Interview de Sandrine Gestin

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Sandrine GestinSandrine vous avez choisi l’univers des lutins, des fées, des chevaliers et des dragons, pour ancrer votre création artistique dans un terrain mystérieux et enchanteur,  un monde occulte et invisible dont vos admirateurs sont passionnés. Pourquoi ce choix ? En quoi cet univers magique, mystique, sacré fait-il écho profondément en vous ? A-t-il une résonance intime ? Quel sens donne-t-il à votre travail et quel impact a-t-il sur votre quotidien ? Quelle orientation dans votre discipline créative implique-t-il ? Comment vous connectez-vous à cet univers pour réussir à lui donner vie avec un tel talent ?
En fait, je crois que je n’ai pas choisi… Cet univers s’est imposé à moi. Depuis toute petite, je me réfugie dans l’imaginaire. J’étais très timide et j’ai réussi à traverser toute ma scolarité grâce à cela et au dessin. C’est tout d’abord le côté médiéval qui m’a attiré, les visites de châteaux me projetaient immédiatement dans d’autres temps et cela remuait beaucoup de choses en moi. Je n’aurais su l’expliquer, mais c’était très fort pour la petite fille que j’étais. Pour moi, une autre réalité existait, c’était certain ! Et aujourd’hui adulte, j’en suis toujours convaincue…
Et puis, j’ai découvert Tolkien à l’âge de 12 ans et ce fut une révélation : J’avais trouvé ma famille. Depuis, ils ne me quittent plus. La porte était définitivement ouverte et fées et lutins pouvaient s’y engouffrer pour mon plus grand bonheur.

Donc, effectivement, je ne dessine pas des fées et des lutins simplement parce qu’ils sont beaux ou mignons, mais parce qu’ils font partie de moi. Ils sont mes muses !
Devenue adulte, en comprenant certaines choses, je me suis rendue compte que tout ce petit peuple était lié à la nature, à la spiritualité et au sacré. D’ailleurs, il y a en moi une nostalgie diffuse de ce monde avec lequel j’ai encore un lien mais qui est bien trop ténu à mon goût. La thématique de l’oubli est d’ailleurs très présente dans mes livres.
Cet univers magique et mystique fait parti de mon quotidien car il fait parti de moi. Je ne peux pas concevoir la vie sans cette part d’invisible. D’autant que je travaille chez moi et que mon espace professionnel n’est pas vraiment séparé de mon espace privé. Tout est lié.

Comment entrez-vous en communion avec les personnages que vous créez ? Y a-t-il un état particulier de l’être dans lequel vous êtes investie par l’inspiration ? Y a-t-il des circonstances qui déclenchent la force créatrice en vous ?  L’impulsion créatrice vient-elle de l’extérieur, de l’intérieur, d’une alchimie des deux tissée par  votre quotidien ?
La musique est ma clef. Des artistes comme Lisa Gerrard, Loreena Mc Kennitt ou encore certaines musiques classiques me transportent immédiatement ailleurs et me mettent en état de réceptivité intense.
Je ne suis pas imperméable à l’extérieur, mais je vis un peu comme un ours et beaucoup de choses viennent de l’intérieur. Parfois facilement, comme dictées et parfois au prix d’un dur labeur !

Comment développez-vous cette créativité, comment la nourrissez-vous ? Avez-vous une discipline quotidienne ? Quels sont les sources auxquelles vous vous abreuvez pour déployer votre Art ?
La source, c’est mon monde intérieur. Je le nourris par la musique et par mes lectures, par mes rêveries. Ce qui fait que lorsque le quotidien et les choses à faire m’envahissent de trop, je me coupe un peu malgré moi de cette source. Je dois donc m’aménager des moments de calme pour, à nouveau, m’y connecter. Mon jardin, mes animaux (2 chats et 2 chiens) m’aident beaucoup à me retrouver… Surtout l’un de mes chats, Lily, qui est très calme et aimante.

En fait, j’ai besoin de calme et d’amour pour créer !

Chaque œuvre est-elle un voyage spécifique ? La technique employée (crayonné, peinture…) implique-t-elle un voyage artistique différent ? Vivez-vous la création comme une naissance, un accouchement ? Y a-t-il un processus intérieur qui aboutit à l’apparition de vos merveilles picturales ?
J’aimerais que chaque création soit une naissance, résultat d’un long processus de maturation. Mais, malheureusement, au vu de la quantité de travail que j’ai, ce n’est pas possible. Je mets de moi dans chaque dessin et chaque peinture, mais parfois pas suffisamment à mon goût ! Par contre, il y a des moments magiques où je suis totale phase avec ce que je suis en train de créer et c’est merveilleux.
On pourrait croire, effectivement, que la technique employée joue un rôle dans l’implication. Qu’un dessin, fait généralement en moins d’une heure, n’est forcément pas autant investi qu’une toile peinte en plusieurs heures. Mais, en fait,  il y a des dessins, des œuvres faites presque sans réfléchir, où je dirais que je suis ailleurs et qui sont plus forts que certaines toiles. En fait, ce n’est pas le temps passé qui compte, mais l’intensité de ce moment. Et puis, certaines choses ont besoin de temps pour se concrétiser, d’autres surgissent littéralement !

Plus qu’un accouchement, je vois la création comme une transmission. Quelque chose est transmis par mon intermédiaire et au passage, j’y mets un peu, beaucoup ( ?) de moi.

Êtes-vous artistiquement en quête de quelque chose de spécifique ? Une œuvre parfaite ? Un sujet parfait ? Y a-t-il un accomplissement particulier que vous voudriez atteindre dans votre art ? Ou bien la création elle-même est-elle la substantifique moelle dont vous vous exaltez ?
Je suis en quête de lumière. La lumière intérieure. J’espère mes images comme de petites lumières, qui éclaireraient le cœur des spectateurs et ouvriraient en eux les portes de l’autre monde. Celui qui mène à plus de douceur, de respect et de compassion.

Pour moi, il n’y a pas de sujet parfait. Un « simple » paysage  peut être sublime.

Mais une œuvre aboutie, à mon sens, serait un bel équilibre entre le fond et la forme. Un sujet qui me tient à cœur (la féminité, le sacré, la féerie…), lumineux et sensible, traité avec force et beauté. Rien que ça !

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