Festival de la BD – Angoulême 2007

VN:F [1.9.22_1171]
Moyenne : 0.0/10 (0 votes pris en compte)

Du 25 janvier 2007 au 28 janvier 2007

Pour la version officielle, c’est ici : www.bdangouleme.com
Vous y trouverez tout : les événements, les auteurs, le palmarès, etc…
Je fais pas de redite, et arrêtez d’être des feignasses.

Vu de l’intérieur, ça donne ceci :

L’arrivée, l’organisation :

Sur le quai de la gare d’Angoulême, on est accueilli par l’affiche, est bon sang ce qu’elle est laide. Lewis Trondheim ne s’est pas foulé, et a bidouillé trois étoiles avec un crayon, un pinceau ou un truc (?) tenus par une main ou un tentacule. Mauvaise langue, je me suis dit qu’il avait du la faire à l’arrache, la nuit où il avait appris qu’il était président, sur une nappe de chez Maître Kanter (haut lieu du festival). Et il avait bu.
Le seul avantage : l’affiche n’est pas aussi agressive que celle de l’année dernière.
Bon, faire un festival, c’est régler le problème du transport jusqu’à la ville et sur place, le manger, le dormir. Une fois tous ces détails prosaïques et bassement matériels réglés, il faut acheter un « Pass » (qui permet de montrer patte blanche devant tous les lieux du festival).

Un festival, ça s’improvise mal. En fait, il ne faut pas que ça s’improvise. Deux mois avant, vous avez trouvé le programme et vous avez médité dessus. Et quand vous êtes arrivé tout était déjà repéré : lieux, activités, horaires. Si la préparation n’est pas bonne, on se retrouve à vaquer plus ou moins lamentablement et à ne rien faire de constructif.

Politique tarifaire :

Autant la ville d’Angoulême a une politique tarifaire intéressante en ce qui concerne les bus (un euros pour la journée, bus spéciaux, bus supplémentaires) autant le Passeport 3 jours s’est vu augmenté de 10 euros en un an. Et ça, c’est vraiment pas gentil.
D’autant plus qu’il faut compter avec des « suppléments » pour certaines activités, comme, totalement au hasard, l’accès à l’espace Manga. Parce qu’eux valent plus cher que les autres ?
Ce que je trouve un peu sidérant, c’est que pour une partie des festivaliers, il s’agit de payer quelques 30 euros pour avoir accès à une librairie géante (« L’espace éditeur » si bien nommé) où sa CB va se suicider, et attendre des heures pour essayer d’espérer avoir une dédicace. « Je paye pour pouvoir dépenser mes sous et attendre ». La logique du truc m’échappe, j’avoue.
Pour l’hébergement et la restauration, je ne me prononce pas : j’ai des contacts et je suis une immonde privilégiée qui a des amis sauce locale.

Alors nous voilà, le coeur joyeux, sous la neige angoumoisine qui commence à tomber sur les rues.

La faune locale :

L’amateur éclairé de bande dessinée a la trentaine, c’est plutôt un mâle, il porte un bouc, des vêtements couleur kaki, une casquette, il n’a pas beaucoup de cheveux. Bref, il ressemble à Larcenet. Autant Larcenet a l’air d’être un bon p’tit gars sympa, autant l’amateur éclairé, lui, te jettera un regard condescendant en voyant que tu ne fais pas partie de sa bande.
Pour être claire et précise, la SF et la fantaisy ne sont pas toujours marqués par une touche de féminisme, le JdR s’apparente parfois à un cauchemar pour les filles, mais la BD ! Quand tu es là, c’est que vraiment tu as accompagné ton copain !
C’est rigolo, c’est pittoresque. Il ne faut pas toujours faire attention aux moeurs étranges de la faune locale…

Montrez-nous votre book ! :

