Interview de Régine Joséphine

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Nous avons chroniqué il y a quelques jours le premier volume de Sacha Yolka aux éditions Balivernes. Ce roman va nous plonger dans différents mondes avec une jeune adolescente. Ce cycle sera en 2 volumes et nous vous proposons de rencontrer son auteur.

Bonjour Régine, peux-tu présenter à nos visiteurs ?

Chaque personne aurait besoin d’un dictionnaire entier pour se présenter, alors c’est assez compliqué de se définir en quelques mots ! Professionnellement, j’exerce 2 métiers que j’aime autant l’un que l’autre. Enseignante et auteur sont des professions qui me permettent de côtoyer et de communiquer avec les enfants et les adolescents. La lecture et l’écriture me sont indispensables pour vivre. Plus que des passions, ce sont des nécessités. J’aime écrire pour les jeunes parce qu’ils sont encore capables d’émerveillement, de réflexion, de jugement parfois un peu rapides mais toujours intéressants. Et j’ai envie de contribuer, à mon tout petit niveau, à les faire grandir.

Nous avons publié une chronique de ton dernier roman Le Roman d’Ormonde mais il ne s’agit pas de ton premier : peux-tu nous parler de ton parcours ?

Mon parcours d’auteur suit tout simplement mes envies d’écriture. J’ai commencé par écrire un roman fantastique (Les Rebelles de l’Enki-Ea) en 1997, qui a été publié aux éditions Milan. Ce mois-ci, ce premier roman est ressorti en numérique aux éditions Multivers. En 2007, mon premier album (La Clé des Songes) est paru aux éditions Gecko Jeunesse, suivi de plusieurs autres albums chez différents éditeurs. Chaque ouvrage écrit m’a été inspiré par une personne, un évènement. J’avais envie de parler de ces rencontres qui m’ont marquée (Coton Blues, Fleur de Neige, Les Mains qui dansent). J’aime aussi écrire en duo avec des amies auteurs. C’est une expérience très inspirante (Une vie de Château, les 4 tomes des Chroniques étranges des enfants Trotter avec Anne Ferrier, Mauvais endroit, mauvais moment avec Bénédicte Carboneill). Parallèlement à cela, j’ai commencé à proposer des ateliers d’écriture dans les écoles et les collèges, à mener des projets d’exposition, de spectacles autour de la lecture et de l’écriture. Aujourd’hui, la moitié de mon temps est consacrée à l’école, et l’autre moitié à l’écriture, aux rencontres avec mes jeunes lecteurs et à la réalisation de projets en collaboration avec les enseignants et bibliothécaires.

Comment présenterais tu Le Roman d’Ormonde ?

Le Labyrinthe d’Ormonde est un roman qui m’a trotté dans la tête pendant des années ! C’est en croisant un panneau indicateur annonçant « L’Eau Mère », nom d’une rivière d’Auvergne, que j’ai commencé à imaginer ce peuple vivant dans un monde d’îles et d’eau. Ensuite, l’idée d’y associer 3 autres univers s’est imposée. Les 4 éléments sont des aspects assez utilisés dans les romans fantastiques et d’anticipation, mais justement, ce sont souvent des aspects secondaires de l’histoire. Dans Le Labyrinthe d’Ormonde, je voulais construire de véritables mondes basés sur ces éléments, avec leurs spécificités et leurs propres lois physiques, avec des héros n’ayant pas de pouvoirs particuliers, mais fonctionnant différemment de nous, peuple de la Terre. Ces 4 sociétés s’ignorent et doivent affronter leurs propres peurs pour sauver le labyrinthe. L’héroïne, Sacha Yolka, sera celle qui par sa présence dans ces univers, fera basculer les certitudes des uns et des autres et les fera avancer. Elle aussi grandira car, comme tous les adolescents, Sacha a ses qualités et ses défauts. Une vraie ado !

Dans ce roman, une jeune fille marginale se retrouve projeté dans un autre monde : dans ce genre de roman, le côté esseulé de l’héroïne est obligatoire ?

