Interview Laurent Ladouari

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(c) Etienne Delong

Le cycle de “Volution” comprends déjà deux premiers volumes Adamas maître du jeu (auparavant appelé Cosplay) et L’Or des Malatesta, les deux romans nous faisant suivre le parcours d’un groupe issu d’une école bien particulière…

En attendant de pouvoir retrouver le troisième volume, voici une interview de son auteur Laurent Ladouari.

Avant toute chose, peux-tu nous parler de ton parcours d’écrivain ?

J’ai commencé à écrire sur le tard. Comme personne ne m’attendait, j’ai pu m’atteler par un projet un peu fou : une sorte de Comédie humaine pour jeunes adultes exigeants, un Harry Potter où la technologie aurait remplacé la magie.

A ma grande surprise, l’histoire a surgi casquée, avec des personnages forts, prêts à en découdre dans un univers foisonnant. Dans ville des temps futurs, Zoran Adamas se lance dans une guerre contre les puissants. Cet esthète richissime fuit la presse et les mondanités et dépense sa fortune comme un non aligné : il a fondé l’école de Nonpareil où ont grandi les jeunes excentriques singulièrement doués qui constituent sa garde rapprochée.

Tu as écrit deux livres autour d’Adamas actuellement : Adamas maître du jeu (auparavant appelé Cosplay) et L’Or des Malatesta. Bien que l’histoire se situe dans le futur, je reste sur le sentiment que l’époque où se situe l’action n’a que peu d’importance et que le propos est ailleurs… Tu confirmes ?

Je suis d’accord. Une bonne histoire s’adresse à tout le monde et parle de ce qui nous concerne tous, quels que soient les décors et les personnages.

Le décor, en l’occurrence, est à faire peur : la troisième guerre mondiale a saccagé la moitié de la planète et fait tomber les réseaux de communication. L’histoire commence vingt ans après la catastrophe, alors que les élites rescapées tentent de reconstruire une capitale marchande. Un grand mur de céramique protège cet îlot de prospérité de populations jugées dangereuses. Rien de nouveau sous le soleil…

Le premier volume, Adamas maître du jeu, prend racine dans une entreprise au bord de la rupture, 1T jusqu’à l’arrivée d’Adamas qui tende un quitte ou double… Quel est l’intérêt « économique » de déclencher ce Cosplay ?

Le Cosplay est l’allumette jetée par Adamas sur la nappe de gaz de nos frustrations, pour provoquer une révolution.

Tout commence dans une entreprise qui a mal vieilli, 1T, qu’Adamas a décidé de réveiller de façon brutale. Le Cosplay est un mouvement costumé festif et bon enfant, mais dans le roman c’est un jeu de simulation ultra-violent, une sorte de Second Life où tous les coups sont permis : lorsque tu es masqué et que tu peux dire et faire tout ce qui te passe par la tête, le pire arrive très vite sous la forme d’un règlement de comptes généralisé.

Mais c’est aussi une façon de remettre les stagiaires et les dirigeants au même niveau pour entendre toutes les voix sans préjugés : il est très intéressants d’écouter ce qu’ont à dire les stagiaires, les plus jeunes, les moins gradés…

Nous voyons rapidement que les vraies personnalités (et les vrais talents) s’affichent : cette méthode pourrait-elle fonctionner ?

Enfile un masque et ta véritable nature apparaîtra, le bien comme que le mal. C’est ce qu’on observe sur Internet : des trolls prennent les forums entiers en otage, certains osent des déclarations qui leur feraient honte s’ils les prononçaient à visage découvert. Et pourtant, au même moment, une armée silencieuse bâtit humblement la plus gigantesque cathédrale de connaissances jamais rêvée par l’Homme, Wikipedia – qui mériterait le prix Nobel de la paix.

Avec un peu de travail et d’imagination, les réseaux sociaux pourraient faire émerger des voix raisonnables sur des sujets brûlants et donner la parole à ceux qui établiront des règles plus justes et moins dérisoires.

L’avenir des démocraties modernes se joue ici et maintenant, derrière le http:/.

Nous ne comprenons pas bien l’ensemble des tenants et aboutissants qui incitent Adamas à s’intéresser à cette société en particulier, nous n’apprendrons pas beaucoup plus dans le second… Le troisième sera-t-il la réponse à toutes ces questions ?

Adamas est un amoureux de la beauté, c’est un artiste du chaos. Son dessein commence à apparaître à la fin de Cosplay, car Adamas ne fait jamais rien au hasard…

Dans le deuxième volume, l’Or des Malatesta, on apprend que le Cosplay pourrait faire basculer l’économie du Continent – et on y voit aussi comment un jeune homme élevé à Nonpareil et muni d’une grande détermination, Tancrède, peut faire surgir un monde nouveau.

Le troisième tome racontera une révolution : qu’est-ce qu’un diable comme Adamas ferait de cette arme fatale ?

Tu indiquais au cours d’une interview que le roman était écrit pour ceux qui ont 20 ans aujourd’hui : pourquoi ?

Si j’avais vingt ans aujourd’hui, je voudrais qu’on me donne des livres pleins de carburant, d’envie d’accomplir et de m’accomplir, des livres qui me poussent à aimer le monde et à vouloir le rendre meilleur plutôt que de me résigner à le voir dans cet état.

Ceux qui ont vingt ans aujourd’hui feront face à l’arrivée de monstres nombreux, terribles effrayants. Ils ne les terrasseront qu’en polissant leur courage, en unissant leurs talents, en redoublant de volonté. Et comme personne ne leur en parle, pour se préparer, ils n’ont que des livres ! Pas forcément des livres qui parlent de la guerre, d’ailleurs : le Comte de Monte-Cristo et Harry Potter recèlent autant de carburant que, disons, l’Iliade et Guerre et Paix. Parce qu’ils sont portés par de véritables héros.

Dans l’Or des Malatesta, nous suivons l’histoire de Tancrède, personnage clé du premier volume et découvrons un personnage torturé : c’est finalement une histoire de vision sur le passé familial que tu voulais développer ?

Tancrède Malatesta est un héros charismatique parce que, malgré son incroyable culot et sa flamboyante ingéniosité, il est aussi faillible et fragile que n’importe lequel d’entre nous. Son talent pourrait faire de lui un monstre de foire, pourtant il embrasse pleinement toutes les dimensions de sa vie : Tancrède est supérieurement capable d’aimer.

Le dernier volume, que tu veux appeler Volution si je ne me trompe pas, est-il pour bientôt ?

Le prochain volume – la prochaine volution – est en cours d’écriture. Elle clôturera cette première trilogie mais l’univers de Volution est vaste, il y aura bien d’autres histoires autour de Nonpareil, d’Adamas, de la malédiction des Malatesta.

Et pourquoi Volution ?

Volution, c’était le nom qu’on donnait dans les vieux dictionnaires à une spire de coquillage : c’est une façon d’évoquer un changement continu mais radical, d’un mouvement inexorable qui prend une ampleur effrayante, rythmé par la répétition régulière de motifs récurrents…

Volution, c’est aussi le nom que se donne une organisation secrète et très puissante qui sort progressivement de l’ombre, de volution en volution…

As-tu d’autres idées d’écriture à côté ?

Trop ! Il faudrait trier. J’ai quelques projets de scénarios pour des romans graphiques et d’autres plus « littéraires » dans le sens où on l’entend en France. Un en particulier, autour de la peinture hollandaise.

Je te laisse le mot de la fin :

Vous avez aimé Harry Potter ? Lisez Guerre et Paix !

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