Interview : Maia Mazaurette

Réalisée par :mail
Date :Décembre 2009
Allan : Bonjour Maïa, avant toute chose, je te serai gréé, bien entendu si cela ne te gêne pas, de te présenter auprès de nos lecteurs / visiteurs :
Maia : Bonjour tout le monde ! Je suis donc Maïa (pour de vrai), et j’écris des bouquins sur tout et n’importe quoi, dont la fantasy et l’anticipation. Dans la vie, je suis surtout journaliste et chroniqueuse. Je travaille pour GQ, Newlook, parfois Marie-Claire… selon mon humeur. Je suis une dinoblogueuse, parce que j’ai commencé le net quand j’étais encore sur Minitel. J’écris aussi des scénarios de bande dessinée. Evidemment, après toutes ces activités, il ne me reste pas de temps pour la vaisselle, le ménage et autres occupations importantes pour l’équilibre d’une femme.

Allan : Tu es plus connue sur le web – en tout cas pour l’instant – par rapport à ton blog sexactu… Comment passe-t-on d’un sujet à l’autre dans des domaines si foncièrement différent ?
Maia : Changer de sujet est quelque chose de naturel. Ce sont les monomaniaques qui sont complètement tarés, pas moi 🙂 J’ai même du mal à comprendre comment on peut ne parler que d’une seule chose, ou ne s’attacher qu’à un seul univers. Je m’intéresse à la sexualité, à la guerre, à la géopolique, à la tradition chrétienne et à la recherche du bonheur. Entre autres. Si je lâchais une seule de ces obsessions, je ne serais plus moi-même. Je revendique d’évoluer dans le temps et parfois en cinq minutes. Oui, je suis (un peu) connue pour Sexactu. Mais sur Internet, j’ai aussi parlé de politique, de jeux vidéo ou de football… Je me passionne facilement. Peut-être superficiellement. Mais prétendre le contraire, ce serait tricher, et la vie est trop courte pour ça.

Allan : Donc, nous voici dans un roman très sombre où il n’est pas question de sexe : est-ce volontairement que cet aspect est “oublié” alors que cette révolte de “jeunes” aurait pu être un roman sur le retour de mai 68 et d’une nouvelle libération sexuelle tant espéré par nos médias ?
Maia : Je parle de sexe toute la journée, parce que c’est mon travail. Dans mon précédent roman (Dehors les chiens, les infidèles), la sexualité était également zappée, et oui, c’est volontaire. Je pense, à titre très personnel, que l’érotisme en littérature est le plus souvent mal foutu, et totalement inutile. En janvier, j’aurai sorti six livres sur la thématique sexuelle, dont aucun roman, et ce n’est pas terminé : j’ai des choses à dire, mais pas de manière romancée. Et puis j’ai besoin d’espaces désexués. De toute façon, la libération sexuelle de mai 68 me fait marrer. Je pense que la vraie libération sexuelle sera le fait de ma génération, ou de la suivante. Ceux qui prétendent le contraire sont justement des soixante-huitards, qui sont juges et partie. En attendant, ils vivent leur sexualité comme leurs parents et grands-parents : vraiment, ils n’ont pas de leçons à donner. Quant aux médias, euh, ils vendent juste du papier – hmmm, je m’écarte du sujet, non ?

Allan : Le récit ne s’embarasse pas de détail, nous entrons tout de suite dans le vif du sujet, à savoir Paris est maîtrisé par les jeunes, qui tue sans ménagement toute une population qu’ils jugent trop “âgés” : cette explosion de violences est-elle quelque chose de “prévisible” en notre période de crise ou places-tu cette aventure dans un univers réellement utopique ?
Maia : C’est une question difficile. Je pense que toutes les raisons d’une explosion de violence existent, mais qu’on a intériorisé l’auto-destruction. La génération de nos parents nous tue tranquillement, que ce soit économiquement ou écologiquement. Nous avons grandi dans une culture du sacrifice et de placidité par rapport à la situation actuelle. Nous avons été éduqués comme ça. Pour autant, nous ne sommes prisonniers de rien. J’aimerais que les jeunes réagissent politiquement, évidemment, mais nous sommes trop individualistes. Ce qui a un mauvais côté (le collectif fait avancer plus vite) et un bon côté (le jour où les jeunes se réveilleront, aucun service gouvernemental ne pourra les arrêter). Honnêtement, nous ne vivons pas dans le système vertical décrit dans mon roman. Et tant mieux. Nous sommes les gamins du web, de l’organisation personnelle. C’est une force et une faiblesse. Pour te répondre, une certaine violence existe déjà, mal dirigée. Mais ça n’empêche personne de participer à cet espace de liberté assez intéressant, sur le net, qui n’est en rien virtuel, et dont les vieux sont exclus. C’est une soupape de sécurité pour la société actuelle. Qui peut sauter, comme toutes les soupapes.

