Interview : Charlotte Bousquet

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Date :septembre 2006
J’ai eu la chance de pouvoir lire Le Coeur d’Amarantha aux éditions Nestiveqnen et de rencontrer Charlotte sur le salon du livre de Vendôme. Je ne pouvais pas ne pas lui proposer une interview !

Allan : Bonjour Charlotte et merci d’avoir accepté de répondre à nos quelques questions au sujet de la trilogie Amarantha…
Charlotte : De rien, c’est avec plaisir…

Allan : Avant que nous parlions de cela, je vais poser l’éternelle question des interviews : Charlotte, qui es-tu ?
Charlotte : Je ne sais pas… « Longtemps je me suis cherchée moi-même », comme dirait Héraclite… Je vais te répondre dans l’ordre, s’il y en a un. Fille unique de parents assez géniaux et adorables pour me soutenir dans mes études et mes choix, je me suis lancée, après une hypokhâgne et six mois de théâtre catastrophiques, dans des études de philosophie. Après une grande période de doute existentiel – est-ce que je continue, est-ce que je plaque tout pour aller vivre dans un ranch au Maroc ? – j’ai continué mes études. J’ai commencé mon doctorat, Les mondes imaginaires et le déplacement du réel : un questionnement de l’être humain, en 1996. Six mois plus tard, je découvrais le jeu de rôles Vampire : The Masquerade et rencontrai une personne admirable, qui allait devenir l’une de mes plus chères amies : Rena. Suisse allemande, elle avait tout quitté pour vivre son rêve et monter un club équestre au Maroc. Durant le mois de septembre, passé chez elle à Meknès, je commençai la rédaction de mon premier roman : Zaïna et le fils du vent, destiné à la jeunesse… Et nourri de ce que je vivais là-bas. Durant cette période, je pris également la décision d’acheter un cheval. Keyrann, à peine âgé de trois ans, entra dans ma vie le 11 décembre 1997… Il a son importance puisqu’il m’a inspiré Arcas, l’étalon de Callisto, notamment… Six mois plus tard, je faisais la connaissance, dans un club de jeux de rôles aujourd’hui disparu, de Fabien Fernandez – alias Fablyrr – ma muse et mon âme sŒur. Tout en poursuivant la rédaction de ma thèse, je commençai les premières esquisses de Lettres aux ténèbres. En 1999, poussée aux f… par Fabien, j’envoyai Zaïna et le fils du vent aux éditions Yomad. Ca a été ma première publication. Elle a été suivie, deux ans plus tard, par Le défi de Zaïna. En plus d’être co-créatrice du fanzine Cendres de Sphinx, c’est à cette époque que j’ai commencé à travailler, en free-lance, pour les éditions Asmodée. En tant que traductrice pour le jeu de rôles Les secrets de la Septième Mer, d’abord, puis scénariste… Et un jour, Nicolas Benoist et Geoffrey Picard m’ont contactée pour me demander si cela m’intéressait d’écrire le roman qui allait lancer le jeu de rôles COPS. Ainsi est né, agrémenté de textes incisifs et drôles de Benoît Attinost, Lights, Camera, revolution. En 2003, toujours grâce à Fabien, je me suis lancée, un peu au hasard, dans l’aventure d’Amarantha et les éditions Nestiveqnen ont décidé de sa publication. Et voilà…

Allan : Je t’ai rencontrée au salon du Livre de Vendôme : quel souvenir gardes-tu de cet évènement ?
Charlotte : Cela ne fait pas si longtemps que je participe à ce genre de manifestations, mais en dehors du Salon du livre qui est toujours pour moi l’occasion de retrouver des amis n’habitant pas Paris, je crois que c’est le salon le plus agréable et le plus enrichissant, humainement parlant, auquel j’ai participé.

Allan : Je t’avais déjà rencontrée auparavant au Salon de Paris : est-ce à dire que tu es friande de ce genre de rendez-vous ?
Charlotte : Disons que j’aime beaucoup le Salon du Livre parce que cela me permet, de rencontrer des lecteurs et également de retrouver des gens que j’adore. Sinon, je dois bien avouer que mon sentiment est assez mitigé. Tout dépend de l’ambiance, du public et des autres auteurs présents… D’ailleurs, je profite de ta question pour signaler que je serai en dédicaces le week-end du 23-24 septembre à Liévin…

Allan : Passons maintenant au CŒur d’Amarantha : alors comment as-tu fait pour te faire publier ?
Charlotte : J’ai envoyé le manuscrit des Arcanes de la trahison à Chrystelle Camus, directrice de la collection Fractales/Fantasy chez Nestiveqnen. Elle me connaissait un peu, car j’avais déjà publié une nouvelle dans leur revue trimestrielle, Faeries, et lui avais soumis un manuscrit fantastique. Elle avait entre deux publié le premier roman d’un très bon ami, Thomas Hervet, Jours de colère. Trois semaines plus tard, je recevais un coup de téléphone à la maison… Et voilà !

