Interview : Pierre Grimbert

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Réalisée par :mail
Date :février 2004
Son actualité est très chargé avec la sortie du troisième volet de La Malerune (en collaboration avec Michel Robert) ainsi que la création de sa propre maison d’éditions – Les éditions Octobre – dont la première parution sera la suite du secret de Ji… Pourtant, Pierre a très gentiment accepté de répondre à quelques unes de nos questions et nous l’en remercions…

Allan : Bonjour Pierre Grimbert et merci d’avoir accepté de répondre à nos quelques questions…

Pierre : Bonjour ! Et bien sûr, tout le plaisir est pour moi…

Allan : Avant tout, j’aimerais savoir ce qui t’a poussé dans la direction de la fantasy et si tu as des « mentors » dans ce domaine ?

Malerune
Pierre : La fantasy a énormément d’attraits à mes yeux (heureusement !) S’il faut mettre l’une de ses qualités en avant, j’évoquerais l’immense sentiment de liberté qu’elle procure. Les personnages, même écrasés par le destin, précipités au cŒur d’événements qui les dépassent, n’en restent pas moins libres de leurs faits et gestes, capables de renverser des situations désespérées… À quelques exceptions littéraires près, bien sûr ! Et si par « mentors », vous parlez d’inspirateurs, je citerais le trio Vance, Moorcock et Leiber, fièvreuses lectures de jeunesse.

Allan : Puisqu’on en est aux questions « personnelles », quand et comment s’est fait ta première rencontre avec le monde de l’édition ?

Pierre : Tout à fait classiquement… mais avec beaucoup de chance. Après avoir achevé la rédaction de « Six héritiers », j’ai envoyé le manuscrit à une poignée d’éditeurs dont j’avais relevé les adresses. Sept jours plus tard, Stéphane Marsan (depuis co-fondateur de Bragelonne) me téléphonait pour m’annoncer l’intérêt des éditions Mnémos ! Le reste s’est fait avec une délicieuse facilité…

Allan : Le livre qui t’as fait connaître aux yeux du public est sans conteste Le Secret de Ji (paru en quatre volumes aux éditions Mnemos et réédité l’année dernière chez J’ai Lu) ; t’ attendais tu à un tel succès lors de l’écriture de l’histoire ?

Pierre : À l’époque, la seule idée d’être peut-être édité un jour suffisait à nourrir mes espoirs ! Alors, non, bien sûr, je ne m’y attendais pas. Mais « le Secret de Ji » n’a pas non plus été un raz-de-marée commercial. Ses ventes se sont étalées dans la durée, par le bouche à oreille, la passion de quelques libraires ou critiques… ce qui, à mes yeux, est bien plus satisfaisant qu’un gros « coup » réalisé par matraquage publicitaire.

Allan : Ce livre a été primé ; est-ce quelque chose d’important pour toi ?

Pierre : Franchement, c’est très important. Surtout quand le prix reçu est le résultat d’un vote des lecteurs… J’ai constamment besoin d’être rassuré dans ce que je fais, écriture ou autre activité. S’il ne se trouvait pas quelques dizaines de personnes au moins pour trouver du plaisir dans mes textes, eh bien, je crois que je n’oserais plus écrire, tout simplement ! Je rêve d’univers de fantasy pour mon propre plaisir, mais j’écris en espérant toucher les autres. Alors, quand une poignée de lecteurs, adultes ou enfants, choisit votre texte en particulier pour lui décerner un prix littéraire, vous vous dites que vos rêves ne sont pas si éloignés de ceux de vos voisins, et que vous avez raison de continuer à raconter des histoires…

Allan : Puisque la période le veut aussi, peux-tu nous parler de La Malerune (dont le troisième volume est paru au mois de février aux éditions Mnémos) : quel était le but recherché lors de l’écriture de ce cycle ? Quelles différences avec Ji étaient recherchées ?

Ji
Pierre : Ce n’est plus un scoop : « la Malerune » était conçue à l’origine comme une série jeunesse, sans fin programmée. Mnémos ayant dû changer ses projets, on m’a proposé d’en faire un cycle adulte, dans la lignée du « Secret de Ji ». J’ai ainsi apporté quelques modifications à mon histoire initiale, tout en conservant ce qui devait faire (à mes yeux) l’intérêt de la série : un univers vaste, avec de nombreux peuples intelligents, et une magie toute particulière, le pouvoir runique, si puissant qu’il est à la base même de l’existence de ce monde.
À la parution du premier volume, j’étais soulagé de constater que les lecteurs acceptaient « la Malerune » comme une nouvelle Œuvre originale. Après avoir passé plus de deux ans à développer l’univers du « Secret de Ji », je me demandais s’il me serait possible d’imposer un nouveau monde, de nouveaux personnages…

Allan : Est-il indiscret de te demander pour quelle(s) raison(s) tu as préféré confier l’écriture de la suite à Michel Robert ?

