Interview : Thierry Iochem

Réalisée par :mail
Date :novembre 2005
Le Pénitent du Diable a bénéficié en octobre d’une réédition ; Nous l’avions chroniqué et apprécié dès sa première parution, une occasion pour nous de rattraper notre retard et d’interviewer l’auteur de ce thriller tout juste fantastique 😉
Allan : Thierry Bonjour et merci d’avoir accepté de répondre à quelques unes de nos questions.
Thierry : Bonjour, tout l’honneur est pour moi…

Allan : Avant toute chose, je te demanderais, si cela ne te dérange pas, de te présenter.
Thierry : J’ai 32 ans et toutes mes dents. Enfin, je crois… Ce dont je suis sûr, par contre, c’est que j’ai toujours adoré écrire. A l’école, le français était ma matière préférée car c’était pour moi l’occasion d’écrire des rédactions où je laissais libre cours à mon imagination. Puis les années ont passé. J’ai continué d’écrire, jusqu’à en faire mon métier, à savoir journaliste. Souvent, je me dis que de toute façon, je ne sais rien faire d’autre…Au Moyen Age, j’aurais sans doute été écrivain public !

Allan : Quels sont les influences que tu reconnaîtraient ?
Thierry : Je lis une cinquantaine de livres par an, tous domaines confondus. La science-fiction et le fantastique occupent bien sûr une place de choix dans mes lectures, mais j’aime m’ouvrir sur d’autres genres. Les aventures du moine Cadfaël de la Britannique Ellis Peeters, ou bien celles de l’inquisiteur Nicolas Eymerich de l’Italien Valerio Evangelisti, ont sans conteste influencé ma décision d’écrire Le Pénitent du Diable. Mon livre culte reste néanmoins Le Maître des Illusions, signé par l’Américaine Donna Tart. Elle a mis huit ans à l’écrire…mais le résultat est là.

Allan : Comment s’est passé pour toi le cheminement depuis le début de l’écriture jusqu’à la publication ? As-tu réussi facilement à te faire éditer ?
Thierry : J’avais vaguement l’idée d’une histoire. J’ai commencé par écrire tout ce qui me passait par la tête sur des bouts de papiers que je rangeais dans une boîte à chaussure. Une fois la boîte pleine, je l’ai vidée et me suis aperçu qu’il y avait assez d’éléments pour écrire une histoire. Il m’aura fallu plus de temps pour trouver un éditeur que pour écrire ladite histoire. Mais bon, comme je suis plutôt du genre obstiné, cela a fini par payer… Pour mon dernier livre, j’ai rencontré Franck Guilbert, qui dirige les éditions Nuit d’Avril, à un salon du livre à Metz et le courant est plutôt bien passé. Comme quoi le « feeling » est important. Il ne suffit pas d’envoyer sa prose par la poste…

Allan : As-tu eu, avant le Pénitent du Diable, d’autres publications ?
Thierry : Mon premier livre, Les Dessous de l’Iceberg, a été publié chez les Editions Lettres du Monde, un éditeur généraliste basé à Paris. C’est un « polar-fiction », autrement dire un livre à mi-chemin entre le thriller et la SF. L’histoire se passe dans un futur proche où les grandes puissances utilisent des messages subliminaux à travers des images virtuelles afin d’asseoir leur domination. Je crois que c’est toujours d’actualité, dix ans après l’avoir écrit…Un producteur américain s’était montré intéressé pour le porter à l’écran mais finalement ça ne s’est pas fait, pour des raisons financières. Une autre fois, peut-être ?

Allan : Passons maintenant à ton actualité puisque le Pénitent du Diable, vient d’être réédité par les Editions Nuit d’Avril… Qu’est ce que cela signifie pour toi ?
Thierry : Cela signifie que les livres publiés par Nuit d’Avril seront désormais disponibles dans les grandes librairies dans tout l’Hexagone, et même au-delà de nos frontières dans des pays comme la Suisse ou la Belgique. Ce sera enfin l’occasion de toucher directement le grand public et de savoir s’il est intéressé par la littérature fantastique et gothique, qui longtemps est restée l’apanage des seuls anglo-saxons. C’est aussi le moyen de mettre une fois de plus en valeur le travail de notre illustratrice Michelle Blessemaille qui a retouché les couvertures.

