Interview : Xavier Spinat

Réalisée par :mail
Date :février 2006
Nous vous avions promis que nous proposerions des interviews aussi bien d’auteurs que de traducteurs et d’illustrateurs, alors voici une interview de Xavier Spinat, merci à lui pour son accueil 🙂

Allan : Tout d’abord, accepterais-tu de te présenter à nos visiteurs, car les traducteurs sont malheureusement souvent oubliés ?
Xavier : En quelques mots, j’ai été (et je reste) un gros lecteur avant d’être un traducteur. J’ai commencé par lire énormément en anglais, puis j’ai eu la chance de faire une thèse en mathématiques dans un milieu universitaire très international, ce qui m’a obligé à maîtriser l’anglais à un niveau avancé.
En parallèle d’autres activités, j’ai eu l’occasion, d’abord un peu par hasard, puis par goût, de travailler comme traducteur sur des projets souvent passionnants.
Je suis game-designer et je travaille donc avant tout pour l’industrie du jeu, et du jeu vidéo en particulier. Mais pendant une période, entre deux emplois stables, j’ai consacré plusieurs mois à la traduction. C’est un travail qui m’a beaucoup plu, mais c’est aussi une activité un peu trop solitaire à mon goût. Je continue la traduction en parallèle de mon boulot de game-designer, mais j’ai besoin d’un emploi qui me permettre d’avoir un peu plus d’interactions sociales.

Allan : Quels sont en tant les auteurs que tu apprécies particulièrement ?
Xavier : J’ai traduit des oeuvres de Catherine Asaro, Robin Hobb/Megan Lindholm et Charles Stross : ce ne sont pas mes auteurs favoris, ne serait-ce que parce que le fait de les gérer « professionnellement » change un peu la donne et force une appréciation plus mesurée et moins irrationnelle, mais ces auteurs ont forcément une place particulière dans mon cŒur et j’ai une idée assez précise (selon moi en tout cas) des qualités de leurs Œuvres. J’espère d’ailleurs que mes traductions ont conservé et défendu ces forces que j’ai senties dans ces livres.

Sinon, je lis beaucoup et j’apprécie de nombreux auteurs. Je suis particulièrement fan de Chuck Palahniuk, un grand auteur à découvrir absolument. Mon cycle de littérature imaginaire préféré est The Gap Cycle de Stephen Donaldson (l’excellent cycle des seuils, qui est en train de sortir en VF chez Mnémos). J’ai relu les 5 tomes au moins quatre fois chacun… C’est vraiment ma série préférée, une des rares que j’ai trouvé maîtrisée du début à la fin, même si, hélas, les premiers tomes sont les plus faibles (mais on sent l’auteur progresser et affirmer son style).
Cela dit, j’essaie de lire régulièrement un peu de tout en fantasy et SF (principalement des auteurs anglophones). J’aime bien Walter John Williams, David Farland, James Clemens et Gregory Keyes.
Je lis aussi pas mal de comics (et quelques manga), mais je n’insiste pas trop pour ne pas choquer ceux qui estiment que c’est tout sauf de la littérature.

Allan : Traduis-tu uniquement des Œuvres de littératures imaginaires ? Et si oui, pourquoi ce genre plus particulièrement ?
Xavier : Je n’ai traduit que des Œuvres de littérature imaginaire et des règles de jeux (de rôle ou de plateau). Pourquoi ? Et bien parce que je ne suis pas vraiment traducteur « professionnel ». Je suis venu à cette activité plus par passion qu’autre chose et ce sont, très naturellement, les Œuvres que je lisais et aimais que j’ai été amené à traduire.

Allan : Quand tu lis un livre, préfères tu le lire en vo pour mieux percevoir les nuances, en français ou les deux pour comparer ?
Xavier : Je préfère généralement lire en VO, quoi que j’aie plaisir à lire parfois des traductions pour voir comment certains termes ou certains passages ont été traités. Mais j’aime aussi beaucoup lire des auteurs français pour profiter de leur prose et de leur style plus directement en prise avec notre belle langue.

Allan : D’ailleurs quand tu traduis, préfères-tu apprécier le livre ou traduire un livre qui ne te plait pas ne te pose aucun problème ?
Xavier : Je ne pourrai pas, je pense, traduire bien un livre pour lequel je n’ai aucune affinité. C’est quand même un travail de fond avec un texte, on s’en occupe pendant plusieurs jours en se focalisant dessus. Mais bon, j’ai la chance de ne pas faire de traduction pour en vivre, donc je peux me permettre de choisir ce qui me plaît et de refuser le reste.

