Echanges avec Catherine Dufour

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Moyenne : 7.0/10 (1 vote pris en compte)
(c) – Patrick Imbert

Catherine Dufour est une habituée sur Fantastinet et alors qu’elle avait écrit quelques titres hors SFFF ,notamment   L’Histoire de France pour ceux qui n’aiment pas ça et Le Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princessesmême si elle gardait un pied dans le genre au travers de nouvelles comme dans l’excellent Au bal des actifs, demain le travailvous pouvez redécouvrir l’autrice au travers d’un nouveau roman : Entends la nuit. Dans ce roman, présenté comme un anti-twillight, il est question d’amour, de travail et de mânes.

 Bonjour Catherine, alors ma première question concerne ton roman “Entends la nuit” : cela fait quoi de revenir à un roman de SF après 9 ans ?

Alors rien du tout, vu que ce n’est pas de la SF mais de la fantasy urbaine tendance romance, c’est te dire si c’est loin de la SF. En tout cas, ça fait du bien de retrouver tout le monde de la SFFF, qui est bien, bien adorable. Mais en fait, pendant ces dix ans, je n’ai jamais arrêté la SF. J’ai publié des nouvelles, assez en tout cas pour composer un recueil qui paraîtra un jour au Bélial, béni soit-il. Et puis, depuis quelques temps, les auteur-es de SF ont la cote. L’avenir s’annonçant angoissant, je vois venir à moi toutes sortes de gens qui croient vraiment que j’ai des réponses pour tout ce qui touche à notre avenir commun. En tout cas, eux ont des questions. Je tâche d’y répondre. Bref, je fais beaucoup de conférences, de tables rondes, j’y rencontre toute sorte de gens formidablement intéressants et c’est ainsi, en limant mon cerveau au cerveau des autres, que je deviens moins bête grâce à la SF.

Je vois venir à moi toutes sortes de gens qui croient vraiment que j’ai des réponses pour tout ce qui touche à notre avenir commun

Dans ton roman, je me suis posé la question quant à savoir quel était le plus grand monstre : la voie que prend le travail t’inquiète ?

Oui, l’überisation du monde du travail m’horrifie. Fragmenter nos droits, fragmenter notre temps avec des horaires aléatoires, fragmenter nos compétences pour pouvoir répondre à tout, fragmenter nos corps, fragmenter nos perspectives d’avenir, c’est horrible. C’est une sorte de novlangue spatio-temporelle, qui limite l’action car elle limite la pensée.

Entends la nuit est marqué comme étant un anti-Twilight : qu’est-ce-que cela signifie ?

Pour écrire un article destiné au Monde Diplomatique, intitulé « Pornographiquement » correct, j’ai lu et relu Twilight et Fifty shades of Grey. J’en ai conclu que d’une saga à l’autre, l’héroïne gagne en autonomie. La Bella de Twilight est chosifiée par son bel Edward, l’Anastasia de Fifty shades est bien moins docile et ne signe pas n’importe quel pacte avec le diable. Par contre, l’aspect social est totalement gommé, alors qu’il s’agit bien de deux jeunes femmes pauvres qui tombent amoureuses de deux homme riches. Est-ce que ça peut marcher ? Un prince peut-il épouser une bergère ? A votre avis ? La réponse est non. Car on n’est pas prince tout seul : on est prince parce qu’on appartient à une famille, un clan, une classe, une caste, laquelle ne laisse pas entrer les purotins dans ses salons. C’est ce que mon héroïne va découvrir.

 

Myriame n’est pourtant pas femme à se laisser faire : un ras-le-bol de ces personnages de femmes faibles dans les romans de SFFF ?

Il y pléthore de femmes fortes en SFFF, heureusement. Personnellement, j’ai commencé avec Catherine Moore, dont la Jirel de Joiry est une guerrière, puis j’ai continué avec Leigh Brackett, une femme écrivaine de SF, puis Vonda McIntyre, Tanith Lee, Ursula Le Guin et toutes ces auteures-là, qui proposent des modèles de femmes puissantes. Et je n’oublie pas mon héroïne préférée : Yoko Tsuno !

Il y pléthore de femmes fortes en SFFF, heureusement.

Et tu as choisi de t’appuyer sur les lémures et mânes plutôt que sur les habituels vampires ou loup-garous : pourquoi ces créatures si peu connues ?

J’ai beaucoup lu des folkloristes comme Lecouteux ou Seignolle et nous sommes bien d’accord : derrière les vampires, les loups garous, les goules, les revenants mais aussi les elfes et les fées, il y a un seul peuple : les morts. Nos morts. Nos ancêtres. Dont certains ne sont pas contents. S’il y a des dalles funéraires, c’est bien pour empêcher les morts de revenir. J’ai voulu remonter à la source de tous nos mythes, en somme.

La minute festival : alors comment ont été tes Utops ?

Formidable, comme d’habitude. Et un réel effort de respecter la diversité sous toutes ses formes. Chapeau à Jeanne et Roland, entre mille autres. J’ai retrouvé avec plaisir François Angelier pour France Culture, et Mélanie Fazi pour une table ronde assez touchy, et Li Cam pour une autre table ronde pas facile non plus, et toute l’Université de la Pluralité, ainsi que les amis d’Usbek et Rica et le magnifique Patrick Imbert et son micro à poils longs. Bref, je suis rentrée épuisée mais ravie.

J’ai entendu dire que tu faisais partie d’un collectif “Zanzibar” : de quoi s’agit-il et à quoi ça sert ?

Comme je déprimais dans mon coin en constatant que notre futur a une allure d’accident de la route, on m’a dit : « Viens ! Nous faisons tous et toutes le même constat, déprimons ensemble ». C’est ainsi que j’ai rejoint Sabrina Calvo, Alain Damasio, Norbert Merjagnan, Léo Henry, Laurent Kloetzer, luvan, Mathias Echenay et Anne Adam. Nous travaillons ensemble, écrivons ensemble, nous plantons ensemble, nuits deboutons ensemble et c’est une consolation, voire un bonheur.

Comme je déprimais dans mon coin en constatant que notre futur a une allure d’accident de la route, on m’a dit : « Viens ! Nous faisons tous et toutes le même constat, déprimons ensemble ».

Une dernière pour la route : devrons-nous attendre 2027 pour avoir un nouveau roman SFFF de ta part ou seras-tu plus sympa avec nous ?

Oh, j’en ai un tout prêt. Sur le Bataclan et comment ne plus en arriver là. Wait and see.

Merci pour tout, et à bientôt !

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