Interview : Jean-Pierre Andrevon

Réalisée par :mail
Date :avril 2004
Jean Pierre Andrevon vient de publier chez les éditions du Bélial Zombie ; à cette occasion, nous l’avons contacté et il a accepté de répondre à nos quelques questions…

Allan : Vous écrivez principalement dans les genres qualifies de littérature de l’imaginaire, genre peu prisé des médias : pourquoi ce choix ? Et que pensez vous de l’attitude la presse vis à vis de ces littératures ?

Jean-Pierre : Je suis l’enfant de mes découvertes… Mes premières lectures furent des bandes dessinées : les albums de Tintin, sur lesquels ma mère commença à m’apprendre à lire, puis un hebdo créé pendant la Résistance par Marijac : COQ HARDI. C’est là que je découvris la bd de s-f qu’il y publiait avec le dessinateur Liquois : Guerre à la Terre. C’est de cette bande que datent ma découverte et mon amour pour le genre. Un peu plus tard j’ai lu La guerre des mondes de Wells ( dont Guerre à la Terre était une adaptation pirate ), ce qui n’a que conforté ma passion. N’oublions pas que j’avais 7/8 ans, à l’époque. Ensuite, en 51, ce fut le déferlement avec les deux premières et illustrissimes collections réservées au genre : “Anticipation” au Fleuve Noir, et “Le Rayon Fantastique” chez Hachette/Gallimard. Parallèlement, je lisais aussi mes premiers polars au Masque, avec un auteur qui m’a marqué : Stanislas-André Steeman. Peu à peu, j’ai voulu écrire, sur ces modèles marquants, mes propres histoires. Quant aux médias et à leur soi-disant attitude, qu’il ne fait d’ailleurs exagérer dans le sens du dénigrement, c’est un problème qui est venu bien plus tard, et qui ne concerne pas que les médias, mais aussi le monde de l’édition : quand on s’es fait un nom dans le “bis”, allez essayer de faire publier un roman de littérature générale ! Le combat est perpétuel, il faut donc essayer de le gagner à chaque fois.

Allan : Pouvez vous nous dire quelles oeuvres – et en quoi – vous ont marquées ?

Jean-Pierre : Après la Guerre des mondes, j’ai donc bouffé du Fleuve noir et du Rayon fantastique, donc parallèlement de français et de l’anglo-saxon. Le premier roman français qui m’ait bluffé est Croisière dans le temps, de Richard-Bessière, parce que j’y découvrait ce thème stupéfiant : le voyage dans le temps et les paradoxe temporels qui en découlaient. Je l’ai retrouvé un peu plus tard dans Le voyageur imprudent de Barjavel. Mais, au Fleuve, ma grande découverte, le choc, furent les romans de Stefan Wul, mort il y a quelques mois. Avec lui, je découvrais l’exotisme des mondes étrangers, et une manière superbe de faire de la prose poétique sans avoir l’air d’y toucher. Je peux dire qu’aujourd’hui encore, 50 ans après, Wul m’accompagne toujours. Lui et Barjavel sont mes deux piliers. Le second avec des préoccupations plus terre à terre, si je peux dire : troisième guerre mondiale, écologie, des thèmes dont j’ai abondamment usés Barjavel et Bradbury ( venu juste après ) sont mes influences versant ” engagé”. Et bien sûr ne nombreux autres sont venus enrichir mon grenier au fil des années : Simak, Farmer, Silverberg : avec ce dernier, mon contemporain à quelques années près, je me sens de nombreux point communs. C’est mon frère en douleurs !

Allan : Passons maintenant à votre métier d’écrivain ; votre premier roman, Les hommes-machines contre Gandahar, a été publié en 1969 : était-ce votre premier publication et comment cela s’est-il passé ?

