Interview : H. Aster

Réalisée par :mail
Date :mai 2005
H Aster signe avec Ryben son premier roman et quel roman ! Inspiré de l’esprit Matrix, influence qu’il ne renie pas, H. Aster nous livre ici ses réponses à nos questions
Allan : Bonjour, avant de parler de ton premier roman, parlons un peu de toi. Que fais-tu en dehors d’écrire et qu’est ce qui t’a donné la volonté de proposer ton récit ?
H. Aster : Bonjour et tout d’abord un grand merci pour l’intérêt porté à Ryben, ça fait plaisir…
En dehors de l’écriture je dirige une société : une agence web spécialisée dans la réalisation de services en ligne (mais ce ne sont pas des jeux vidéos comme dans Ryben).
Ce n’est pas original mais je dois bien admettre que j’ai toujours eu besoin d’écrire. J’écris beaucoup dans mon travail : des dossiers, des projets, des rapports… En fait quand on la passion de l’écriture, tout est bon : même la rédaction d’un courrier est intéressante. J’ai déjà pris mon pied en rédigeant un courrier de réclamation aux impôts, tu vois le genre !
Parallèlement j’avais besoin de libérer un peu mon esprit du stress de la boîte, alors j’ai commencé à imaginer l’histoire de Ryben, à la poser doucement sur le papier… et je me suis fait littéralement avaler, c’était génial ! J’ai essayé de traduire cette impression par le rythme du bouquin (lent au début, et de plus en plus rapide).

Allan : Tu annonces que tu es issu de la génération Matrix : qu’est-ce-que cela signifie pour toi et en quoi ce film marque-t-il un renouveau ?
H. Aster : Oui j’ai été complètement bluffé par Matrix. Pour moi ce film comportait deux innovations majeures. En premier lieu le visuel, la plastique : une recherche esthétique constante servie par des effets spéciaux qui ont fait date (le mouvement des personnages en combat par exemple) et qu’on retrouve désormais dans bon nombre de films. En second lieu – et c’est ce deuxième volet qui m’a le plus marqué – la philosophie sous-jacente. J’ai personnellement traduit Matrix (le premier pas les 2 autres) comme une allégorie sur la condition humaine actuelle : nous sommes les jouets « d’un monde factice qu’on superpose à notre regard », pour mieux nous exploiter… Pour moi la matrice existe aujourd’hui : la télé en est le bras armé, qui nous formate, nous occupe l’esprit, et nous ment en permanence. Réussir un film populaire, grand public, ludique, qui détienne un tel message critique me paraît effectivement constituer un renouveau fondateur.

Allan : Ryben, ton premier roman, est paru aux éditions Normant… Cela est-il difficile de faire accepter son écrit ?
H. Aster : En fait, une fois le manuscrit terminé, j’ai envoyé 10 exemplaires aux éditeurs : 5 à de grandes maisons d’édition et 5 autres à des maisons que je ne connaissais pas, trouvées au hasard du net. Sur ces 10 envois, j’ai eu 5 réponses négatives, une positive (celle des éditions Normant) et 4 absences de réponse (dont 2 grands éditeurs).
Lorsque j’ai reçu la réponse des éditions Normant j’ai rencontré l’éditeur, Jean-Yves Normant et ça c’est bien passé entre-nous : j’ai vu que c’était une petite maison très récente (2004), qui ne bénéficiait pas de moyens importants mais qui avait envie de percer. Ayant moi aussi monté ma boite je sais que ce désir de réussir est le plus important : les gens sont plus motivés et plus à l’écoute. Donc pour moi ça n’a pas été difficile mais c’est un pur hasard.

Allan : On sent réellement dans le récit l’esprit Matrix… Comment a surgi l’idée ?
H. Aster : L’idée première est une réflexion sur l’espace virtuel que représente aujourd’hui Internet, qui transcende les barrières restrictives de l’espace terrestre. Tu peux par exemple réunir sur Fantastinet, au même moment, des milliers d’internautes pour faire un Chat avec Stephen King (si, si, ça viendra 😉 ). Imagines-tu une telle rencontre dans une librairie « physique » ? En ce sens Internet représente un nouveau monde, libéré des contraintes d’espace et de limitation des territoires qui ont largement contribué à faire surgir le mauvais côté des hommes ; ces difficultés s’aggravant mécaniquement avec l’évolution démographique.
Ryben est une variation sur ce thème, avec les risques liés à la perspective d’un nouvel Eden (religieux, politiques, commerciaux…).
Alors bon, dit comme ça, ça ferait un peu prise de tête ! J’ai donc emprunté à Matrix la manière d’enrober le message dans un scénario plutôt ludique, qui commence par un jeu vidéo en ligne.

Allan : Les diffuseurs du jeu vidéo ne s’inquiètent absolument pas des conséquences négatives qui pourraient surgir suite aux premiers “incidents” et notamment au message diffusé par le héros virtuel : penses-tu réellement que les producteurs, éditeurs… laisseraient un danger si énorme planer pour des raisons purement financières ?
H. Aster : On peut se poser la question en effet. Mais ils sont pris à leur propre piège : plus Ryben se dévoile et fait des révélations « dérangeantes », plus il génère de l’audience car les internautes-joueurs adhèrent à son message. Et l’audimat, aujourd’hui, c’est sacré ! En outre, ils ont le sentiment d’amuser le bon peuple, ils prennent ça de haut. Donc oui, je crois que ce serait possible aujourd’hui.

Allan : On remarque quand même que l’adjointe de l’hébergeur et un journaliste ne lésinent pas sur les moyens pour percer le secret du jeu : important de rendre le tableau un peu moins sombre ?
H. Aster : Ces deux personnages représentent pour moi la voix de la conscience humaine. Marie est une pure intuitive, très animale, elle ne peut pas se laisser berner. Juddy est au contraire plus cartésien, plus logique, mais c’est un vrai journaliste d’investigation, un fouineur. Ils représentent l’esprit critique dont nous avons tant besoin de nos jours.

Allan : Comment as-tu procédé à l’écriture : tout d’un jet ou par étape ?
H. Aster : J’ai longuement réfléchi aux idées de fond et à la manière de ne pas les dire directement. Au dessus la trame du scénario s’est construite au fil de l’écriture, ce qui est particulièrement jouissif. Comme beaucoup d’auteurs j’écris la nuit, d’autant que je continuais à travailler la journée. J’ai essayé aussi de vivre avec ma femme et mes enfants quasiment normalement, donc c’était un peu hard mais ça m’a vraiment plu.

Allan : Et maintenant, que vas-tu faire ? une idée de livres en tête ?
H. Aster : Oui, j’ai choisi la pilule bleue et je ne peux plus revenir en arrière…

Allan : Qu’as-tu pensé de notre site ?
H. Aster : Sincèrement j’ai été très séduit par le contenu : très riche, très « personnel », vraiment chaleureux.
Mais ce qui compte le plus pour moi c’est que des initiatives comme les vôtres constituent des résistances à l’entreprise de formatage commercial généralisée dont nous sommes les dindons. Au cinéma, en musique, en littérature… ce sont les grandes majors qui voudraient nous imposer leurs produits (à défaut de leur vues car ils n’ont plus vraiment d’idées). Vous représentez à mes yeux les éclaireurs d’une nouvelle « démocratie culturelle ». Reste à ne pas se faire avaler par « le blouf » comme dirait Pierre Bordage, donc tenez bon !

Allan : Que peut-on te souhaiter ?
H. Aster : De pouvoir continuer à écrire, bien sûr !

Allan : Le mot de la fin sera ?
H. Aster : Amen

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