Interview : Catherine Dufour

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Date :Novembre 2005
Allan : Catherine : bonjour et merci d’avoir accepté de répondre à quelques unes de nos questions.
Catherine : De rien. Merci à vous de les poser.

Allan : Avant de parler de la parution de ton dernier titre – à savoir le gout de l’immortalité chez Mnemos – j’aimerais que tu nous parle de ton parcours.
Catherine : J’ai commencé à écrire très tôt, à 7 ans. J’ai écrit tout ce qui me passait par la tête jusqu’à 20 ans, puis j’ai essayé d’écrire un roman. J’ai eu quelques encouragements de la part d’éditeurs, notamment de S. Marsan, et de bons conseils de la part de Serge Lehman. J’ai aussi participé à de nombreux concours de nouvelles et de poésie. Et puis un peu avant mes 30 ans, j’ai jeté toute ma production à la poubelle en décidant que ma période d’apprentissage était terminée.
J’ai écrit « Blanche-Neige et les lancemissiles », une fantasy largement inspirée de Terry Pratchett et des Monty Python, et je l’ai envoyé à divers éditeurs. Les directeurs de collection qui l’ont accepté ont vu leur collection couler dans la semaine. Une sorte de malédiction égyptienne, en quelque sorte. Nestiveqnen a accepté de me publier, je pense qu’ils ont dû s’acheter une patte de lapin parce qu’ils n’ont pas fait faillite derechef.
Ils ont ensuite sorti les deux tomes suivants, « L’ivresse des providers », spécialement dédicacé aux fous de l’informatique, et « Merlin l’ange chanteur », moitié roman historique, moitié SF.
Dernièrement, je suis allée chez Mnémos pour sortir « Le goût de l’immortalité », de la
SF inspirée de Yourcenar dans le style et de « Voyage au bout de l’enfer » dans l’ambiance, il faut bien l’avouer.

Allan : Quels sont les auteurs qui te semblent être à l’origine de tes goûts de lecture et d’écriture ?
Catherine : Pratchett bien sûr, Douglas Adams et sa série du routard galactique aussi.
Pour le reste j’ai un peu de mal à discerner les influences, étant grande dévoreuse de livres très divers.
Allan : Et chez tes contemporains, quels sont les auteurs que tu lis volontiers ?
Catherine : Je suis actuellement très jalouse de Colin Marchika et de Xavier Mauméjean.
Du style de l’un et des nouvelles de l’autre, très exactement. Ou l’inverse. Enfin ils sont très très bons. Et depuis longtemps, je suis une groupie invétérée de Thomas Day.
L’humanisme de Roland C. Wagner me fait du bien mais je ne serai pas capable d’écrire comme ça. Scotchée par les nouvelles de Sylvie Denis et de Sylvie Laisné, aussi. Aux amateurs de fantasy noire, je conseille les Noirez chez Nesti. C’est bien balancé. Et puis il y a Dounia Charaf, une auteure méconnue qui écrit aussi bien que Sepulveda, des histoires marocaines avec un côté réalisme magique à la Garcia Marquez.

Allan : Avant d’écrire ce titre, tu as écrit entre autres, la série Quand les dieux buvaient ; peux-tu nous présenter cette trilogie ?
Catherine : Imaginez, si Dieu buvait, comme le monde serait absurde… J’ai imaginé un monde basé sur les contes de fées, mais dont les développements sont en rapport avec la vraie vie. C’est à dire que son prince charmant trompe Blanche Neige qui, de dépit, couche avec le nain Grincheux, que la belle au bois dormant est homosexuelle, que le miroir magique devient gâteux, que le petit chaperon rouge se lasse de porter des galettes à sa mère’grand, etc. Dans le deuxième tome, on retrouve Blanche Neige aux commandes du Web. Et elle n’est pas commode. Le troisième, ma foi, c’est l’histoire d’une paire d’anges qui trouvent qu’il y a peu de ferveur en ce monde et qui décide de s’en mêler, inventant les persécutions religieuses, les massacres, l’inquisition, etc. On y recroise Blanche Neige, toujours aussi mal embouchée.

Allan : As-tu l’intention de poursuivre cette série ?
Catherine : Je suis dans le quatrième tome. C’est à dire le tome –1. Une préquelle.

Allan : Le goût de l’immortalité est paru chez Mnemos alors que les trois titres de Quand les dieux buvaient sont parus chez Nestiveqnen : est-ce un choix volontaire de faire éditer deux oeuvres totalement différentes chez deux éditeurs différents ou est-ce purement une “coïncidence” ?
Catherine : C’est voulu : mon lectorat chez Nesti attend de la fantasy drôlatique, ce que n’est pas « Le goût de l’immortalité », qui est de l’anticipation sombre.

Allan : Peut-on dire qu’il y a chez toi un côté léger et un autre plus sombre ?
Catherine : Comme chez tout le monde, à part les dépressifs et les imbéciles heureux, non ?

Allan : Lequel prend le pas sur l’autre dans la “vraie” vie ?
Catherine : Le bon, bien sûr. « Vivons heureux en attendant la mort » ©®

Allan : Rentrons dans le vif du sujet : l’Asie et la mentalité asiatique sont omniprésentes dans ton écrit… Est-ce une civilisation qui t’intéresse ?
Catherine : J’ai l’impression qu’il y a, en ce moment en Occident, une réelle prise de conscience du fait qu’il existe de l’autre côté de la planète un tas de gens étranges. Je suis le mouvement, en quelque sorte. Mais le vrai déclencheur de mon intérêt a été la découverte de Shan Sa et de quelques autres auteurs asiatiques dont je parle ici : http://www.noosfere.org/heberg/dufour/gout.html. « La joueuse de go » se passe en Mandchourie, comme mon livre.

Allan : La forme peut rendre le premier abord difficile mais contribue à l’ambiance… Pourquoi ce choix de la narration à la première personne ?
Catherine : Mon objectif était de montrer de l’intérieur un esprit humain aux prises avec l’insoluble problème de la mort : comment l’accepter ? Quand devient-elle acceptable si elle le devient un jour ? etc. Seule une narration à la première personne me permettait de montrer la progression de cette problématique tout au long d’une existence.

Allan : Le monde que tu nous décrit est moribond, pollué à l’extrême… Un avertissement à l’intention du lecteur-pollueur ou ton écrit ne doit-il rester à tes yeux qu’un roman et on ne doit y voir aucun message annexe ?
Catherine : Je ne pense pas que nous échappions au monde que je décris, sauf si demain les Etats-Unis et la Chine, entre autres, se décident à devenir intelligents et à cesser de balancer du CO2 par kilomètres cubes dans l’atmosphère. Je n’ai même pas l’impression de faire du catastrophisme, juste une anticipation dans une fourchette raisonnable. Greenpeace prévoit 10 fois pire mais après tout, c’est son métier.

Allan : As-tu d’autres projets en cours ?
Catherine : Il y a un recueil de nouvelles à venir au Bélial, ainsi que le quatrième tome de ma trilogie « Quand les dieux buvaient » chez Nestiveqnen, tout ça probablement en 2006.

Allan : Nous as-tu rendu visite et si oui que penses-tu de notre “travail” ?
Catherine : J’en pense que c’est un beau site (j’aime bien les fonds noirs) et surtout, que c’est un énorme travail. Félicitation !

Allan : Que peut-on te souhaiter ?
Catherine : La santé. Pour moi et mon PC.

Allan : Le mot de la fin sera :
Catherine : Champagne pour tout le monde, et merci de votre attention.

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