Frère Ewen de Pierre Bordage

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La Fraternité du Panca 1

Lorsqu’il reçoit l’appel de la Fraternité, Ewen comprend qu’il doit abandonner tout ce qui lui est cher pour y répondre. Son maître lui avait recommandé de ne jamais fonder un foyer, mais le temps passant, il avait cru que la Fraternité oublierait son existence et n’aurait jamais recours à ses services. Grave erreur, d’autant que la Fraternité du Panca – organisation secrète mythique millénaire chargé de veiller sur la sécurité de l’Humanité – lui demande d’entreprendre un voyage sans retour : il doit se rendre sur une planète qu’il mettra 80 ans à atteindre, le tout conscient, car à cause de l’implant caractérisant les frères, il ne peut prendre la drogue qui lui permettrait de ralentir le passage du temps.

Conscient de la responsabilité qui pèse sur lui, il quitte à l’improviste sa famille, délaissant sa femme, sa fille et le garçon encore à naître, alors que l’Hiver surgit sur la planète Boréal et ensevelit les routes sous son linceul blanc. Très vite, il se rend compte qu’une organisation rivale de la Fraternité du Panca essaye de l’éliminer pour empêcher la constitution de la quintuple chaîne. Il parvient de justesse à leur échapper, mais sait que le répit n’est que de courte durée.

A cause de sa mère, coupable d’adultère, Oléo doit quitter le pays noir, où sa famille est à jamais déshonorée. Son père décide alors qu’ils devront quitter purement et simplement la planète pour émigrer sur un autre monde où, espère-t-il, ils pourront reprendre une vie normale. Leur périple leur fait emprunter le TransAmblien, un gigantesque train qui traverse les continents pour les conduire jusqu’à l’unique astroport de la planète. Mais les incidents se succèdent, et Oléo rencontre Sayi, une jeune fille de son âge qui a perdu ses parents dans l’un des accidents, la laissant orpheline. Il convainc alors ses parents de l’adopter, eux qui ont perdu deux de leurs filles dans l’accident. Mais Oléo se prend à aimer Sayi, celle qui, par sa propre volonté, est devenue sa soeur et qu’il ne peut pas aimer sous peine d’inceste.

Un space opéra de Pierre Bordage, c’est toujours un évènement, car c’est dans ce domaine qu’il excelle. Les attentes étaient grandes à l’annonce de la parution de Frère Ewen, premier tome d’une pentalogie, ce qui est ambitieux quand on se rappelle le résultat obtenu antérieurement avec Rohen. Mais ici, Pierre Bordage change la recette puisque chaque tome aura un héros différent, chacun formant un des maillons de la chaîne de la fraternité du Panca.

Première remarque, Frère Ewen reprend des éléments d’autres romans de Pierre Bordage, comme d’habitude pourrait-on dire, il y a toujours chez lui un canevas qu’il suit plus ou moins fidèlement et à partir duquel il brode ses histoires. On retrouve ainsi la mystérieuse et gigantesque menace contre l’humanité, l’arme magique ( et qui brûle la main), les femmes envoûtantes et pour l’amour desquelles les héros font des bêtises, les longs voyages, les ennemis que l’on cotoyait tous les jours, les religions maléfiques, bref des éléments qu’on a déjà vus dans certains de ses précédents romans. Il pourrait paraître réducteur de résumer les romans de Pierre Bordage à un canevas, mais c’est une réalité finalement, d’autant qu’il parvient à chaque fois à nous surprendre et à innover.

Mais ce qui est vrai aussi, c’est que comme d’habitude, les descriptions des mondes visités, de ces moeurs et pratiques sociales restent toujours aussi bien faites. C’est un plaisir de voyager aux côtés d’Oléo ou d’Ewen, de souffrir avec eux, de combattre derrière leur épaule, de les suivre. Ce sont des héros qui n’ont rien d’extraordinaire, qui au contraire aspirait à une vie tranquille et qui n’espérait pas de rupture dans leur routine. Certes, Oléo se réjouit de partir, mais il ne souhaite pas non plus devenir un héros, ce qu’il devra devenir contre son gré.

Et puis il y a le voyage, un long voyage de quatre vingt ans, que Ewen doit faire éveillé, à cause de l’implant de la fraternité logé dans sa nuque et qu’il doit transmettre au deuxième chaînon, si possible en bon état, or les drogues du voyage abiment les implants. Oléo et Sayi font eux aussi le même choix, le seul moyen pour eux de s’aimer en toute liberté. Mais ils ne sont pas seuls, une quatrième personne rôde dans les couloirs du vaisseau et commence à assassiner les autres voyageurs, qui vivent plus lentement sous l’effet des drogues. Roman d’aventure, space opéra, Frère Ewen devient aussi roman policier, chasse au meurtrier, car au terme des quatre vingt ans de voyage, il pourrait avoir tué tout le monde, y compris la famille d’Oléo et de Sayi. Mais ce voyage réserve encore bien d’autres surprises, notamment au niveau des paradoxes temporels qu’il induit, car s’il agit comme une bulle, le monde continue à évoluer et à progresser, sans que les voyageurs puissent s’en rendre compte, ce qui peut réserver bien des surprises à l’arrivée, pour autant qu’il y en ait une bien sûr.

Un schéma classique pour une histoire originale et passionnante. Un peu lent parfois, mais c’est le premier tome d’une pentalogie qui, en plus, s’avère superbe. On ne connait pas encore tous les enjeux, puisque pour l’instant nous n’avons aperçu qu’un infime morceau de la trame en train de se dessiner, mais ce petit exemple a suffi pour me convaincre. Si Frère Ewen n’atteint pas la qualité de précédents space opéras de Pierre Bordage, il faudra attendre ses suites pour se faire une idée claire et objective. Mais même sans ça, il est vraiment bon.

Des pilotes assurent avoir vu le mythique pentale, aussi grand que les vaisseaux stellaires. Les témoins disent son vol à la fois gracieux et majestueux, puissant et léger, admirable à tous égards. Celui qui l’a vu voler est à jamais métamorphosé, comme touché par une grâce aux dimensions de l’infini. La vie est douce pour Ewen sur la planète Boréal, quand il reçoit l’appel de la Fraternité pour reconstituer une chaîne quinte, procédure d’exception : une menace pèse sur toutes les espèces vivantes de la Galaxie. Premier maillon de la chaîne, il doit se rendre sur la lointaine Phaïstos. De son côté, Oleo, treize ans, et sa famille, bannis de leur communauté, cherchent à rejoindre la lune de Hyem, d’où décollent les vaisseaux en partance pour les mondes les plus reculés. L’un par sacrifice et l’autre par amour vont choisir de vivre l’aventure unique d’un voyage interstellaire de quatre-vingts ans. Un opéra de l’espace tendu et émouvant, ode à la femme et au mystère de la vie. La Fraternité du Panca comptera cinq épisodes.
L’atalante La dentelle du cygne (2007)445 pages 9.99 € ISBN : 978-2-84172-3 Couverture : Sylvain Demierre

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