Allan : Ton récit met en avant l’histoire d’un moine – défroqué – suite aux évènements qui va tenter de chercher la vérité quand à un meurtre qui s’est déroulé juste après son ordination : pourquoi le choix d’un « héros » engagé religieusement ?
Thierry : Mon premier livre, sans être autobiographique, mettait en scène un journaliste de mon âge. Pour le « Pénitent du Diable », j’ai préféré opter pour un personnage aux antipodes de ce que je suis, à savoir un moine bénédictin qui a fait vŒu de chasteté, de pauvreté et de silence ! Comme certains acteurs qui choisissent des rôles en fonction de leur difficulté, je pense que certains écrivains prennent un réel plaisir à « changer de peau ». J’en fais partie… Ainsi, lors d’un salon à Provins, je me suis carrément déguisé en moine, soutane et missel à l’appui. Mais rassurez-vous, je n’irai pas jusqu’à vous chanter le Pater Noster, cela vaut mieux pour vos oreilles !

Allan : Le récit est court et mené tambour battant, tu ne voulais pas trop rallonger l’écrit pour conserver l’essentiel ?
Thierry : Cela fait partie de mon style. J’exècre les longs discours, les descriptions interminables, et pour être sincère je n’ai jamais été un admirateur de Proust. Mais bon, il en faut pour tous les goûts….J’aime les livres qui se lisent d’une traite, c’est pourquoi j’essaie de travailler l’articulation entre les différents chapitres, notamment leur chute, pour que le lecteur ait envie de tourner les pages du chapitre suivant, puis du chapitre suivant, puis…. Enfin, vous voyez ce que je veux dire.

Allan : J’indiquais dans ma critique, datant de la première parution, que l’ensemble pouvait révéler totalement du policier et que le côté fantastique pouvait être « détourné » : est-ce un effet volontaire ?
Thierry : Je pense que certains livres se situent au carrefour de plusieurs genres, et que le Pénitent du Diable en est un exemple, d’où la déroute de certains lecteurs. Il n’est pas rare que des adeptes de fantastique me reprochent d’avoir écrit un polar, tandis que dans le même temps des amateurs de livres policiers et de thrillers me cataloguent comme un auteur SF ou fantastique. S’il y a le salé d’un côté et le sucré de l’autre, alors disons que j’ai opté pour le salé-sucré au risque de surprendre quelques papilles gustatives…

Allan : Quel est la suite des évènements pour toi : as-tu d’autres histoires sous le coude ?
Thierry : J’ai eu de nombreuses réactions sur Le Pénitent du Diable en provenance de la communauté gothique qui pensait que la description que je faisais de ce mouvement était une caricature. Or, je n’y consacre que quelques lignes sur 150 pages. Moi-même ayant évolué dans ce milieu, je n’avais aucunement l’intention de décrire un mouvement aussi riche et complexe qui à lui seul demanderait un livre entier. Constatant l’intérêt suscité par le sujet, cela m’a donné l’envie de situer l’action de mon prochain livre dans le milieu goth, avec cette fois-ci les développements nécessaires…et comme d’habitude, une pointe de fantastique.

Allan : Nous as-tu rendu visite et si oui, que penses-tu de notre site ?
Thierry : Je pense que le site de Fantastinet est une invitation à la lecture d’Œuvres d’anthologie mais aussi et surtout de livres fantastiques contemporains de jeunes auteurs francophones qui n’ont pas toujours les moyens d’être visibles auprès des grands médias. Ces derniers se montrent toujours frileux dès lors que l’on sort des sentiers battus de la littérature classique…

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