Parce que le terme de book n’est pas réservé aux mannequins.
Cette année, les organisateurs se sont bien souvenus qu’un festival, ce n’est pas qu’une orgie d’argent, de dédicace et d’alcool (pour l’équipe de Fluide Glacial), de vente de BD, de T-shirt, de produits dérivés à des fans hystériques. C’est aussi et surtout l’occasion pour les jeunes talents de montrer leur production à leur maître ou mieux : à des éditeurs. C’est l’occasion ou jamais de créer une émulation, de prendre des contacts, et pas qu’entre « professionnels dans la BD depuis 20 ans ».
Donc, des tables spéciales étaient installées dans la Bulle « jeunes talents » où tout ce beau monde pouvait se rencontrer et discuter sereinement. Et ça, c’est vraiment bien.
Nouveauté, du moins par rapport à l’année dernière, dans la présence des écoles d’animations. La BD se frotte un peu à tout les genres cette année ! Projection des travaux de fin d’étude de certains élèves de l’EMCA. Le niveau est très inégal, allant de celles ou ceux qui tournent autour de leur nombril en n’ayant rien à dire, à celles ou ceux qui savent montrer en quelques minutes qu’ils maîtrisent l’animation flash, l’animation traditionnelle, et la 3D. A savoir que pour certains, dans l’enveloppe contenant le sujet, il y avait aussi des psychotropes. Un hommage spécial à Tom et à son court métrage BloodFlower, que je trouve tout simplement génial et magnifique.

Les contenus :

D’une année à l’autre, que ça change ! Ou c’est moi… bref.
Ayant refusé d’accéder à l’espace manga, vous ne saurez pas ce qu’il s’y est passé. L’espace Kid Paddle était aussi pris d’assaut.
La grande librairie, la fonderie à puce de CB était cette année totalement excentrée, située en bord de Charente. Je suis sure que certains n’ont vu que ça du festival. Un problème se pose : c’est souvent l’équation Vente + Dédicace qui fait venir des gens. Or, les autres activités (forums, conférences, espace jeunes talents, expos, les vrais trucs intéressants, donc) se retrouvaient soudain bien… loin. Finalement, cela ne compte peut-être pas, puisque le samedi jour d’affluence ultime du festival, il y avait des gens absolument partout.

Je me permettrais de commencer par une ou deux remarques négatives, avant de passer au plus mieux bien.

L’exposition universelle de la bande dessinée, ou une fumisterie en container.

Non seulement, c’est le seul endroit où il fait -10°C, mais entrer successivement dans deux containers sombres, avec des planches installées un peu hautes (et je ne suis pas grande), des deux cotés d’un couloir, avec pas la place de revenir en arrière ou de se retourner (donc, on en rate la moitié) donne pour résultat : on ne voit pas la moitié des planches. Avec en plus l’absence d’explication du comment et du pourquoi (d’accord, on vous a fourré un flyer entre les mains à l’entrée, mais comme il fait noir, vous ne l’avez pas lu), je mettrais juste un zéro pointé au scénographe. L’originalité, c’est bien, permettre aux gens de voir et de comprendre, c’est mieux.

Maintenant, un peu de mieux et beaucoup de bien :

Titre alléchant pour une table ronde « Comment monter une maison d’édition quand on est (un peu) jeune et qu’on a (un peu) de talent? » avec les deux « responsables » des éditions Warum. Avec énormément d’humour, les deux jeunes messieurs ont montré comment monter une maison d’édition c’est à la fois facile, et en même temps un nid à problèmes incroyables. Disons qu’ils ont eu l’honnêteté de présenter les avantages et les inconvénients. Avantages : on publie ce que l’on aime, les projets auxquels on croit, on est passionné. Inconvénient : la micro édition est un univers passionnant faite de nuits blanches, de pâtes, d’absence de salaire, de pâtes, de travail alimentaire, de pâtes, de calculs d’apothicaire pour rentrer dans les frais d’édition, de pâtes, de distribution et de négociation avec les libraires. Est-ce que j’ai dit qu’on mangeait beaucoup de pâtes aux pâtes ? Bref, beaucoup d’ennuis, mais ils ont réussi, ils sont là, tout fiers. Pour dire tout simplement que c’est possible.