Allan : Le monde que tu as créé est gigantesque avec différents peuples et façons de vivre, politique… Ca a du être une vraie galère de ne pas se perdre non ?
Charlotte : A ton avis, l’index n’est-il là que pour le lecteur ?
Plus sérieusement, avant même de commencer à écrire les Arcanes de la trahison, j’ai créé un fichier nommé « monde, coutumes »… Je me suis inspirée, pour mes Sept Royaumes, de la culture antique (Grèce et Rome), des voïvodes de l’est, de l’Italie de Machiavel ainsi que – et je pense que cela m’a énormément aidée à ne pas m’égarer – d’univers de jeux de rôles comme Les Secrets de la Septième Mer ou Le Livre des Cinq Anneaux. Le chiffre sept, en revanche, est venu assez naturellement – probablement parce qu’il a une valeur magique, symbolique, etc. Une fois mis en place, mon Empire ne demandait qu’à s’enrichir, sans réelle crainte de tomber en morceaux faute de cohérence.
Le plus difficile a été la création de noms, avec leurs différences subtiles d’un royaume à l’autre et leurs similitudes qui, à mon avis, montrent leur proximité culturelle. J’ai notamment fait cela pour la Syrénie et la Draconie, les Marches de Gryffe et la Pallée. Chrystelle m’a d’ailleurs fait remarquer à plusieurs reprises que certains noms pallades, par exemple, pouvaient aisément se confondre avec des prénoms gryffes. Et c’est vrai : ces peuples sont ennemis, rivaux, mais pourraient parfaitement être jumeaux tant ils se ressemblent, finalement : tous deux sont situés à l’ouest d’Amarantha, voués à la protéger contre les incursions des Terres Grises. Tous deux accueillent depuis toujours le peuple Czardi en leurs terres. Tous deux forment des guerriers – et guerrières, habitués à la guérilla et aux embuscades…

Allan : Les différents protagonistes destinés à sauver le cŒur d’Amarantha ne sont pas comme il est coutume de lire, manichéens. Tu as recherché la difficulté pour un premier roman de fantasy, non ?
Charlotte : Je ne suis pas sûre que des personnages manichéens soient plus faciles à développer et mettre en place. Pas pour moi, en tous cas. Le meilleur exemple est celui d’Aégyale, qui au début de ma trilogie était tout de même assez proche de l’archétype du chevalier sans peur et sans reproche… Il m’a été bien plus difficile de lui donner de l’épaisseur que pour les autres – et d’ailleurs, cette profondeur, il ne l’a acquise qu’en se « démanichéisant », si tu m’autorises ce néologisme. Quant au manichéisme en général, je ne suis pas sûre qu’il corresponde à mon univers. Ni Amarantha, ni les Terres Grises, ni même – comme on le verra par la suite – les terres de Barbarie, ne sont des zones blanches ou noires. Chaque peuple a une histoire bien spécifique, une culture parfois rude, parfois immorale – mais qui s’inscrit dans une logique contextuelle. Les personnages, dans la mesure où ils surgissent avec ce que l’on a coutume d’appeler, en littérature, leur « roman personnel », à savoir un passé, des croyances, des amours et des haines, des ambitions, ne peuvent être tous blancs ou tous noirs. Ils peuvent « tendre vers ». Et c’est tout. Faire d’individus comme Callisto, Tiama, Lesko ou même Polyphème des « gentils » ou des « méchants » n’aurait aucun sens, et serait, en plus de desservir mon univers, presque une insulte à leur encontre.

Allan : Quand on parle de ton cycle préfères-tu que l’on parle d’une trilogie ou d’un triptyque ?
Charlotte : Honnêtement, cela m’est égal. Pour moi, c’est une trilogie mais les gens l’appellent comme ils veulent…

Allan : D’ailleurs pourquoi à ton avis les auteurs de Fantasy sont souvent adeptes d’un cycle en trois parties ?
Charlotte : Peut-être parce que Tolkien a écrit une trilogie ? Parce que c’est devenu, insensiblement, une institution ? Une forme d’académisme ? Franchement, je ne sais pas. Le CŒur d’Amarantha est une trilogie parce je suis une universitaire malade des plans en trois parties… Pour le reste, je ne saurais te dire.
Allan : Ce qui est impressionnant, c’est qu’on trouve de tout comme je l’indiquais dans ma chronique : des chansons, de la mythologie et autre au sein même du récit ce qui rend l’ensemble très vivant… Y a-t-il un art de l’écrit que tu n’aurais pas encore essayé ?
Charlotte : Une vraie pièce de théâtre. Je suis très admirative devant les personnes capables d’écrire de telles oeuvres. Je m’y suis essayée à plusieurs reprises et, en dehors de petites saynètes ou tirades écrites pour Amarantha, je dois bien m’avouer pour le moment vaincue.
Je n’ai jamais essayé non plus d’écrire de scénario de film. Et je ne suis absolument pas sûre d’en être capable.