Jean-Pierre : Avant Gandahar, bien avant, j’ai écrit des nouvelles courtes, puis un peu plus longues, j’ai fait des dizaines d’ébauches de romans inaboutis ( en même temps, ne l’oubliez pas, que je dessinais et peignais, que je composais mes premières chansons… ) et, tardivement, à savoir vers 24-25 ans, alors que je revenais du service militaire ( en Algérie ), j’ai pu publier mes premières nouvelles et mes premières critiques dans un fanzine éditée par Jacqueline Osterrah, Lunatique . Il n’avait rien des prozines d’aujourd’hui, c’était une simple feuille choux tiré à la ronéo. Mais ça m’a encouragé, et j’ai commencé à envoyé des textes à FICTION. Le premier à être accepté est paru dans le numéro de mai 68, une coïncidence qui ne s’invente pas. Cette année faste et glorieuse a été également celle de mon expulsion de l’éducation nationale : j’ai donc pu écrire deux romans, un sur les “événements”, très mauvais, et qui est resté inédit, et puis Gandahar. Que j’ai envoyé en premier lieu au Fleuve Noir, à cause de Wul, mais il a été refusé. Je l’ai alors fait lire chez Denoël, pour “Présence du futur”, alors dirigé par Robert Kanters, qui l’a accepté ( mais en même, j’écrivais un second roman de sf pour le Fleuve; lui a été pris pour sortir en 70, c’était La guerre des Gruulls ). Je peux donc dire que les trois responsables de mon irrésistibles ascension ont été Osterrath, Dorémieux et Kanters, ce dont je leur suis toujours reconnaissant. La balle était lancée, elle suit sa courbe depuis 35 ans. Avec des hauts et des bas, certes, mais surtout une remarquable régularité !

Allan : vous êtes un auteur prolifique : avez-vous un secret pour parvenir à écrire certaines fois plus de quatre livres par an ?

Jean-Pierre : N’oubliez pas que je continue à chanter mes chansons ( même si je n’en écris plus guère ), à dessiner et à peindre ( j’ai une exposition à l’heure même où je réponds à votre questionnaire ) et à assumer mon travail de journaliste ( dans l’ECRAN FANTASTIQUE et dans un magazine de Grenoble). Alors comment je fais ? Je travaille. Avec une certaine facilité sans doute due à l’expérience. Mais même ce mot est biaisé. Quand je me mets devant mon clavier ( ou devant mon chevalet ), je n’ai pas l’impression de travailler, seulement de me livrer à mes passions, intactes depuis 50 ans. S’il y a un “secret”, c’est bien celui-là : aimer ce qu’on fait. Le reste suit sans même qu’on y prenne garde !

Allan : Si vous avez souvent écrit de la SF, vous ne vous y êtes pas cantonnée passant notamment aux romans policiers ou pour enfants : était-ce par plaisir, par défi ou pour prouver votre capacité à faire “autre chose” ?

Jean-Pierre : Je n’ai pas écrit que de la science-fiction, mais aussi du fantastique ( mon premier roman d’horreur, dans la collection “Angoisse”, est sorti également en 70 ). J’ai toujours eu envie de tout écrire, au moins dans le “bis”. Le policier est venu bien tard, plus tard que j’aurais souhaité, dans mon cheminement ( le premier en 92 ). N’oubliez pas que j’ai toujours lu et aimé le polar (Chester Himes, plus tard Manchette et toute la bande des années 70 ) et surtout le thriller mystérieux ( Steeman, J-A Chase, William Irish, ). Le moment était venu, c’est tout. Je dis souvent que la SF, c’est le collectif, le polar, l’individuel. Mais c’est faux, néanmoins. Un des slogans de mai 68 était : ” Toute réalité est policière”. Il n’y a qu’à voir le déferlement des violences, les “affaires”, les sordides meurtres de la France profonde, les plans vigipirates, le fichage électronique ( et j’en passe ) pour s’en convaincre. Disons alors que, par la SF, j’ouvre la fenêtre sur notre proche avenir, par le polar sur le présent.

Allan : Est-ce la même démarche dans l’écriture ?

Jean-Pierre : Absolument. La première phase : trouver une histoire, une sacrée bonne histoire. La seconde : écrire, de A à Z ! ( sans F )

Allan : Confirmez-vous que le public jeune est plus difficile à satisfaire ?

Jean-Pierre : Satisfaire, je ne sais pas. Mais pour moi, il y plus difficile de trouver le ton juste pour les romans dits “jeunesse”. Et c’est aussi plus difficile de trouver un éditeur satisfait. Ce qui caractérise mon écriture ( mais aussi ma pensée, ma vie ), c’est la violence, la politique, le sexe, le refus du politiquement correct… Ecrire des romans jeunesse est chaque fois un exercice douloureux d’autocensure. C’est pourquoi j’en écris peu.

Allan : Vous avez aussi fait des expositions de vos peintures : quel était le but recherché ?

Jean-Pierre : Il n’y a pas de but, mais une nécessité. L’acte de peindre fait autant partie de moi que l’acte d’écrire. Il l’a même précédé. J’ai fait les Beaux-Arts, j’ai été brièvement prof de dessin. Il est évident que si j’avais “réussi” dans la peinture aux alentours de mes 25/30 ans, je ne serais jamais devenu écrivain à temps ( presque ) plein.

