Interview : Christophe Lambert

Réalisée par :mail
Date :avril 2005
La Brèche, paru aux Editions Fleuve Noir (deuxième auteur français à être publié dans la collection), est une excellente anticipation de ce que pourrait devenir notre avenir télévisuel. Rencontre avec un auteur de talent…

Allan : Avant toute chose, je pense qu’il est absolument nécessaire de préciser un
point important, que les visiteurs ne se trompent pas : tu n’as jamais joué
dans Highlander. Penses-tu que tu aurais été à ton aise à manier l’épée ?
Christophe : « Trop cool » (à lire avec la voix des Guignols)

Allan : Plus sérieusement, peux-tu te présenter et nous indiquer ton parcours littéraire, notamment les influences que tu revendiques ?
Christophe : Mon parcours ? Une trentaine de romans (surtout «jeunesse ») en 9 ans. Mes influences littéraires ? King pour les scènes d’angoisse, Simmons pour les coups d’accélération, Crichton pour la vulgarisation scientifique.
Sinon, mes deux romans préférés sont « Dune » et « Le seigneur des anneaux ». Mais pour être franc, mes influences sont plutôt cinématographiques : Spielberg, Lucas, Carpenter.

Allan : Tu es plus connu jusqu’à présent pour tes écrits jeunesse que pour la littérature “adulte” : qu’est ce qui t’intéresse plus particulièrement dans cette tranche d’âge ?
Christophe : Je suis arrivé dans le secteur « jeunesse » par hasard.
Je suis resté fidèle aux goûts et aux passions que j’avais durant l’enfance et l’ adolescence, donc je n’ai pas trop de difficultés à m’adresser aux jeunes.

Allan : Quelles difficultés spécifiques l’écriture à destination des enfants implique-t-elle ?
Christophe : Je n’écris pas pour les enfants. Les ados et les « young adults », oui. Les contraintes sont : accrocher le lecteur dès le début, garder un rythme soutenu, adopter une écriture simple et efficace. En fait, les contraintes de la littérature populaire « adulte » sont les mêmes ! Certains éditeurs pensent qu’il faut aussi aborder des thèmes spécifiquement « ados » pour les intéresser, et c’est là la principale difficulté pour moi : les copains, le bahut, les flirts, ne sont pas des thèmes qui me branchent tellement.

Allan : On constate un regain d’intérêt depuis quelques temps (allez, soyons fous, disons depuis Harry Potter) des jeunes vis-à-vis de la littérature ; à ton avis, cette lacune de lecture des plus jeunes jusqu’à une époque récent, n’étaient pas plutôt du à l’importance accordée à la télé dans les foyers qu’à un véritable refus de la part des plus jeunes ?
Christophe : Il y a une vraie offre en littérature jeunesse, à présent ; une large palette. De mon temps, c’était Jules Verne et le « club des cinq» pour les garçons, « Martine » la comtesse de Ségur pour les filles.
Maintenant, il y a des centaines de titres ! Des trucs sur tous les sujets : la danse, le foot, le cheval, de la SF, du polar, du fantastique, du roman historique.
Chacun doit pouvoir trouver chaussure à son pied là-dedans.

Allan : De par ta formation cinématographique, je suppose que tu t’intéresses de prêt à l’actualité télévisuelle. Quel regard portes tu sur la télé actuelle ?
Christophe : Je me sers de ma télé comme d’un moniteur pour regarder mes DVD. Un copain m’enregistre des séries qui passent sur le câble et le satellite. J’aime bien « 24 », « LOST », « OZ ». J’adorais « Buffy ». Il y a un vrai âge d’or des séries télés aux USA. J’irais même jusqu’à dire que leur production télévisuelle est plus intéressant que leurs films « grand écrans
». Je connais très peu les programmes des chaînes hertziennes françaises, à part les dessins-animés du matin que mes gosses regardent. Je suis incollable sur « Dora l’exploratrice » !

Allan : Revenons maintenant plus dans le domaine de la littérature ; on s’aperçoit quand on regarde ta bibliographie que – bien qu’ayant écrit dans différents genres – il semble que tu aies une prédilection pour la SF.Est-ce importantde varier ses genres ?
Christophe : Pour moi, oui. Je ne vois pas taper sur le même clou toute ma vie. Je me sens proche d’un gars comme Greg, qui écrivait plein de scénarii dans des styles différents. En même temps, il y a des thèmes, des obsessions, qui reviennent tout le temps : l’amitié, la notion d’engagement, le déterminisme contre le chaos, l’inné contre l’acquis, la nostalgie de l’enfance, l’héroïsme.

