Interview : David Bry

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Date :Octobre 2009
Allan : Bonjour David, ta mission, si tu l’acceptes sera de te présenter à nos lecteurs…
David : Bonjour Allan. Je m’appelle donc David Bry, et j’ai bientôt 36 ans. Rôliste dans l’âme, je suis aussi un gros, gros fan de jeux de société (Caylus, Race for the Galaxy, Dominion, Gang of Four, De Cape et d’Epée constituent mon top cinq du moment). Je travaille à Paris, et vis en Seine et Marne, dans une vieille maison au bord de l’eau, en pleine campagne. J’adore lire, cuisiner, me balader … et raconter des histoires :).

Allan : Tu commences donc par nous écrire une trilogie, la trilogie est-elle la voie obligatoire et nécessaire en fantasy ?
David : A la base, « La seconde chute d’Ervalon » n’était pas une trilogie, mais simplement un très long récit, qui allait du départ de Chtark et de Ionis de leur village natal jusqu’à la seconde chute du royaume, près de deux ans plus tard. Après en avoir lu la première version, un ami m’a conseillé de le fractionner, pour le rythmer et en faciliter l’accès. J’ai fait ce découpage, en séparant l’effondrement d’Avelden, l’ouverture forcée de ses ducs vers les autres seigneurs d’Ervalon, et enfin les évènements qui allaient provoquer la seconde chute du royaume. Ces trois parties ont ensuite donné les livres que tu connais.

La trilogie n’était donc à la base pas recherchée même si, au final, elle me convient parfaitement. J’aime ce rythme en trois temps, où les choses s’installent, évoluent, puis se dénouent enfin. Il facilite aussi les coups de théâtre et les surprises, par les ruptures qu’il permet.

Allan : Quelles ont été tes sources d’inspiration ?
David : J’ai toujours énormément lu, depuis tout gamin. De la fantasy bien sûr, mais aussi pas mal de littérature plus classique, anglo-saxone principalement. Toutes ces histoires, tous ces récits ont marqué et influencé Ervalon à leur manière. Il y a un peu des Orcs du Seigneur des Anneaux dans la force sauvage des Tribus, l’ombre des Vagues de Virginia Wolf dans l’amitié qui lie les héros du roman, un trait de William Butler Yeats dans certains aspects celtiques du royaume.

Au-delà de cela, je suis très sensible à la musique. Quelques paroles d’un air suffisent à m’embarquer, souvent très, très loin de la signification originale de ce que j’ai entendu. La musique est une sorte de point de départ, à partir duquel je peux créer un personnage, une situation, un endroit. Juste en me basant sur un sentiment, une impression, ou une image qui me vient soudainement à l’esprit. La cité d’Aveld par exemple a été baignée par l’ambiance de la chanson de Kate Bush « A coral room ». Les premiers mots racontent juste « There’s a city, draped in net / Fisherman net / And in the half light, in the half light / It looks like every tower », avec un je-ne-sais-quoi de triste et de mélancolique. La capitale du duché venait de naître, et son histoire, son destin étaient scellés. Alors qu’au final, ces quelques paroles ne disent pas grand chose, et qu’Aveld n’a rien à voir avec des pêcheurs ! Les mots, les noms et leur résonance, m’influencent également beaucoup. Harken par exemple, du nom des ducs d’Avelden, a une sonorité dure, violente. Il évoque pour moi quelque chose de rigide, de droit, qui ne ploie pas. C’est devenu le trait marquant de la famille qui porte ce nom.

Allan : Le cycle est paru sur une période courte : c’était une volonté de ta part ?
David : Oui. Je suis un lecteur avant tout, et le premier à être frustré lorsque je dois attendre une éternité entre deux tomes qui se suivent et ne se suffisent pas l’un sans l’autre. D’autant que, lorsque le second opus sort, j’ai souvent déjà oublié la moitié de l’histoire du premier ! Ecrire prend du temps, beaucoup de temps bien sûr. En ce qui me concerne, je préfère donc travailler sur une trilogie entière et la sortir une fois terminée. Cela me semble préférable au fait de proposer les différents volumes sur une longue période espacée. Pour La Seconde Chute d’Ervalon, c’est comme cela que j’ai procédé. J’espère pouvoir continuer à le faire.

Allan : Comment présenterais-tu le cycle à nos lecteurs ?
David : Ervalon, c’est l’histoire d’un royaume, autrefois puissant, qui est tombé pour permettre à ses alliés de gagner une guerre terrible. Le roman commence des siècles après cette première chute, dans l’un de ses duchés, Avelden, sur lequel règne la famille Harken. C’est de ces terres froides et inhospitalières que partiront les évènements qui vont à nouveau, et pour toujours, changer le royaume. Ervalon est une histoire d’anciennes légendes retrouvées, d’amitiés, de trahisons, de victoires arrachées, et de défaites cuisantes. C’est une histoire de loyauté mise à l’épreuve, d’honneur, et de personnes valeureuses qui se battent pour ce qu’elles croient juste, envers et contre tout. C’est l’histoire d’une poignée de paysans qui, à travers leur courage et leur engagement, vont devenir des héros, avec leurs failles, leurs faiblesses, et le poids de leurs erreurs sur les épaules.