Allan : Trahison, discorde, jugement sont les trois étapes du récit… Peux-tu nous expliquer comment t’es venu cette idée de découpage basé sur les “cartes”, découpage qui se retrouve aussi au sein de chaque volume ?
Charlotte : J’ai été très marquée, il y a quelques années, par Le château des destins croisés, d’Italo Calvino. Des voyageurs se retrouvent, par une sombre nuit d’orage, dans un château enchanté où l’usage de la voix leur est ôté. Leur seul moyen d’expression devient un jeu de tarot, posé sur la table. A ce souvenir littéraire, on peut ajouter la pratique de la cartomancie et donc une relative connaissance des jeux de tarots. Sachant que les Sybilles de Pallée voient – et influent sur – la destinée des gens, il m’a semblé assez logique, finalement, d’utiliser les lames du tarot pour le découpage de mes romans. Je n’ai évidemment pas choisi mes Arcanes – mineurs et majeurs – au hasard, mais bien plutôt en fonction de leur signification et de leur positionnement dans un tirage de cartes. Par exemple, Le Neuf d’Epées, qui indique mort, désespoir, désolation et fatalité, est utilisé dans les Arcanes de la discorde en tête du chapitre en lequel Thana est emprisonnée. Quant aux trois titres – trahison, discorde, jugement – il me semblaient illustrer assez bien, dans l’ensemble, les thèmes implicites ou explicites développés au sein de chaque tome.

Allan : C’est que l’air de rien, je m’y suis bien attaché à tes personnages… As-tu l’intention de poursuivre dans cet univers ou vas-tu maintenant le laisser vivre sans toi ?
Charlotte : J’ai commencé, dans le même univers, une nouvelle série, qui se déroule vingt ans après la trilogie du CŒur d’Amarantha… Les Chroniques d’Amarantha. Elle se composera – du moins c’est ce qui est prévu pour le moment – de huit romans. Six « one shots », plus une duologie. Ces récits pouvant se lire indépendamment les uns des autres seront cependant liés, de près ou de loin, à une trame commune : le réveil de Kaÿbael, Daemon ayant autrefois trahi les siens et ne rêvant que de mort, de vengeance et de destruction. Chaque récit aura pour cadre l’un des Sept Royaumes d’Amarantha : ainsi, La rose de Draconie se déroulera… en Draconie ; La plume et l’acier aura pour théâtre la Syrénie… Le jeu de l’assassin qui inaugurera les Chroniques, prendra, quant à lui, place en Pallée. Il est en cours de rédaction, d’ailleurs. On y retrouvera – quoiqu’au second plan – Janûr et plus loin encore,en toile de fond, presque, Thana…

Allan : D’ailleurs quels sont tes projets s’ils ne sont pas trop secret bien sûr ?
Charlotte : Terminer Le jeu de l’assassin. Retravailler La rose de Draconie. Entre deux – ou en même temps – me lancer enfin dans la rédaction de mon gros roman fantastique vampirique et antique (ce qui fait beaucoup de « ique »)… J’écris également, avec le grand Nicolas Cluzeau, un recueil de novelles intitulé pour le moment PAZ… Mystérieux, n’est-ce pas ? Quoi d’autre ? Du projet réalisé : Lettres aux ténèbres, mon roman fantastique, sort – enfin ! – début 2007 chez Nestiveqnen. L’anthologie que j’ai dirigée, Le crépuscule des loups, destinée à apporter une petite aide littéraire à ceux qui luttent pour la protection de ce magnifique prédateur, paraîtra au mois de mars – au plus tard – aux éditions Cheminements, inaugurant ainsi leur collection fantastique que dirige la talentueuse Estelle Valls de Gomis… Et ce sans compter les projets plus ludiques – secrets et/ou non encore déterminés – ou plus universitaires, participation au prochain colloque de Modernités médiévales, par exemple…

Allan : Connaissais-tu Fantastinet avant notre échange ?
Charlotte : Un peu. Pour des critiques et quelques interviews, en fait. Mais je me suis inscrite sur le forum, depuis!
Allan : Que peut-on te souhaiter ?
Charlotte : Là, comme ça, tout de suite ? Un peu de monde à Liévin. Un peu plus d’argent… Un bon accueil de Lettres aux ténèbres…

Allan : Le mot de la fin sera :
Charlotte : De l’un de mes grands amours, François Villon :
Frères humains qui après nous vivez,
N’ayez les cŒurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous merci…

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