Interview : Kevin Bokeili

Réalisée par :mail
Date :Mai 2009
Allan : Bonjour Kevin, ravi que tu aies accepté de répondre à nos questions faisant suite à la lecture de la “Duologie” (pour l’instant) Timeport ; question rituelle mais Ô combien importante : Kevin qui es-tu et d’où t’est venue la volonté d’écrire ?
Kevin : “Fan de rien, passionné de tout” résumerait assez bien ma vie et mes occupations.
Le cinéma et la lecture se situent certainement en haut de la liste de mes passions, mais aussi le théâtre, la plongée sous-marine, la voile, le roller, la moto, l’aviation, le rock… Mes personnages préférés sont : Emmett Brown (Doc) et le Prince Pouchkine (l’Idiot), mais aussi Hell Boy, Henry Wilt, Baudolino, Daffy Duck… “Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es… d’où vient ce que tu écris”. J’ai puisé le plus gros de ma culture Sf au cinéma, avec en tête d’affiche : Retour vers le futur, l’Aventure intérieure, Bienvenue à Gattaca… En littérature, j’aime l’humour et mes maîtres se nomment : Sharpe, Woodhouse, Dostoïeveski (l’Idiot), Pennac…
En fait, mon envie d’écrire a commencé avec le cinéma. Gorck’s Land était mon premier projet de scénario, et pour lequel j’avais suivi deux ans d’études dans une école de cinéma aux USA. Il a été mon “sujet” d’étude, et j’avais tenté de le placer auprès des grands studios. Les réponses avaient été catégoriques et unanimes : trop d’effets spéciaux = gros budget + scénariste inconnu = No way. J’étais jeune et ambitieux (34 ans) et je renonçai à mon rêve américain en revenant à des prétentions plus modestes : Timeport, série TV, et en France. La réponse des chaînes fut : SF = gros budget = allez donc voir les Américains. Il n’était alors plus question de budget pharaonique et le roman s’imposa de lui-même. J’avais réécrit et autoédité Gorck’s Land dans le but d’exposer le livre dans ma bibliothèque, juste pour me dire que le projet avait finalement vu le jour. Reste que j’avais attrapé le virus du roman…
Allan : Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire Gorck’s Land (mais j’espère le faire bientôt) : ce que j’ai lu sur ton cycle indique qu’on voit les marques laissées par la guerre que tu as subie dans ta jeunesse… Écrire est-il un moyen d’extérioriser ces “mauvais” souvenirs ?
Kevin : La guerre est pour moi le plus noir aspect de l’humanité, une machine à fabriquer des orphelins. Je précise que l’horreur ne m’a amputé d’aucun des membres de ma famille ; elle m’a juste expatrié, laissé un temps sans racines. J’étais jeune et j’ai pu me reconstruire, mais je ne peux m’empêcher de penser à ceux qui n’ont pas eu cette chance.
Allan : La littérature de science-fiction est-elle pour toi une voie royale pour exprimer la crainte d’un avenir sombre ou doit-on se contenter lorsque l’on lit tes livres du premier degré ?
Kevin : Bien au contraire, je suis de ceux qui pensent que le meilleur reste à venir. Je ne peux pas imaginer que le monde dans lequel mes enfants vont vivre sera sombre. La perfection me barbant, je ne conçois pas ce futur sans défauts, certes meilleur qu’aujourd’hui, qui est meilleur qu’hier. La SF est plutôt la voie royale pour aborder des sujets épineux. Le prétexte d’êtres venus d’ailleurs et de civilisations futuristes permet au genre de décrire notre monde avec recul et une certaine objectivité. Je prends pour exemple Les Guerriers du Silence de Pierre Bordage qui, d’une main de maître, nous décrit, entre autres, les dérives de religions bien de chez nous, via un Ordre Absourate qui sévit dans des galaxies lointaines. Cela ne blesse personne mais pousse tout le monde à réfléchir. Je me trompe ou SciFi voulait dire Philo en langage Atlantidéen ? En tout cas, ça a le même nombre de lettres.
