Espace Lointain de Jaroslav Melnik

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En commençant à lire des titres des éditions Agullo, j’ai pu découvrir de la SF portugaise avec L’installation de la peur de Rui Zink, de la SF roumaine avec Le Dictateur qui ne voulait pas mourir de Bogdan Teodorescu mais aussi plus classiquement américaine avec Héros Secondaires de S.G. Browne. Quel est le point commun entre ces trois titres et Espace Lointain ? Tout simplement l’impression de lire des petites pétites, venant de pays peu connus pour leur SF.

D’ailleurs, je ne suis pas le seul à le penser puisque l’année dernière  L’installation de la peur a décroché le prix Utopiales et que cette année, Espace Lointain est nommé.

Dans la ville Mégapolis de Jaroslav Melnik, personne n’est voyant. Chacun se déplace en s’appuyant sur un certain nombre de capteur et d’ondes qui vont permettre de se guider et d’éviter les différents obstacles. Ce qui est intéressant, c’est la façon dont le monde a été refaçonné… Car oui, nous avons le sentiment persistant tout au long du récit que ce monde est NOTRE monde sans que nous soyons capable de comprendre ce qui a pu entraîner la population sur ce chemin.

Dans ce monde où la vue n’est plus, et n’a jamais été pour ceux que nous croisons, tout ce que nous connaissons de la science est différent. En effet, la physique a prouvé que l’espace se déplace avec nous et nous sommes donc dans notre bulle, qui correspond à notre espace de vie et il ne sert à rien de penser à l’ “Espace Lointain” puisque par définition il n’existe pas.

Malheureusement pour Gabr, des choses commencent à changer pour lui… Sans qu’il n’arrive dans un premier temps à comprendre le phénomène, il commence à percevoir des formes qui se déplacent et d’autres qui sont fixes. Rapidement, Gabr sera jugé malade, victime du syndrome de l’Espace Lointain et beaucoup chercheront à l’aider. A la recherche de sa vie passée, il croisera la route d’un groupe terroriste, qui ont été eux aussi voyant avant que la société ne “guérrisse” leur maladie et les renvoie à leur aveuglement.

Un aveuglement qui ne sera pas seulement physique, un aveuglement aussi sur leurs conditions et sur leur monde.

Si seulement tu pouvais voir l’espace lointain ! Si seulement tous les autres pouvaient le voir… Les gens ne tiendraient plus une seule journée dans cette mégapole : ils en seraient écœurés. Écœurés par la vérité effroyable. Ils s’évaderaient vers la mer, dans la forêt…

Maintenant, que peut faire Gabr ? Il n’a qu’une envie au fond de lui : révéler la vérité à tous et reprendre cette vie qu’il a perdu. Mais comment faire comprendre à ces compatriotes ce qui est inimaginable, et surtout qu’est ce que cela changerait puisque jamais ils ne pourront être dans le même monde que lui. Et d’ailleurs, est-ce que lui-même continue à appartenir à ce monde.

Dans cette dystopie vertigineuse, qui vous fera penser sans aucun doute à l’allégorie de la caverne chère à Platon, vous aurez l’occasion de suivre la même route que Gabr et de vous poser probablement les mêmes questions. Un parcours qui vous fera réfléchir sur la vérité et le bonheur, et le lien qui ici n’est pas aussi évident que cela ; sur le contrôle aussi des populations ; sur le rejet de la différence, et notamment associé à la folie.

Un roman riche et relativement complexe du fait des thématiques abordées ainsi que de la nécessaire compréhension de la philosophie / physique associée sur l’ “Espace Proche”

Agullo (Août 2017) – 320 pages – 21.50€ – 9791095718246
Traduction :  Margarita Leborgne (Lituanien)

À Mégapolis, ville-monde peuplée d’aveugles, seul « l’espace mitoyen » existe. Les habitants se déplacent grâce aux multiples capteurs électro-acoustiques qui jalonnent l’espace, et dont ils sont entièrement dépendants. Un beau jour, Gabr recouvre la vue. Il découvre avec répulsion l’aspect sordide de « l’espace mitoyen » : un enchevêtrement de métal où déambulent des êtres en haillons. Terrifié par ce qu’il prend pour des hallucinations, il se rend au ministère du Contrôle où on lui diagnostique une psychose des « espaces lointains » avant de lui promettre de le guérir. Mais Gabr est saisi par le doute : et si ce qu’il percevait n’étaient pas des hallucinations, mais bien la réalité ? Et si ses yeux n’étaient pas un organe secondaire, mais un organe sensoriel soudain réveillé ? Sa rencontre avec Oksas, un ex- voyant dont le ministère a détruit la vue, devenu chef d’un groupe révolutionnaire qui veut détruire Mégapolis, va confirmer les intuitions de Gabr et bouleverser sa vie.

Tiraillé entre la violence des terroristes et celle des dirigeants – un petit groupe de voyants privilégiés qui vivent à l’écart des masses –, refusant de causer la mort de milliers d’innocents, mais incapable pourtant d’accepter le mensonge du monde tel qu’il est, Gabr devra trouver sa propre voie pour accéder aux « espaces lointains » où règnent encore la liberté, la beauté et l’infini. 

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