Interview de Catherine Dufour

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Durant le mois d’avril, les éditions La Volte ont proposé le recueil Au bal des actifs – demain le travail … A cette occasion, nous avons posé quelques questions à Catherine Dufour qui ouvre ledit bal avec la nouvelle Pâles Mâles et alors que le travail est au cœur (avec la sécurité) des différents programmes.

Bonjour Catherine, tu as signé une nouvelle dans « Au bal des actifs – demain le travail » : qu’est-ce qui t’a intéressé dans cette thématique ?
Le travail, son übérisation et à plus moyen terme le Grand remplacement des humains par des robots est au coeur de toutes nos angoisses. Le chômage, c’est la mort civile ; le chômage de masse, c’est la guerre civile. Comment gagner la guerre ? C’est un beau thème de science-non-fictionnelle.

 Ce recueil tombe à pic alors même que le travail est au coeur des problématiques des français et des campagnes électorales : comment vois-tu l’avenir du travail ?
Nous sommes bien d’accord. L’avenir du travail est politique, non robotique. Le problème n’est pas le robot, mais le propriétaire du robot. Le problème est de remplacer le travail humain par du loisir, non par du chômage. Il va donc falloir que les travailleurs établissent un rapport de force politique avec les propriétaires, et le gagnent. La solution est aujourd’hui, dans les urnes, dans la rue, dans la vie civile, dans notre capacité à nous battre de façon solidaire.

Dans ta nouvelle « Pâles Mâles », le travail a été ubérisé développant la précarité… Penses-tu que nous pouvons échapper à cette ubérisation galopante ?
Non. Le capitalisme trouve toujours le moyen de développer le sous-développement. Après avoir délocalisé comme une brute, il émiette comme une râpe à fromage : nos droits, nos compétences, nos journées, nos liens. La seule solution, c’est de lui saisir le poignet et de le tordre jusqu’à ce qu’il lâche. You can run, but you can’t hide.

D’ailleurs, Evette se trouve être plus précaire que son colocataire masculin : l’égalité homme-femme ne sera toujours pas vraie à l’avenir ?
Sera-t-il toujours plus facile d’être homme blanc riche grand beau et en bonne santé que noire pauvre petite moche et malade ? Probablement. Mais ce n’est pas une raison pour se résigner. La politique, c’est comme la médecine : ce n’est pas parce que tous les patients meurent à la fin qu’il faut arrêter d’exercer.

 Une citation m’a fait sourire « Tu sais bien que Flexemploi bourre les urnes d’offres en carton pour que le gouvernement puisse gémir qu’il y a cent millions de jobs en attente, traiter les chômeurs de feignasses et refuser de verser les allocs » : ce n’est pas tant que ça de la SF ça, si ?
Non. Beaucoup d’offres d’emploi sont en carton. Et même. Combien y a-t-il d’offres non honorées chaque année ? 200 000. Combien de chômeurs et sous-employés ? Entre 3.5 et 10 millions. La soustraction parle d’elle-même.

Tu te fais un peu plus rare ces derniers temps : as-tu un projet SF (ou autre) dans les prochains mois ?
J’ai sur le feu un thriller et un Pratchett-like. Plus des tas de conférences et d’articles.

Un petit mot pour conclure ?
Merci pour ton soutien inconditionnel sur tant d’années, et bon vote.

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