Allan : La trilogie est riche en rebondissement et la Duchesse n’a que bien peu de répits… Les amitiés qui se sont liées entre les différents personnages sont elles à ton avis possibles dans notre monde moderne ?
David : Les héros d’Ervalon ne recherchent pas la gloire, ni la richesse. Rien ne les prédestinait à un avenir différent de celui de leurs amis, de leurs voisins, paysans ou voleurs. Ils ont simplement décidé à un moment donné de se battre pour défendre les valeurs auxquelles ils croient. Leur combat, et les nombreuses difficultés qu’ils vont devoir surmonter, vont créer des liens forts entre eux, sans pour autant gommer leurs différences et leurs divergences. Une amitié solide va émerger de tout cela. Une amitié au service d’une cause plus grande qu’elle : le destin d’Avelden et de leur royaume tout entier.

Cette amitié pourrait-elle exister de nos jours ? Je veux croire que oui. Ces questions sur les valeurs et les relations entre les gens sont à l’image de notre époque, qui est sur ce sujet assez intéressante je trouve. Après le leitmotiv de la réussite à tout prix, on assiste depuis quelques temps maintenant à une réflexion sur le sens de la vie, ainsi que sur les liens qui unissent les uns et les autres. Ervalon traite de cela, et pose les mêmes questions. Les idéaux qui valent la peine d’être défendus, corps et âme. Les sacrifices que l’on serait prêts à faire pour eux, et pour ses amis. Et ceux aussi que l’on se refuse à faire.

Allan : Bien qu’en situation d’infériorité de façon quasi permanente, la Duchesse et ses amis trouvent toujours les ressources pour surmonter les difficultés : c’est au pied du mur que l’exploit se réalise ?
David : J’en suis convaincu. Quand on veut vraiment quelque chose, ou quand tout simplement on n’a pas d’autre choix que de réussir ou périr, alors les forces sont décuplées. C’est l’énergie du désespoir, la force du condamné. Celle qui anime tous les résistants. Celle qui a amené les soldats de Sparte à résister suffisamment longtemps lors de la Bataille des Thermopyles. Cette énergie n’est en rien un gage de victoire. Mais elle est je pense indispensable si on veut l’obtenir.

Cette force est, pour moi, un véritable acte d’héroïsme. Ecraser un ennemi plus petit, plus faible ou moins bien armé, n’importe qui ou presque peut le faire. Mais trouver l’énergie de lutter contre la peur, la certitude d’être en infériorité, tout en faisant face à des adversaires sûrs d’eux et de leur bon droit … C’est autre chose ! C’est en partie à cette incroyable forme de courage que j’ai voulu rendre hommage à travers l’histoire d’Ervalon.

Allan : Tout au long du cycle, on sent le dénouement, et pourtant certains points restent en suspens. Cela veut-il dire que tu prévois une suite à cette trilogie ?
David : En effet J. Dès le début, j’avais imaginé trois chroniques différentes, chacune marquant une étape et prenant la suite de l’autre, pour arriver enfin au dernier chapitre, au clap de fin.

Après « La seconde chute d’Ervalon », il y a donc « L’Héritier d’Ervalon », qui démarre quelques mois après la bataille de Pémé. Dans les trois autres volumes qui composent «L’Héritier », on y apprend beaucoup sur le passé d’Ervalon, sur celui de Ionis, sur la véritable histoire de Mélorée, ainsi que sur le destin d’Aurianne et de ses amis. Cette série est plus sombre que la première. La tâche est colossale, voire infaisable, pour redresser le royaume. Les amitiés qui lient les personnages entre eux vont être mises à mal. Certaines trahisons vont leur être terriblement douloureuses … et même provoquer l’irréparable. Tous n’en sortiront pas indemnes. Loin de là.

La troisième – et ultime – chronique s’appelle « Le Destin d’Ervalon ». C’est là où tout se dénoue. Tout ce qui a été orchestré depuis des siècles se révèle alors, comme tout ce qu’ont pu apporter les compagnons d’Iselde, les bouleversements qu’ils ont pu provoquer par leurs actes. Cette dernière série parle d’Ervalon et des royaumes voisins, des Chevaliers d’Escalon, des Mages d’Yslor, des Tribus, de tout le Ponant, livré aux affres de la guerre. Les jeux de pouvoirs y sont cruels, les sacrifices difficiles et sans appels. Au milieu de ce fracas, chaque personnage trouvera son propre destin … heureux ou malheureux.

Allan : Et maintenant, as-tu d’autres projets dans le fond de ton tiroir ?
David : Oui. Parallèlement aux Chroniques d’Ervalon, qui me réclament énormément de temps, je travaille doucement sur d’autres histoires, qui murissent peu à peu.

La première reste dans le monde de la fantasy, avec une magie et un environnement fantastique bien plus prononcés. Au-delà des notions de valeur, de courage et de sacrifice qui m’intéressent toujours, j’y aborde les questions liées à l’héritage, au poids des erreurs de nos aînés, à la difficulté à s’en débarrasser aussi, ou de vivre avec.

La seconde n’a quant à elle plus rien de médiéval. Elle se déroule dans un futur pas très éloigné de nous, où le monde est en partie en ruines. Les sujets abordés poussent les notions d’idéaux plus loin encore, jusqu’à leurs extrêmes. On atteint ici le terrorisme, le mensonge et la manipulation, les conflits d’intérêts, personnels et corporatistes, le tout dans une société violente et ultra-technologique. Un gros changement de cap. Mais une histoire qui me tient déjà à cŒur.

Allan : Le mot de la fin sera :
David : Un remerciement. J’ai eu pas mal de retours, via le site internet d’Ervalon ou dans des forums, de lecteurs qui avaient beaucoup aimé la première trilogie. J’en suis toujours touché. Avoir la possibilité de partager un peu de son imaginaire est une grande chance, que je mesure à sa juste valeur.

A eux tous, merci donc.

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