Allan : Parlons maintenant de La Brèche, paru aux Editions Fleuve Noir.
Comment le présenterais tu ?
Christophe : Comme un mélange du « Prix du danger » et du « Soldat
Ryan ».

Allan : Le centre de l’intrigue reste quand même la télé réalité qui dans ton récit est poussé à l’extrême. Alors dis-nous ton point de vue : est-ce simplement une mise en garde de ta part ou alors es-tu persuadé que nous allons bientôt avoir une star ac nous permettant de voir des candidats mourir en direct ?
Christophe : Peut-être pas en direct, mais je suis sûr qu’un jour ça va mal tourner. La logique du système (toujours +) tend vers cela ! Je vois bien un gamin de « Pop star » se suicider après avoir été recalé, par exemple. Il y aura une sorte de grand mea culpa médiatique, comme celui concernant les paparazzis et les journaux à scandales après la mort de Lady Di («sommes-nous allés trop loin ??? ») et puis la machine repartira de plus belle !

Allan : D’autres thèses développées dans le livre méritent qu’on s’y attarde aussi notamment celle du paradoxe temporel que tu as maîtrisé de bout en bout dans ton roman : j’avoue que quand j’ai commencé à le lire, j’attendais la peau de banane, l’endroit où tu déraperais et où on pourrait prendre à contre-pied t’a théorie en disant : là ça colle pas. Et bien raté, ta théorie n’est remise en question nulle part ! Comment as-tu fait pour maîtriser à ce point l’intrigue ?
Christophe : J’ai fait ce qu’il ne faut absolument pas faire : j’ai improvisé en cours de route. Je voulais vraiment modifier le futur, au départ. Mais après bien des maux de tête, je me suis rendu compte que ça ne collait pas. La seule solution cohérente était celle de la boucle : tout est écrit à l’avance, on ne peut pas créer de paradoxes temporels. Cette décision prise, il a fallu que je trouve un moyen pour retomber sur mes pattes.
Le cas du général Cota, que je tue en plein milieu du roman, m’a causé quelques migraines carabinées. Dans mon livre, cet illustre personnage meurt ; hors dans les livres d’histoire, il survit à la bataille.
Heureusement, j’ai trouvé un tour de passe-passe pour résoudre cette apparente contradiction.
Je m’en suis tiré. De justesse !

Allan : Encore un point, tu opposes deux types d’historiens dans ton roman : le théoricien et le praticien. Penses-tu que nous n’arriverons jamais à réconcilier les deux grands ennemis que sont la pratique et la théorie dans l’étude de notre environnement (que ce soit scientifique ou historique) ?
Christophe : Dans le roman, les deux pôles s’opposent parce que c’est comme ça que fonctionnent les histoires. Il faut des heurts, des conflits. Les fictions sont des moteurs à explosion ! Mais en fait, la recherche et la l’application concrète sont bien sûr complémentaires, et dans la réalité, il y a plein de domaines où les deux fonctionnent main dans la main !

Allan : La guerre est décrite ici telle qu’elle a probablement eu lieu : c’est-à-dire une véritable boucherie. Il était important à tes yeux d’enlever le voile pudique qui recouvre tout conflit ?
Christophe : Oui. « Le soldat Ryan » et « La chute du faucon noir » ont ouvert la voie en matière de « réalisme guerrier ». Personne n’est obligé d’écrire (ou de lire) des récits de batailles. Mais si on le fait, il faut jouer le jeu. Je n’ai pas l’impression d’être complaisant. Je ne m’attarde pas sur telle ou telle vision d’horreur. Ça va très vite ! Les phrases les plus violentes sont parfois juste évocatrices. A un moment, j’écris quelque chose comme : « loin sur sa droite, la mer était recouverte d’une substance visqueuse enflammée, saupoudrée de points de noirs, et les points noirs hurlaient ». L’imagination fait tout le travail. C’est d’une violence inouïe !

Allan : Quels sont tes projets pour le proche avenir ?
Christophe : En sorties « jeunesse », « Les aventuriers du Nil » chez Bayard en juin (l’épopée égyptienne de Bonaparte à la sauce « aventuriers de l’arche perdue »), et à la rentrée, chez Magnard, « Rio Diablo », un western plein de zombies ! En cours d’écriture : un thriller SF avec Fabrice Colin !

Allan : As-tu une opinion sur notre site ?
Christophe : « Trop cool ».

Allan : Qu’est ce que l’on peut te souhaiter ?
Christophe : Un best-seller.

Allan : Le mot de la fin sera :
Christophe : FIN

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