Allan : L’histoire tourne essentiellement autour de deux personnages clefs, Silence et L’Immortel, qui s’oppose finalement eux-mêmes pour des raisons générationnelles puisque le premier personnage est l’un des responsables des évènements tandis que le second voudrait asseoir une notoriété : est-ce une bonne analyse de la trame “générale” ?
Maia : Le passage de relais, la transmission du savoir et de la violence, est effectivement une thématique-clé. D’autant que j’avais 19 ans quand j’ai eu l’idée de ce bouquin, 25 ans quand il a été publié une première fois, et 30 pour sa republication chez Mnémos. J’en aurai 32 pour la sortie en poche. Je ne peux pas prétendre que ça n’a aucune importance. Je ne sais pas jusqu’à quel âge je pourrai être fidèle au miracle adolescent – mais en tout cas, à l’heure où je réponds à cette interview, je reste emballée par la force, l’énergie et l’ambition de la jeune génération. Je respecte profondément ceux que les vieux appellent déjà la génération smoothie… sans illusions et sans arrière-pensée. Un des chapitres s’appelle “annihilation du trentenaire”. Je suis trentenaire. Si mon bouquin peut donner des idées, tant mieux. J’ai transmis ce que j’avais à transmettre – au moins sur cette thématique.

Allan : Le récit se déroule à 100 jours d’une échéance qui semble indiquer pour tous la fin de la révolte ou son éclatement… L’alternance de focus entre les deux personnages donnent un rythme de plus en plus important au récit… Ces deux personnalités doivent-elles forcément s’affronter ?
Maia : Pas de bon récit sans tension ! Pour moi, Silence et l’Immortel sont des archétypes. Ils rejoignent une tradition littéraire et mythologique vieille comme les deux hémisphères du cerveau, faite d’amour et de haine. Tout ça n’a rien de franchement original, mais j’ai vraiment aimé donner ma version de ce que sont l’attraction, la répulsion, la passion cannibale et la pulsion de chasse. Nous avons ça dans les gènes. Au point que pour moi, mes personnages sont réels. Ils ont toujours existé, et ils existent quelque part, en ce moment, sur les toits de Paris, à se séduire et s’entretuer.

Allan : Finalement, c’est assez mesquin puisque la volonté des “vieux” n’est pas forcément de faire rentrer la jeunesse dans le bon chemin, on a clairement l’impression que les officiels souhaitent uniquement profiter de la situation pour gagner encore plus par la suite : le capitalisme est-il à ce point pourri ?
Maia : Sur ce point, mon roman n’est pas du tout fictionnel. Les vieux tuent les jeunes aujourd’hui pour gagner de l’argent. Maintenant. En France, hein, pas seulement dans les pays pauvres. Je ne parle pas juste du capitalisme, je parle de la dévoration des jeunes par les vieux – et de la défaite continuelle des vieux. C’est une histoire qui se passe maintenant. Le capitalisme n’aide pas, c’est certain, mais le contrôle de la jeunesse ne lui est pas propre. Les vieux ne sont pas les acteurs d’un système, et encore moins ses victimes. Ils sont le système.

Allan : Tous les travers que dénoncent les jeunes durant leur révolution vont finalement se reproduire au sein de leurs organisations… La société est un éternel recommencement.
Maia : Ce n’est pas ce que je pense, parce que je suis fondamentalement une optimiste. Par exemple, je ne pense pas que le communisme échoue forcément, mais juste qu’il a échoué dans la forme qui a été expérimentée. Ensuite, un roman sans drame, c’est toujours un peu triste, et mon but est d’écrire le meilleur roman possible, dans l’état de mes moyens actuels. Le plaisir du lecteur prime, et pour qu’il prenne du plaisir, il faut de la tension. Donc des choses qui se passent mal. Mais ça ne signifie pas qu’une remise à plat sérieuse des rapports jeunes-vieux se passerait nécessairement comme dans mon livre.

Allan : Sans la dévoiler, la fin laisse planer l’éventualité d’une suite : voulais-tu simplement faire une ouverture sur l’avenir avec un – petit – peu d’espoir ou as-tu déjà des idées pour poursuivre avec une seconde partie ?
Maia : Je ne pense vraiment pas écrire de suite. On m’a posé la même question pour Dehors les chiens parce que j’aime les portes entrouvertes. En tant que lectrice, j’aime qu’on me laisse de l’espace. Quand j’écris, j’essaie d’en laisser. Ensuite, on ne peut jamais dire jamais… Mais franchement, cette histoire, elle est terminée. Je la porterai toujours un peu dans ma tête. Et tant mieux. Maintenant, il me reste d’autres thématiques à explorer, d’autres mondes à créer. Au boulot.

Allan : As-tu d’autres projets dont tu voudrais nous parler ?
Maia : Euh, des tonnes ! Je sors deux livres en janvier : un sur l’art de rester célibataire (Le guide du râteau, éditions Fluide Glamour), un sur les sites de rencontre (collection Osez chez la Musardine). Je prépare aussi un livre sur le pénis, pour faire suite à celui sur le clitoris paru en 2008. Côté BD, il y aura Péchés Mignons 4 à la rentrée 2010 avec Arthur de Pins, et une nouvelle série pour Spirou en 2011 avec Jean-Paul Krassinsky. Les autres projets ne sont pas signés, donc je me retiens d’en parler. Les idées ne manquent pas. J’espère vivre assez vieille (!) pour tous les mener à bien.

Allan : Le Mot de la fin sera :
Maia : Je voudrais participer à la construction d’un monde meilleur qui arriverait de mon vivant, alors aidez-moi, bande de nouilles 🙂

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