Pierre : Une accumulation de circonstances particulières ont amené à cet énorme retard dans la sortie du deuxième volume. Avec les éditions Mnémos, nous avions déjà évoqué la possibilité de faire reprendre le cycle par un autre auteur, sans pour autant programmer la chose. Mais Mnémos a un jour trouvé la perle rare en la personne de Michel, et après quelques échanges à trois, nous sommes tous tombés d’accord. Maintenant que le cycle est achevé, je suis particulièrement heureux des choix que nous avons faits !

Allan : La cohésion dans l’histoire est malgré tout maintenue tout au long des trois volumes : comment réussit-on une telle prouesse ? Cela s’est-il fait sans mal et n’as-tu pas eu des regrets de ne pas l’avoir poursuivi ?

Pierre : J’aurais belle mine d’avoir des regrets ! Personne ne m’a forcé la main. Quant au passage de relai, il s’est réalisé dans les meilleures conditions possibles. Nous avons beaucoup communiqué avec Michel. Dès le départ, il était très motivé et avait un réel attrait pour l’univers. Je lui ai adressé l’ensemble de mes notes remises en forme, il m’a apporté ses commentaires… Très vite, il est apparu que nous étions sur la même longueur d’onde. À partir de là, je n’ai plus eu grand-chose à faire, si ce n’est découvrir chaque nouveau chapitre avant tout le monde !

Allan : Tu as choisi de te consacrer plus à la littérature jeunesse ; qu’est ce qui t’a poussé dans cette voie ?

Pierre : Les surprises du destin ? J’avais quitté mon travail salarié pour me consacrer à « la Malerune » en série jeunesse. Quand le projet a été modifié, je me suis vite retrouvé confronté à des préoccupations financières… À la même époque, coup sur coup, deux éditeurs m’ont proposé d’écrire dans leurs collections jeunesse : Bayard et Degliame. J’ai foncé, pour conserver mon nouveau statut « d’artiste », et aussi par réel intérêt pour cette forme de récit.

Allan : L’écriture à destination d’un jeune public te semble-t-elle plus compliquée ou alors plus facile ? Le public n’est-il pas plus difficile ?

Pierre : L’écriture elle-même est plus difficile à mes yeux, pour deux raisons : le calibrage étroit des collections oblige à être très concis, et la différence de niveau des lecteurs demande un important travail sur le vocabulaire. En revanche, le public est très agréablement sincère dans ses appréciations. En exagérant un peu, à 10 ans, le livre, soit tu l’aimes, soit tu l’aimes pas. C’est très rafraîchissant…

Allan : Parlons maintenant de ton actualité : tu as décidé de créer ta propre maison d’édition (Les éditions Octobre). Peux-tu nous dire quels raisons t’ont poussé à le faire ? et quels critères seront retenus pour le choix des auteurs ?

Pierre : L’idée de créer les éditions Octobre a grandi en même temps que le projet d’écrire la suite du « Secret de Ji ». Plusieurs éditeurs étaient prêts à accueillir cette suite dans leurs collections, mais j’avais envie de porter le projet à bout de bras, de choisir les illustrations, la maquette… Par ailleurs, j’aimais bien l’idée d’avoir une activité annexe à l’écriture, même si les deux sont très étroitement liées. Ma compagne, Audrey Françaix, également écrivain, avait les mêmes aspirations. Nous nous sommes dit, pourquoi pas ? Notre but premier est d’aller plus loin dans le processus de création de nos romans, pas de conquérir des parts de marché sur les linéaires. Nous publierons peu de titres, mais avec beaucoup de passion. Et nous n’avons pas vocation de découvreurs de talents. D’autres éditeurs font cela bien mieux que nous !

Allan : Ta première publication sera donc la suite (tant attendue d’ailleurs) du Secret de Ji : peux-tu nous en dire un peu plus sur cette suite, sur les personnages…

Pierre : Il s’agit d’un nouveau cycle intitulé « les Enfants de Ji », et dont le premier tome a pour titre « le Testament oublié ». L’histoire fait directement suite au « Secret de Ji » des éditions Mnémos, avec un décalage d’une vingtaine d’années dans le futur. J’y raconte donc l’histoire des personnages cités à la toute fin du premier cycle, et qui sont, en fait, les enfants des héros… Les vétérans eux-mêmes ne sont pas oubliés, et jouent un rôle très important dans l’intrigue. On apprendra notamment ce qu’ils sont devenus après la fin du « Secret » !

Allan : Je ne sais pas si tu as eu le temps de visiter Fantastinet ; dans le cas où tu l’as fait, qu’en as-tu pensé ?

Pierre : Je connaissais déjà Fantastinet, bien sûr. Je surfe beaucoup, et je ne pouvais pas manquer le site ! Je trouve que l’esprit qui y règne est très sympathique ; par ailleurs, on sent vraiment le côté passionné des rédacteurs. Internet a vraiment quelque chose de magique, quand il relie ainsi auteurs, lecteurs, critiques et curieux !

Allan : Veux-tu rajouter quelque chose avant que nous nous quittions ?

Pierre : Que les amateurs de fantasy fassent un bon accueil aux éditions Octobre ! « Le Testament oublié » sort le 15 juin, mais il est possible de le pré-commander sur le site www.ed-octobre.com… À bon entendeur, salut !

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