Sacha est une adolescente marginalisée, mais elle aussi se marginalise puisqu’elle s’isole consciemment des autres jeunes de son âge. En cela aussi elle va grandir, puisqu’elle se rendra vite compte que c’est ensemble qu’on peut conquérir le monde et non pas toute seule. Dans les romans, je crois qu’il est important de faire ressortir le travail d’équipe, l’attention aux autres, l’amitié. Si au début, Sacha a un petit côté « pénible », c’est qu’elle ne comprend pas encore qu’elle a besoin des autres. C’est au moment où elle accepte leur compagnie, puis leur amitié, au moment où elle se fait du souci pour un petit garçon qu’elle a pris sous sa protection qu’elle s’humanise et devient plus forte. Pour moi, une héroïne peut être seule et marginalisée, mais nous vivons dans une société et il est important d’y trouver sa place. C’est ce que mon héroïne devra trouver à la fin de son aventure.

Dans l’Erluzen, les habitants ont une bulle lumineuse qui les accompagne, faisant penser aux Daemons de Philip Pulman : un héritage revendiqué ?

(sourire) Eh non ! La vérité est que j’ai inventé les luzes (ces bulles lumineuses) bien avant la sortie du livre de Philip Pulman en France en 1998 ! Il suffit de lire mon premier roman dont je vous ai parlé précédemment : Les Rebelles de l’Enki-Ea, paru en 1997 pour s’en rendre compte. Dans les Rebelles de l’Enki-Ea, les luzes existent déjà ! Elles appartiennent à un peuple qui cherchent désespérément les hommes qui les sauveront d’un brouillard-prison. A la limite, on pourrait dire que je me suis plagiée moi-même en reprenant ma propre idée pour en faire un élément moteur de mon Labyrinthe d’Ormonde ! Mais sérieusement, je pense que les daemons et les luzes n’ont pas grand-chose en commun à part le fait d’être attaché à un être humain. Les luzes ne sont pas une émanation de l’âme de leur propriétaire. Elles sont plutôt un aspect visible et matériel de leur énergie et un critère de ségrégation dans le monde de l’Erluzen. Rien à voir avec le compagnon vital inventé par Philip Pullman.

D’ailleurs, cette bulle est source de racisme entre ceux qui l’ont et ceux qui ne l’ont pas (ou plus) : tout est prétexte à une forme de racisme ?

J’ai très souvent traité de la différence et de la tolérance dans mes livres. Etant moi-même Antillaise, j’ai été également confrontée à l’inquiétude, la défiance et à l’incompréhension. C’est donc un thème qui me tient à cœur et qui transparait dans mes écrits. D’ailleurs, dans notre société, dans notre actualité, il est impossible d’ignorer que la plupart des problèmes viennent du manque d’écoute de l’autre qui fait peur et qui ne nous ressemble pas. Je veux montrer dans mes romans ou mes albums qu’ouvrir son cœur à la différence nous enrichit et nous rend plus fort.

De ce que j’ai compris, l’hisotire se déroulera sur 2 volumes : est-ce bien le cas ?

Oui, deux volumes. Le premier accompagne Sacha dans l’Erluzen qui est le monde de l’eau et dans le Khamsin, le monde de l’air. Le deuxième volume la retrouvera sur la Terre et sur Iscarioth, le monde du feu, pour l’ultime affrontement.

As-tu d’autres projets en cours ?

J’ai toujours plein d’envies et de projets : un roman de société que je viens de finir pour les grands adolescents, un projet de roman dystopique, un autre sur le souvenir, des albums… J’aime beaucoup ces moments de latence où les idées se mettent doucement en place. C’est aussi du travail ! 🙂

Le mot de la fin est pour toi :

Merci à toi pour ton intérêt pour mon travail. C’est toujours un plaisir de parler lecture avec un passionné des livres. Et bravo pour ton site ! 🙂

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