Allan : Votre tout dernier roman, Zombie, parle comme son nom l’indique de zombies Comment vous est venue l’idée ?

Jean-Pierre : Ce pas la première fois que j’évoque les morts-vivants, loin de là ! Mon second “Angoisse”, Le reflux de la nuit, en parlait déjà. Et, un peu plus tard, en 1979 je crois, Les revenants de l’ombre. C’est donc un thème pour moi familier, et qui remonte d’ailleurs à la nuit des temps de la littérature. Mais en fait, étant un passionné de cinéma, Zombies est un hommage direct à La nuit des morts vivants de Romero.

Allan : Vos morts-vivants sont un peu étranges (si l’on peut utilisé ce terme) puisqu’on a du mal à déterminer ce qu’ils veulent mais surtout d’où ils viennent ; Pourquoi cacher l’origine de leurs retours et leurs buts ?

Jean-Pierre : Je crois que pour ceux qui les vivent, les grandes catastrophes restent mystérieuses jusqu’au bout. A Pompéi, les habitants ignoraient même ce que pouvait être un volcan. Et les New-Yorkais coincés dans leur buildings en flammes le 11 septembre 2001 n’ont rien compris à ce qui leur arrivait. Une menace est encore plus effrayante si on n’en comprend pas le mécanisme. Et puis sérieusement : comment pourrait-on “expliquer” la résurrection des morts ? C’est un thème romanesque à l’état brut, rien de plus !

Allan : Ce qui est intéressant dans votre roman est l’humour à travers les petites piques que vous distillez (contre les politiques et leur langue de bois ou encore contre les scientifiques qui vous prouvent tout et n’importe quoi) Peut-on dire que votre roman est aussi un moyen de montrer du doigt les travers de notre société ?

Jean-Pierre : Sans vouloir me vanter, tout ce que j’écris, ou presque, contient de l’humour ( c’est la politesse du désespoir, vous savez bien ) et une critique implicite ou explicite d’une société dont je hais bien des composantes ( donc les hommes qui la font ).

Allan : Le choix d’un narrateur travaillant lui-même dans le domaine de la mort a-t-il coulé de source ? Et pourquoi l’avoir rendu si distant par rapport aux évènements ?

Jean-Pierre : Je crois pas qu’il soit distant ( il passe le livre à rechercher sa femme et sa fille ). C’est plutôt mon écriture qui peut donner cette impression. Mais c’est vrai que je déteste le pathos. Quant au fait qu’il travaille dans un funérarium, oui, c’est une idée qui m’est venue immédiatement, afin que mon héros soit aux première loges dés le début des événements…

Allan : Quels sont vos projets à plus ou moins long terme et ceux qui vous tiennent les plus à coeur ?

Jean-Pierre : Je viens de terminer une très longue saga ( plus d’un millions de caractères ) sur la fin “douce” de l’humanité, causée par une pandémie genre grippe du poulet en pire. Le monde enfin, c’est son titre, a son point de départ dans une novella du même titre publié en 1975 dans un recueil collectif, Utopies 75, en “Ailleurs et demain”. C’est donc un très vieux projet, auquel j’ai amalgamé d’autres textes de même tonalité, mais réécrits pour la cohérence et, bien sûr, des inédits. Si je peux parler de moi à la troisième personne, comme Alain Delon, c’est un concentré d’Andrevon à l’état pur. Pour le moment, je cherche un éditeur. Je dois également écrire, pour une sortie en 2005, deux nouveaux Gandahar, un adulte et un jeunesse.

Allan : Si vous avez eu le temps de visiter Fantastinet, Qu’en avez vous pensé ?

Jean-Pierre : Aïe ! Désolé, je n’ai pas encore le temps. Mais ça va venir !

Allan : vous voulez ajouter quelque chose ?

Jean-Pierre : Je peux dire pour conclure qu’écrire, pour moi, c’est d’abord essayer de raconter de bonnes histoires, comme les mamans d’autrefois, celles d’avant la télévision, en racontaient à leurs enfants, le soir, avant qu’ils s’endorment. Donc avec une morale à la clé. Moi, je raconte avec mon style, avec mes préoccupations. Donc, si l’on trouve dans mes textes beaucoup de pessimisme, d’indignations, de provocations, si l’on y trouve ma préoccupations première pour la nature, l’écologie, la sauvegarde de la planète, l’amour des animaux la haine du fascisme, racisme, des intégrismes, de toutes les intolérances ( et j’en passe ), c’est parce que c’est moi, entièrement. Je ne cherche pas, ou peu, à faire passer artificiellement un message, le message se trouve dans l’acte d’écrire, dès la première ligne.

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