Eau dort (L

Compagnie Noire (la) 10

La Compagnie noire est une fois de plus moribonde.
Ses chefs sont prisonniers du temps dans l’anti-chambre qui aurait pu donner accès au Kathovar, qui a été la quête forcenée de son Capitaine.

Dix ans plus tard, C’est Roupille qui tient le rôle d’annaliste et conjointement avec Sarah, la femme de Murden, ceux de chefs des restes de la Compagnie. Ils sont cantonnés à Taglios, là où, après avoir trahie la compagnie noire (voir “Elle est les ténèbres”), règne La Radisha sous la férule de Volesprit, au titre ronflant de Protectrice. Volesprit est persuadée que ses anciens ennemis sont morts, et que la Compagnie noire n’est plus qu’un souvenir.

Cependant Roupille et Sarah, après un travail de sape, à coup de terrorisme prudent depuis toutes ces années, ont décidé qu’il était temps de frapper, et que renaisse la Compagnie Noire. Portée par les rumeurs qu’elles ont créé et entretenues à coup de petites phrases qui se chuchotent dans les rues… “l’eau dort”, ou “Tous leurs jours sont comptés”, le but qu’elles se sont donné, libérer les Captifs, peu débuter.

J’ai toujours autant de plaisir à lire ces annales. Cette atmosphère si particulière, mélange de sentiments contraires, comme par exemple la loyauté et la traîtrise se tenant la main. Les personnages traversent le temps en y laissant des plumes, celle de l’âge, mais aussi de la violence du monde crée par l’auteur. Un monde de fantasy si réel que l’on y est presque pas désorienté. Tout l’art d’une description complète mais sans lourdeur à la lecture. Un monde où une magicienne maléfique (mais le terme est très réducteur pour parler de Volesprit), peut-être allergique à la corruption. Un monde où la Compagnie noire traîne de telles casseroles historiques que son nom continue à faire trembler. Mais une Compagnie ou chaque membre saura que l’on ne le laissera pas tomber.
Le personnage de Roupille prend de l’ampleur. Durant tout ce volume, elle n’est que rarement elle-même, changeant de personnalité à chaque occasion, garçon, gentille bétâsse pour le Palais de ses ennemis, pire salopard lorsqu’il est besoin d’interroger un “invité”…au choix. Elle est le personnage le plus important de ce volume, même si Sarah, Qu’un oeil et Gobelin (seuls membres présents depuis les premiers tomes) et quelques autres personnages importants essaient de lui voler la vedette.

Des annales que l’on peut lire sans lassitude, ou rien n’est écrit à l’avance, où tout se joue aux jours le jour. Un plaisir à chaque fois renouvelé.


En ce temps-là, la Compagnie noire n’existait pas. Son capitaine, son lieutenant, son porte-étendard et tous ceux qui avaient contribué à lui forger sa terrible réputation avaient disparu, enterrés vivants au cŒur d’un vaste désert de pierre. On m’appelle Roupille. C’est moi qui tiens aujourd’hui les annales. Il faut bien que quelqu’un s’en charge. La vérité doit être consignée, même si le destin décide que nul ne la lira jamais. Les annales sont l’âme de la Compagnie noire. Elles nous rappellent ce que nous sommes. Que nous ne sommes que cela. Que nous devons persévérer. Et que la traîtrise, comme d’habitude, n’a pas réussi à nous saigner à blanc. Tous les jours, un message apparaît sur un mur de Taglios. Un rappel discret L’eau dort.
L’Atalante (2005)314 pages 9.99 € ISBN : 2-84172-293-7
Traduction : Frank Reichert
(1999)
Couverture : Didier Graffet

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