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Mon cher marc,

le voilà donc achevé, ce travail qui avait osé croire qu’il pourrait me résister ! Et depuis hier, je n’ai plus rien à y ajouter. Il ne me reste qu’à le livrer à mon client, et à lui souhaiter bonne lecture : les « Arrêts du Tribunal de Grande Instance de Paris – France – Europe – 1985-1995 » sont d’un ennui sans fond. Je suis certaine que les gens qui ont rédigé ces minutes de procès ne se sont pas plus amusé à le faire que moi, à les traduire. Leur seul intérêt réside dans quelques sentences qui concernent david dolhen. Elles sont d’ailleurs assez laconiques, le futur martyr de la cause suburbaine ne se présentait pas souvent devant ses juges.

Vous devez connaître mon client : c’est phadke-ashevak, l’affairiste ministrable. Je me demande pourquoi ce vieil indo-inuit conservateur se passionne pour les restes pénaux d’un repris de justice nord-occidental disparu depuis des siècles. D’accord dolhen a vécu vite, il s’est bien battu et il est mort jeune : ça fait rêver. Peut-être que monsieur phadke-ashevak aime collectionner ses propres antithèses. Ou alors, ce n’est encore qu’un de ces hommes qui ne savent plus où investir leur fortune et qui accumulent les données anciennes au même titre que les tours, les femmes, les organes ou les astéroïdes. Mais changeons de sujet ; je vous ai assez expliqué à quel point il est ingrat d’essayer de transposer en mandarin moderne le français juridique et pourquoi nos machines, si douées qu’elles soient, ne réussissent à livrer qu’une traduction bancale dont je dois rétablir le sens ligne par ligne. Et encore, le résultat final est une arnaque sémantique. Il faut être phadke-ashevak pour ne pas bêler de rire à l’idée d’établir une véritable équivalence de sens entre la mentalité d’antiques juges blancs et son cerveau d’asiatique contemporain. Autant prendre le mahabarata et le traduire en termes de densité de matériaux. Cependant, je ne peux pas me plaindre de l’inculture crasse de gens comme phadke-ashevak : j’en vis.

Orcusnf :Le récit est une lettre, une très longue lettre même, la narratrice nous raconte sa vie, le destinataire, nous le connaissons pas, il se prénomme marc, et c’est déjà pas mal. Après avoir évoqué quelques banalités sur sa vie actuelle, son âge et son métier, elle plonge dans le vif ( ou le desséché?) du sujet. Une histoire longue, complexe, munie de nombreuses digressions ( deux grosses et d’autres plus petites).

Nous sommes en 2113, l’Occident est en déclin, les asiatiques devienent de plus en plus nombreux, et les africains pauvres. La manipulation génétique est devenue la norme, on commande les caractéristiques de son enfant, ce dont ne se privent pas les occidentaux et les élites, quitte à être démodé géntiquement quelques années plus tard. Niveau écologie, c’est foutu, déserts, littoraux submergés, pluies acides, masque pour sortir, virus mutants, la totale quoi. Et on ne parle plus du Nord et du Sud, mais de l’Est et de l’Ouest, des chinois et des occidentaux, avec les africains toujours au milieu. Un monde pourri donc, mais prévisible. Dernière précision, les villes se sont verticalisées et repliées sur elles même pour échapper à la pollution, les riches et leurs employés dans les gratte-ciel, les exclus en sous-sol, l’underground n’a jamais mieux porté son nom…

Impératrice Moa(ou Allan) :Quand Cmatic atterrit à Ha Rebin, chez la mère d’une adolescente pour le moins étrange, il est toujours à la recherche des causes de ce mal qui a ressurgi.
Empoisonnée dès sa jeunesse par une eau chargée en plomb, l’adolescente ne devra sa vie – ou en tout cas sa survivance – qu’à l’action d’une herboriste ; les conséquences ne sont pourtant pas anodines, condamnée à manger une étrange bouillie, et à ne pas sortir de chez elle, l’adolescente verra dans l’enquête un moyen de gagner un peu de liberté.
Pourtant, l’état de Cmatic lui va se dégrader au fur et à mesure de ses contacts répétée avec Iasmitine…

Nouvelle version “collector” du Goût de l’immortalité : le complément de la chronique pour bientôt 🙂
AllanL’écrit de Catherine Dufour – à qui l’on doit notamment la trilogie Quand les Dieux buvaient – est très agréable à lire et tour de force de l’auteure, elle arrive à nous plonger de par son style dans l’ambiance asiatique de son roman…
Les premiers malaises qui nous paraissent tiennent au personnage de l’adolescente que l’on a du mal à situer : en effet, tenu pour morte par les médecins après son empoisonnement au plomb, une action de Iasmitine, herboriste, lui permet de revenir à la vie mais dans des conditions “particulières” : perte des couleurs, du goût, obligation de prendre à intervalle régulier des bouillies… Au final, on comprendra mieux et assez rapidement le fonctionnement de cette “résurrection”.
Du côté de l’intrigue en elle-même, on a le droit à un très bon “thriller” qui nous plonge en plus dans un avenir possible de notre planète lié essentiellement à la non prise en garde des risques de pollution… La recherche des causes des décès nous fera découvrir un monde “propre” et un monde “underground” entre lesquels toutes les liaisons ont été coupées.
Bref, une bonne Œuvre thrillo-science-fiction qui a le mérite de sortir du lot par son originalité.
L’Œuvre est terriblement noire et cela pourra surprendre au premier abord du fait des antécédents de Catherine, alors pensez y en l’achetant…

Impératrice Moa
Pas de grandes aventures, d’immenses coups d’éclats et de courses palpitantes. Mais j’ai beaucoup apprécié ce roman. Catherine Dufour prend le temps de poser son monde, que l’on sent d’ailleurs vivant et très constuit, avec le calme, la douceur fataliste de la narratrice. A travers le récit de cette période qui l’a construite, l’autocritique sur les réactions de la jeune presque-héroïne prend une autre dimension. Cela ne fait pas de ce roman un roman d’apprentissage, mais une histoire d’assimilation d’un passé. Accepter de se constuire encore, passé 200 ans.