Y’a-t-il eu moins d’expositions cette année, ou suis-je passé totalement à côté ? A vrai dire, à part les containers au milieu de la place de New York, rien ne m’a vraiment tentée. Ou je ne l’ai pas vu. Par rapport à l’année dernière où les événements de ce style étaient bien indiqués, j’ai du changer mon programme. Rien de grave, il y a toujours autre chose à faire.

Par exemple aller à un concert de dessin. Grande trouvaille. Sur la musique d’Areski Belkace accompagné de quatre musiciens qui jouent sous nos yeux ébahis, les dessinateurs se succèdent. Inspiré par la musique, les dessins se apparaissent sous la plume et créent une planche, une petite histoire. Quelques petits regrets cependant : le manque d’originalité du thème « western », le fait que ça parte un peu en sucette, et que certains dessinateurs supportent très mal la pression (je ne citerai pas de nom, je ne dénoncerai personne). Mais la musique d’Areski, je suis fan.

L’improvisation BD, soirée avec l’équipe de Fluide Glacial, c’est un autre grand moment. Déjà, voir des gens improviser des sketchs, ça me sidère, vu que je suis personnellement totalement nulle à ce jeu là, mais en plus, ils sont vraiment drôles, et, cerise sur le gâteau, le dessin s’en mêle. C’est assez compliqué à expliquer, puisque le dessin intervient de manière très différente, en conclusion, en défi (éléments à rajouter dans le sketch), en dessinateur contre dessinateur. On remarquera l’esprit particulièrement coquin de Boucq, qui a quand même essayé de draguer très lourdement l’arbitre, elle-même enceinte jusqu’aux dents. Bref, équipe des rouges contre celle des bleus, le public vote à l’aide d’un petit carton donné à l’entrée. Participation du public, originalité, la BD se frotte à d’autres genres, d’autres styles, pour donner de bonnes choses. A condition que l’on vire un rideau du théâtre, pour qu’on puisse voir l’écran et donc les dessins, même quand on est placé tout en haut du haut de l’étage (merci au technicien qui a baissé le rétroprojecteur-chose-truc, grâce à lui, on a raté que le premier dessin) (merci à ceux qui ont hurlé avec moi pour que l’on baisse le rétro-truc-chose).

Les projections de documentaires et courts métrages sont toujours l’occasion de découvrir ou de redécouvrir des oeuvres, des auteurs. Voir Larcenet en train de créer « le combat ordinaire », voir comment il travail, comprendre une petite parcelle de l’esprit de Willem…
On remarquera que dans les documentaires, les auteurs de BD n’ont vraiment pas l’air malheureux. D’accord, tout le monde n’est pas Willem ou Larcenet, mais leur intérieur avait l’air bien cosy.
Parce qu’il faut bien que je râle une fois de plus, je pousse ici ma gueulante contre tous les abrutis qui arrivent et s’installent à la minute 8 d’un reportage qui en fait 13 et qui est diffusé en boucle. Je râle aussi contre les c***asses qui n’éteignent pas leur portable, et pire : qui répondent sans gêne pendant la projection.

Pendant une dédicace, à part dire « j’aime beaucoup ce que vous faites » à un auteur qui en est à sa 40e dédicace en une heure, les contacts sont un peu restreints. Le mieux, ce sont les rencontres internationales. C’est toujours l’occasion de découvrir des auteurs et des oeuvres : Schuiten et Peeters, que je connaissais de nom et par les noms de leurs livres, ont eu la délicate attention de préparer une projection pour le public. Leur présentation m’a vraiment donnée envie de découvrir. On a parfois des surprises aussi : en accompagnant un ami qui souhaitait voir Blutch, on était bien content que Jessica Abel soit là, parce que Blutch s’auto-flingue lui-même et est particulièrement nul en interview.

Ceux qui n’ont pas d’humour se diront donc « bheu, c’est nul, le festival ». C’est très bien, ne venez pas. Pour les psychopathes qui accepteront de se geler dans le froid (à quand un festival d’Angoulême en mai ? ) il y a de très belles choses à découvrir. C’est cependant comme partout : il faut bien se préparer (avec un équipement grand froid), bien préparer son programme, et laisser la place à l’imagination et au plaisir.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *