Interview : Gil Formosa

Réalisée par :mail
Date :janvier 2006
Gil nous a rendu visite et nous n’avons bien entendu pas pu nous empêcher de lui proposer de se présenter au travers de ces quelques questions 🙂

Allan : Avant toute chose, il est certain que les fans de littératures de l’imaginaire ont eu entre les mains un livre dont tu as fait la couverture… Néanmoins, pourrais-tu te définir en quelques mots ?
Gil : Je suis illustrateur freelance, c’est à dire que je travaille chez moi, en acceptant des commandes d’ illustrations que je réalise dans différents styles avec diverses techniques.
Mes clients sont les éditeurs de BD et de littératures, les agences de pub, les sociétés de productions audiovisuelles, et des annonceurs en direct.

Allan : Ton travail se décline sur plusieurs support : publicité, bande dessinées, couverture, … Peux-tu nous dire quel a été ton parcours pour parvenir à faire ce qu’il te plait ?
Gil : Je vivais dans le midi, à cette époque je prenais des cours de dessin par correspondance. J’ai fait cela pendant 4 ans, le temps de bien apprendre les bases. Parallèlement, je m’essayais à la BD et j’ai publié mes premiers dessins dans le fanzine : ” L’Explosif “.
Puis, à 18 ans, je suis venu à Paris, j’ai rencontré René Goscinny, lequel m’a engagé aux éditions Dargaud, en tant qu’assistant de Morris. Je travaillais pour le merchandising, le dessin animé, enfin, tous les produits dérivés Lucky Luke.
Quant à ce qui m’a donné l’envie de faire ce métier, et bien je pense que ce sont les nombreux artistes qui m’ont fait rêver étant enfant qui m’ont amené à essayer d’en faire autant !

Allan : Quand je regarde les publicités sur lesquels tu as travaillé, je suis impressionné, beaucoup me rappelle des souvenirs notamment celles avec les petits martiens Lustucru… Comment se passe une commande publicitaire, tu as un cahier des charges, des consignes ?
Gil : Merci pour le compliment ! Oui évidemment, il y a au départ un brief précis du personnage que je dois créer. Puis en cours de recherches je propose différentes variantes, et au vu de des premières recherches le directeur artistique en choisi une, que je finalise.
L’un des facteurs a ne pas négliger est que généralement les délais sont assez courts, donc il faut comprendre parfaitement la demande et y répondre rapidement.

Allan : Quel effet, cela fait-il de voir son travail passer à la télé et sur des énormes panneaux publicitaires ?
Gil : Oh, tu dois bien t’en douter… Un énorme plaisir mélangé avec un peu de fierté…. Ensuite, une auto critique qui remet les choses en place.

Allan : Tu expliques sur ton site que tu as commencé à publier ta première BD Héroïc Fantasy à une époque où elle n’avait pas encore le succès qu’on lui connaît aujourd’hui… Cela a du être dur de réussir à faire accepter Les Légendes du Chevalier Cargal ?
Gil : Oui et non ! Ce qui a été le plus dur c’est qu’à cette époque la mode était à la BD « intélo », donc nous étions en plein décalage… Et puis j’étais trés jeune et trés naif !

Allan : Nous allons pouvoir discuter avec toi de deux sujets qui nous intéressent particulièrement : la BD et les couvertures…
En ce qui concerne la BD (NB : désolé je ne suis pas un grand amateur), j’aimerais savoir comment se passe la collaboration entre le scénariste, le dessinateur et le coloriste bien que j’ai cru comprendre que tu faisais dessinateur et coloriste..
Gil : C’est exact pour la couleur !
Voilà comment nous avons abordé notre série Robur avec JM Lofficier. Le scénariste.
J’ai une grande liberté sur le scénario, et j’en remercie JM, à tel point que je peux lui suggérer mes idées et la plupart du temps elles sont intégrées au scénario final. l’important étant de respecter “la ligne directrice”, et de ne pas faire de contre sens avec le but de notre trilogie. JM décidant si mes idées sont compatibles ou pas avec la ligne narrative.
Ce qui se passe, en général, c’est qu’à partir d’une idée de dessin on peut revoir la “copie” et si cette idée enrichit l’histoire, et surtout les personnages, nous l’incluons dans le scénario final.
Bref, lorsque JM m’envoie ses premières idées, son synopsis avec un séquencier, j’élabore un story-board- pré découpage très rapide afin de voir si la ligne narrative est bonne. (Exemple de Storyboard ) C’est vraiment mal dessiné, pas de couleurs, et sans la totalité des textes, le but étant de gribouiller aussi vite que possible afin de capter les images qui me viennent pendant la lecture du synopsis. Généralement la première vision est la bonne, même si plus tard il faut retravailler tout ça, affiner le plan ou le cadrage.
Je lui envoie un story-board très rough, il peaufine ses idées, je renvoie un story plus léché, il peaufine ses dialogues.
Graphiquement, j’aborde le nouvel album en créant d’abord tous les décors, tous les engins, l’univers, etc, puis je dessine les personnages dans la perspective, je les encre aux pinceaux, je scanne le tout et la couleur est réalisée sur informatique – les vaisseaux et d’autres éléments du décor sont essentiellement réalisés en 3D, et repeint.
En gros pour le côté technique, je travaille généralement en suivant les étapes standard que nous utilisons dans le dessin animé, que j’ai adapté à la BD, c’est-à-dire :
– Story board, (il faut savoir où l’on va, et avoir une vue globale de l’album) puis,
– Lay out c’est-à-dire mise en place des décors dans la perspective,
– Vient ensuite la modélisation de tous les engins et l’architecture en 3D,
– Couleurs et ambiance des décors avec incrustation de la 3D,
– Crayonnés des personnages,
– Encrage et mise en place des personnages dans leurs décors,
– Mise en couleurs des personnages dans l’ambiance couleur générale.
– Ballons et lettrages.

Allan : Quel est le temps moyen de travail sur une bande dessinée ?
Gil : 6 à 6 mois et demi , 9 h par jour, 6 jours par semaine.

Allan : Pour les couvertures de romans maintenant : comment t-y es tu pris pour être remarqué par des éditeurs aussi connu que Mnemos, Bélial ou encore Folio SF (entre autres)
Gil : Je crois que ma première couverture SF a été réalisé à l’époque pour Le Bélial dans le magazine Bifrost. De là, l’éditeur étant satisfait, m’a adressé à d’autres éditeurs et de fil en aiguille mon travail s’est vu un peu partout et mon téléphone n’a plus cessé de sonner .

Allan : L’éditeur te fait une commande de couverture donc ; que fais-tu derrière : tu prends contact avec l’auteur, tu lis l’Œuvre ou son résumé ? présentes tu ton travail à l’écrivain avant l’éditeur ?
Gil : Quand cela est possible, je lis le roman. Mais souvent les contraintes de parution ne le permettent pas. Je discute alors avec la ou le directeur éditorial pour comprendre le roman et faire déjà des propositions qui se concrétisent par un rough. Il m’arrive aussi de parler du roman avec son auteur, c’est ce que je préfère, car après tout, mon travail est au service du texte… C’est pour cela que j’apprécie la réalisation de couverture, c’est de illustration par définition ! Et puis, lorsque l’auteur me dit qu’il est satisfait, c’est pour moi la plus belle des récompenses.

Allan : Tu entretiens un site internet sur lequel on peut voir une partie de tes nombreuses réalisations : quel impact cela a-t-il à ton avis et quel intérêt y trouves-tu ? N’as-tu pas peur de te faire “piller” tes travaux ?
Gil : Cela permet à ceux qui s’intéressent à mon travail de découvrir les nouveautés, les projets et les fonds de tiroirs méconnus !
C’est également un outil de prospection pour mes futurs clients.
Et puis ce site me permet aussi d’être en contact direct avec mon public.

Allan : Quels sont tes projets ?
Gil : Principalement la nouvelle série BD qui va paraître aux Éditions Dargaud en Mai-Juin 2006, dont mon ami Éric Corbeyran assure le scénario, «Double Gauche» ! Cette série est totalement différente de Robur, tant par le dessin que par l’histoire.
Une autre BD en collectif, pour Janvier 07, toujours chez Dargaud.
Et bien sûr pas mal de couvertures de romans ou magazines SF et HF.

Allan : Tu nous a rendu visite et je voulais savoir ce que tu pensais de notre site.
Gil : Je l’ai tout de suite apprécié et j’ai eu plaisir à naviguer et à découvrir pas mal d’artistes que je ne connaissais pas.

Allan : Que peut-on te souhaiter ,
Gil : Que Double Gauche trouve rapidement son public !

Allan : Le mot de la fin sera :
Gil : Regarder loin devant, et faire ce qui nous rend le plus heureux.

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