir l’objet, le détruitre à tout prix. Et pour ça, rien de mieux qu’un bon harpon à pointe d’argent..

2007 est décidément l’année de Catherine Dufour, avec la sortie du tome 4 – “L’immortalité moins six minutes” – de sa série de light fantasy “Quand les dieux buvaient”, la réédition en poche de son chef d’oeuvre “Le goût de l’immortalité”, et enfin son apparition dans la jeune collection Club Van Helsing avec le présent opus. Si elle se fait plus présente cette année, elle n’en reste pas moins un auteur rare et toujours aussi appréciée par la critique.

Délires d’Orphée est un livre court, à peine cent cinquante pages, mais au fond très dense dans son déroulement. Catherine Dufour ne perd pas de temps, et, fidèle, à l’esprit de la collection, nous emmène droit au but : l’extermination du monstre. Remarquons aussi que le monstre choisi n’est pas des plus faciles à traiter, puisqu’Orphée ( ou un autre, vous verrez bien) n’est pas à même d’être aussi créateur d’entropie que les vampires, les loups-garous ou un blob. Alors, à sujet obligatoirement concis, écriture intime et profonde. Ce que nous perdons en intensité, nous le regagnons en profondeur.

Ainsi Senoufo, notre chasseur de monstres, harponneur de cachalots dans le civil, est étonnant sous tous les points. Véritable phénomène de foire, sorte de capitaine Achab transformé en Sherlock Holmes moins flegmatique, il est le véritable héros, détrônant en celà le monstre qui n’est plus qu’un faire-valoir falot. Ses expressions imagées et très typiques, son caractère dur et nounours à la fois, ses bonnes manières anachroniques bien qu’empreintes de la rudesse du marin, tout cela en fait un être inédit, inimaginable, qui n’a vraiment pas sa place dans notre monde. A le suivre, on a l’impression de voire le temps reculer de trente ou quarante années. Nous le suivons dans ses reflexions, dans ses ruminations nostalgiques, dans ses colères et ses tristesses. Pour un monstre aussi décalé que la lyre d’Orphée, instrument maléfique capable d’envouter quiconque l’écoute, il paraît être le chasseur parfait.C’est inexplicable, mais en le comparant à toute la galerie de chasseurs entr’aperçus, il est véritablement le seul capable de mener à bien cette tâche, en solitaire, seul avec lui même, et avec le lecteur.

Différent des autres tomes du club van helsing, Délires d’Orphée, y a pourtant indéniablement sa place. Car il porte en lui une belle leçon sur la monstruosité, et on comprendra que le monstre n’est ni la cible de Senoufo, ni Senoufo lui-même – bien qu’il soit un sérieux prétendant au poste- mais bien Hugo Van Helsing en personne. Seulement, il y a des monstres qu’on ne tue pas, et auquel on laisse même d’importantes responsabilités, Van Helsing n’est que l’un d’entre ceux-là. Si vous aimez CVH, et que vous avez envie de voir les choses différemment, de faire une pause entre deux combats épiques, de souffler un peu avant d’y replonger, alors mettez la main sur Délires d’Orphée. Catherine Dufour s’y montre incroyable de talent, nous démontrant une fois de plus, sans que nous l’ayons demandé, qu’elle est définitivement à l’aise dans tous les genres et les registres. Vivement mémoires mortes. (ndlr : son premier recueil de nouvelles, à sortir chez Le Bélial courant 2008)

Stupeur à Bedlam : la Bibliothèque Obscure a été cambriolée ! Un des objets les plus précieux de la collection Van Helsing a disparu. Le glacial Senoufo Amchis, dernier Grand Maître de la Confrérie des tueurs de cachalot des Açores, est prêt à se lancer sur la trace du voleur. Mais tout en aiguisant son harpon à barbelure d’argent, il se demande pourquoi Van Helsing lui même semble souhaiter que cette chasse soit un échec.
C’est alors que Van Helsing lui révèle un détail crucial : l’objet volé est un trésor mythologique, le double maléfique de la Corne d’Abondance. Et son simple contact entraîne le plus mortel désespoir…
Catherine Dufour est l’auteur de plusieurs romans de fantasy inspirés de Terry Pratchett et d’un roman de science-fiction salué unanimement par la critique et plusieurs prix : Le Goût de l’immortalité paru aux éditions Mnémos. Un chef d’oeuvre qui s’est vu décerner en 2006, le Rosny aîné, le Grand Prix de l’Imaginaire ainsi que le Prix Bob Morane. Triplé gagnant !
Catherine Dufour a aussi publié de nombreuses nouvelles. Elle vit dans le 93 avec sa famille et son chat.

La Baleine (Septembre 2007)156 pages 9.90 € ISBN : 9782842194352 Couverture : www.2visudesign.com

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