Emphyrio de Jack Vance

Un des livres les plus connus de Jack Vance, Emphyrio connait régulièrement les honneurs de la réédition grâce à son histoire toujours aussi palpitante et à son sujet d’une actualité sans cesse renouvelée. Car derrière Ghyl se cache la longue lignée des révolutionnaires, rebelles et et anarchistes qui composent notre histoire.

En effet, Ghyl vit sur une planète qui s’est volontairement coupé de la technologie, à quelques exceptions près. Car si son monde connait l’électricité, l’eau courante, le gaz et des moyens de transport rapides, c’est à peu près tout ce qu’il y a de moderne. Pour le reste, l’on pourrait se croire au moyen âge ou au début de la renaissance, puisque la religion locale bannit tous les moyens de reproduction ou d’imitation, c’est à dire que tous les produits sont fabriqués à la main, mais aussi qu’il n’y a pas d’imprimerie, pas de prêt à porter, tout est unique sur Hamal, et les contrevenants sont sévèrement punis.

Un monde très encadré, à la fois par la religion, basée sur la manifestation de la foi par des sauts dans des marelles symbolisant des prières, mais aussi par le Service de Protection Sociale, un organisme qui chapeaute toute les guildes – elles mêmes preuves d’une société très cloisonnée –, qui note les oeuvres des artisans pour les rémunérer en fonction de la qualité de leur travail, qui surveille la moralité de la famille et la conseille sur la façon de vivre conformément aux règles. Ceux qui refusent de se plier à ces règles voire les enfreignent deviennent de facto des noncops, qui vivent en marge de la société. Et au dessus des artisans, des noncops et des fonctionnaires se trouvent les seigneurs, venus d’une autre planète, ils se sont installés sur Hamal après qu’une grande guerre ait laissé la planète exsangue, de sorte qu’ils ont investi massivement pour reconstruire la planète, contrôlant les réseaux d’énergie et de transport et le commerce des bien manufacturés, dont certains, à l’instar des meubles du père de Ghyl, se vendent une fortune dans le reste de la galaxie. Et pour rembourser leur investissement, les seigneurs ne demandent qu’un minuscule impôt sur les bénéfices des artisans à peine quelques pourcents qui suffisent pourtant à déclencher la colère de Ghyl. Car le jeune homme n’est pas d’accord avec le fait qu’une minorité de personnes vivent au crochet d’une planète entière sous prétexte que leurs ancêtres l’ont reconstruite plusieurs siècles auparavant, et ce alors même que la dette contractée a été depuis longtemps remboursée.

Aussi, il s’engage dans la voie dangereuse et peu gratifiante de la rebellion, négligeant son éducation religieuse, fréquentant des noncops, et finissant par se porter candidat au poste de Maire sous le pseudonyme d’Emphyrio, le héros d’une légende ancienne qui libère les hommes de l’oppression d’une race extraterrestre. Et alors que les injustices, ou du moins ce qu’il croit être des injustices, se multiplient dans sa vie quotidienne et qu’il se sent de plus en plus emprisonné dans le carcan des règles sociales, il en vient à imaginer de commettre ce qui aux yeux de tous est un acte de la plus haute gravité : la prise en otage de seigneurs. Pour lui, ils sont à la fois les exploiteurs de Hamal ainsi que le symbole de la vacuité de leur vie, et c’est par cet acte qu’il va découvrir que la réalité est tout autre, qu’eux même ne sont guère plus que des boucs émissaires, certes vivants dans de belles maisons et vivant plutôt bien, mais pas les monstres qu’il imaginait dans son atelier d’ébenisterie.

Alors, poursuivi par la légende d’Emphyrio qui le hante depuis son enfance, cherchant aussi bien à l’imiter dans la libération de Hamal qu’à trouver la vérité sur son histoire, Ghyl se lance dans une quête spatiale qui le dépasse, même si elle donne un but à sa vie, ce qui lui importe par dessus tout.

Captivant, plein de rebondissements et ne cessant de nous renvoyer à notre époque, exerçant notre esprit critique en nous présentant une situation en apparence inégalitaire pour ensuite nous révéler que tout n’est pas rose pour les soi-disant seigneurs de Hamal, Emphyrio est l’une des oeuvres incontournables de Jack Vance.

Ghyl Tarvoke vit à Ambroy, sur la planète Halma. Il est élevé de manière plutôt laxiste par son père, Amiante, un ébéniste de grand talent. Cela attire sur eux les foudres des agents du Service de Protection Sociale, toujours prompt à condamner le moindre comportement irréglementaire. Révolté par les prélèvements effectuées, sur les bénéfices des artisans par les seigneurs, cette caste qui vit isolée dans des aires surprotégées, écoeuré par les injustices subies par son père, Ghyl va tenter de réformer la société d’Ambroy, inspiré par la figure mythique d’un héros qui a pour nom Emphyrio.
Gallimard Folio sf (2008)370 pages 7.00 € ISBN : 9782070357574
Traduction : Jean-Pierre Pugi
Titre Original : Emphyrio (1969)

Couverture : Philippe Rojas

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