Allan : Alors, question rituelle que je pose aux traducteurs : n’as-tu pas peur lors de la traduction de trahir l’esprit du livre ?
Xavier : Je n’ai pas peur. Il faut le faire, c’est tout. Quand je traduis, j’essaie avant tout de penser à ceux qui, sans traduction, ne découvriraient jamais le texte que j’ai sous les yeux. Je trouve vraiment injuste de pénaliser les gens et leur accès à l’imaginaire sur la base de leur maîtrise ou non de telle ou telle langue : le traducteur doit jouer le rôle de passerelle et porter au mieux le texte vers ceux qui ne pourraient pas le trouver, le comprendre autrement. C’est toujours une trahison, mais c’est une trahison nécessaire, et souvent guidée par de belles envies. Bien sûr, dans l’idéal, tout le monde comprendrait tout le monde… mais le traducteur doit parvenir à partager un peu de ce qu’il sent et ressent d’une autre langue pour entraîner un public vers un texte.

Allan : Quand tu lis des critiques élogieuses, notamment sur le style, sur un livre que tu as traduit, te sens-tu responsable – tout au moins en partie – du succès du roman ?
Xavier : Je ne traduis pas pour les critiques, et je ne les cherche pas spécialement. Les commentaires qu’on m’a rapporté, élogieux ou non, ne me paraissent qu’assez peu se rattacher à moi ou à mon travail. Je pense qu’un traducteur peut être responsable d’un échec, car il peut torpiller un texte. Mais je ne crois pas qu’il soit au cŒur de la réussite d’un roman : si le texte trouve son public, c’est avant tout grâce à l’auteur et l’éditeur. Le traducteur, s’il a bien travaillé, n’est qu’un rouage invisible.

Allan : N’est-ce pas au final un peu frustrant quelque part de se dire que les lecteurs oublient le travail du traducteur ?
Xavier : Je pense que c’est une règle du jeu qu’on accepte à la base : avant de travailler dans le jeu de rôle, je ne regardais pas les noms des auteurs de jeu de rôle. Avant de travailler dans la traduction, je ne m’intéressais qu’assez modérément aux noms des traducteurs. Qui connaît les noms des scénaristes de films ? Dans beaucoup d’Œuvres, il y a, que ce soit juste ou non, des collaborateurs oubliés, quelle que soit l’importance de leur rôle.
Moi je ne fais pas ça pour que les gens s’extasient sur « mon travail ». Je fais ça parce que j’aime traduire et parce que j’aime que les textes rencontrent leur public. Alors je trouve ça normal que mon nom soit inconnu des lecteurs.

Allan : Est-ce qu’écrire un livre à toi est quelque chose qui te titille ?
Xavier : Oui et non. J’écris. Beaucoup même, mais pas vraiment en vue de publication. J’ai un peu dépassé certains challenges « d’auteurs », ou un besoin absolu de partager mes textes avec un public. De ce côté, je n’ai pas de besoins existentiels ou pressants. J’ai par contre un besoin de création que je remplis déjà pas mal en concevant des jeux et des univers, dans mon travail ou dans mes loisirs. Pour l’écriture la plus littéraire, les nouvelles, romans et autres, je ne me sens vraiment pas absolument obligé de passer par là pour accomplir quelque chose. Je respecte et même admire certains auteurs qui ont ce besoin de bâtir une « Œuvre ». Moi, je n’en suis pas là pour l’instant.
Cela dit, on verra. Si je trouve un projet qui me motive, je le porterai sans doute.

Allan : Quelles sont tes prochaines traductions à venir ?
Xavier : Rien d’écrit dans le marbre actuellement. Ça dépendra beaucoup des opportunités qui s’offrent à moi. Ça sera peut-être plus orienté vers le jeu que vers le roman, cela dit…

Allan : Nous as-tu rendu visite et si oui que penses tu de notre site ?
Xavier : Je surfe assez peu sur les sites consacrés aux livres, bien que je sois un fan de fantasy et de SF, car j’ai déjà beaucoup à faire pour suivre l’actualité du jeu et du game-design pour mon travail.

Allan : Que peut-on te souhaiter pour la suite ?
Xavier : Plein de bonnes choses et de beaux projets sur tous les fronts. Une bonne santé. Un nouvel appart. Des lectures captivantes.

Allan : Un dernier mot peut être ?
Xavier : Bon courage pour la suite de vos activités !

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