On peut dire que l’on voyage. Cmatic, venant plus ou moins d’Australie, doit découvrir avec Shi, un collègue scientifique, de quoi sont morts des touristes à Tahiti. Ils se retrouvent mêlés à une affaire qui les dépasse totalement et qui les ramènera en Chine, des appartements proprement aménagés jusqu’aux bas-fonds. Un thriller, oui, mais un thriller calme.

Il est vrai qu’au milieu de tant de calme, on se demande parfois où Catherine Dufour veut en venir. Quand on est un lecteur un peu bête comme moi, le rapport entre l’histoire de Cheng dans le pire des bas-fonds de l’humanité et celle de Cmatic n’est pas spécialement évident. Peut-être juste une manière de peindre l’envers (parce qu’il y a encore un envers ??) de ce monde.

Ce qui surprend assez, c’est le récit sans soubresauts que la narratrice nous fait d’un monde qui semble être un tas de ruine, avec des enclaves protégées par des corporations. L’image de l’humanité dans ce futur improbable (j’espère qu’on aura fait sauter la planète avant d’en arriver là) est celle de gens pleins de haine. Le renversement de la haine raciale, mettant les blancs en position d’infériorité, est un thème connu en anticipation, mais le planter dans une Asie futuriste ne manque pas d’originalité. On perd un peu de son égocentrisme occidental.

Nous avons droit à une bonne intrigue politico-économico-scientifique, mais je trouve le quatrième de couverture est un peu prétentieuse sur l’utilisation de l’ingrédient “vaudou”, central, mais qui sait rester très (trop) discret. Une chose est aussi très apréciable : évidemment, le roman nous fait un panorama catastrophique de l’état écologique de la terre. C’est atroce. Mais ce n’est pas moralisateur ou écologico-truc-version-année-soixante-dix. Ce n’est pas une leçon, c’est un avertissement. Le message est beaucoup plus subtile.

C’est sans doute ce qui m’a plu dans ce roman : sa subtilité.

Orcusnf :
Je ne rajouterai pas beaucoup plus que mes camarades. J’ai tout simplement été bluffé par ce livre. Avant de le lire, je pensais que Andrevon méritait le GPI pour le monde enfin. Après l’avoir fini, j’étais d’accord avec le choix. C’est tout dire.

Il est vrai qu’on n’attendait pas C.Dufour dans ce genre de prose, car après ses recueils humoristiques ( d’inspiration pratchettienne, elle l’avoue elle même), le cyberpunk pessimiste est quand même un saut de géant. C’est totalement l’opposé même, et pourtant, elle y réussit un véritable coup de maître.

Tout y est bon, l’ambiance est formidablement bien rendue, l’histoire est intéressante, palpitante même, les personnages décris sommairement au début progressent au fil de l’histoire, tout se complexifie sans jamais être incompréhensible. Et ses digressions, loin d’alourdir le propos, l’enrichissent en proposant des histoires parallèles à la diégèse, qui constituent des novellas fort intéressantes elles aussi. Il y a là les germes d’une mini-révolution de la sf française, car C.Dufour pourrait bien avoir remis le cyberpunk au goût du jour, au moins du public français.

En tout cas, on sait désormais qu’il faudra compter avec C.Dufour. En quatre livres, elle s’est imposées comme une maîtresse de la Sf française, espérons simplement que son futur bouquin ne nous décevra pas. Les attentes sont hautes, car elle a signé là un des meilleurs livres de sf française que j’ai jamais lus.

Mandchourie, en l’an 2213 : la ville de Ha Rebin dresse des tours de huit kilomètres de haut dans un ciel jaune de pollution. Dans les caves grouille la multitude des damnés de la société, les suburbains.
Une maladie qu’on croyait éradiquée réapparaît. Cmatic est chargé par une transnationale d’enquêter sur trois cas. Une adolescente étrange le conduira à travers l’enfer d’un monde déliquescent, vers ce qui pourrai être un rêve d’immortalité.
Mais vaut-il la peine d’être immortel sur une Terre en perdition ?

Le Livre de Poche Science-Fiction (Septembre 2007)318 pages 6.00 € ISBN : 9782253119296 Couverture : Jackie Paternoster
Mnemos 2005268 pages 20.00 € ISBN : 9782354080266
QuatrièmeMandchourie, an 2113
La ville de Ha Rebin dresse ses tours de huit kilomètres dans un ciel jaune de toxines. Sous ses fondations grouille la multitude des damnés, tout autour s’étendent les plaines défoliées de la Chine.

Le brillant Cmatic est mandaté par une transnationale pour enquêter sur trois nouveaux cas d’une maladie qu’on croyait éradiquée depuis un siècle. Ses recherches le mènent à Ha Rebin, où il rencontre une adolescente étrange. Avec elle, il va tenter de mener à bien sa mission dans un monde qui s’affole : décadence américaine, pandémie sanglante, massacres génétiques, conquêtes planétaires et montée de l’extrémisme vaudou. Et affronter le rêve le plus fou de l’humanité : l’immortalité, ou ce qui y ressemble…

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