Allan : J’ai pour ma part lu les deux premiers volumes de Timeport et la question qui surgit comme ça en premier est : À quand la suite ? Il est en effet annoncé que Timeport sera une saga quasi sans fin ?
Kevin : Le projet tv de Timeport comportait un pilote et douze épisodes sur une saison… Vais-je en écrire autant ?… Le lecteur décidera.
Allan : Le choix que tu as fait des personnages est très intéressant car les deux parents sont finalement totalement opposés dans leur façon d’appréhender le voyage dans le temps. Il faut une certaine dose d’ouverture d’esprit et de tolérance de la part des deux pour pouvoir partager dans ce cadre une vie de famille : voulais-tu en plus de traiter des thématiques sur le voyage dans le temps, aggraver les “problèmes” avec des relations familiales qui pourraient devenir houleuses ?
Kevin : Pour moi il n’y a amitié ou amour que dans la dissemblance. Il n’y a rien de pire qu’un couple chez qui les dialogues sont du genre “oui, mon chéri t’as raison comme d’habitude ; oui, ma chérie, tu as bien raison que j’ai raison de te dire que tu as tort”. Les points de vue divergents entre Patrick et Jessy étaient presque une obligation, rien que par leurs métiers respectifs (historien et chronopilote). Pousser l’opposition à l’extrême me bidonne…
Allan : D’ailleurs, ce n’est absolument pas le cas dans les deux premiers volumes, cela changera-t-il à l’avenir ?
Kevin : Pour cause de sécurité temporelle il m’est interdit de parler du futur aux autochtones au risque de provoquer un paradoxe. Mon double du futur l’écrira…
Allan : Les remarques sur le voyage dans le temps et sur les paradoxes temporels sont centraux et ne manquent pas de piquants lorsque tu les racontes… Peux-tu nous expliquer en quoi les voyages dans le temps sont dangereux (de façon à ce que tout le monde le comprenne :p ) ?
Kevin : Qui de la poule et de l’Œuf existait en premier ? Cette question est un cercle sans fin. Le paradoxe temporel et ses dangers sont bien plus aisés à comprendre. Le plus bel exemple est dans Retour Vers le Futur I, quand Marty, sans le vouloir, empêche son père et sa mère de se rencontrer, risquant ainsi de n’avoir jamais été conçu.
Aller, rien que pour toi, je le fais à la manière ou en comprends moins après explications qu’avant. Pour ça, je prends un peu de liberté avec le chef-d’Œuvre de Zemeckis, en supposant que Marty ne réussit pas à remettre ses parents ensembles. Celui-ci disparaît, et son existence dans le futur n’aura jamais lieu… son arrivée dans le passé quelques jours plus tôt non plus. Ses géniteurs se rencontrent alors tout naturellement, et bingo sa conception est de nouveau au programme dans le futur. Le petit Marty grandit, rencontre Doc, utilise la Delorean, revient dans le passé, fait de nouveau obstacle à la rencontre de ses parents… et rebelote… =))
Allan : Tu as donc pour l’instant entraîné le monde dans la tourmente en “détruisant” un vaccin primordial dans le premier volume et en remisant Woodstock aux oubliettes dans le second… Le filon dans lequel tu tapes est pratiquement inépuisables et les idées ne doivent pas manquer, je me trompe ?
Kevin : Des milliers ont écrit sur le sujet, des milliers le feront, sans jamais en faire le tour.

Allan : Après la parution des premiers titres de Gorck’s Land et Timeport, penses-tu poursuivre sur ces cycles ou as-tu envie de changer d’horizon ?
Kevin : Après le dernier tome de Gorck’s Land j’attaque un projet qui me tient à cŒur depuis longtemps, mais, pour cause de sécurité temporelle, il m’est interdit de parler du futur aux autochtones, au risque de…
Allan : Que peut-on te souhaiter pour la suite ?
Kevin : Trouver du temps pour écrire.
Allan : Le mot de la fin sera :
Kevin : Peace et rock’n roll

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