Je suis une légende

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Chaque jour obéit à une routine monotone pour Robert Neville, il doit réparer ses défenses, veiller au bon état de sa maison, l’approvisionner, et aussi chasser ses assaillants, qui sont obligés de dormir pendant le jour, seul moment où ils sont vulnérables. Et quand le soleil se couche, ils se réveillent et tentent de le faire sortir. En vain, car sa maison est protégée par des croix et de l’ail, car, Neville doit se l’avouer, ses adversaires sont des vampires. Lui, simple citoyen américain, est le seul survivant d’une effroyable épidémie qui a transformé la population mondiale en vampires, mais pas lui. Alors, il cherche à se défendre, à preserver la dernière trace de l’humanité disparue.
Mais la solitude lui pèse, il est le dernier, il n’a ni compagnon avec qui parler, ni femme à aimer, sa douleur est immense. Et chaque nuit, la tentation est grande d’ouvrir la porte pour les rejoindre, assouvir ses envies lubriques avec les femmes vampires, se noyer dans la masse des suceurs de sang. Et pour y résister, il se noie dans l’alcool, seul remède assez puissants pour lui permettre d’oublier. Jusq’au jour où il se met en tête de chercher les causes de cette épidémie, et à essayer de comprendre pourquoi les pieux, l’ail et les croix peuvent tuer les vampires.

Impératrice Moa : Il s’agit d’un roman de situation dont le résumé raconte quasiment tout, vu que l’action est loin d’être la caractéristique première de l’ouvrage. Robert Neville est le dernier survivant de la race humaine dans un monde envahi par les vampires. L’avènement de ces derniers serait le résultat d’un virus ou d’une bactérie.
Entre les molles attaques de vampires, la vie rythmée par les verres de whisky, les rencontres passagères avec des êtres vivants, la vie de Robert Neville s’écoule tranquille, et la lecture du roman fait de même. Pas de peur, peu d’empathie avec Bob.

Les vampires ne ressemblent pas à des vampires, mais à des zombies. Pas d’intelligence plus fine, pas de rapidité de mouvement, pas d’esprit malin. Juste des zombies qui se nourrissent de sang. L’utilisation du terme “vampire” semble alors un peu abusive, si ce n’est pour créer une certaine ambiguité : qui est la légende ? le vampire ou l’humain ? (ambiguité résolue très vite, sans besoin d’attendre la fin du roman).

Les recherches que fait Robert sur les vampires sont surprenantes : une plongée dans la mythologie puis dans les sciences. Pour un homme qui allait tout les jours à l’usine durant sa vie d’avant l’épidémie, sa compréhension apparemment très facile de la subtilité de la biologie du sang et du fonctionnement des bactéries est tout simplement énorme. La tentative de rationnalisation m’a semblé étrange, tout comme le fait de rester enfermé chez soi au lieu de partir à la recherche d’autres humains. Dans des conditions de vie aussi extrêmes, le deuil de trois ans n’est pas très plausible.

Le sentiment de solitude apparaît très tard et à doses homéopathiques. Or, il semblerait que ce soit le thème majeur du roman. Virginia, sa femme disparue lui manque, certes. Sa fille Kathy aussi, mais elle lui manque moins que sa femme.
Le personnage de Ben Cortman est censé aider à développer le thème de cette solitude, mais à part un sursaut final, ses appartitions sont quelque peu anecdotiques. Une ultime tentative de se raccrocher à des élements de la vie d’avant ?
Il y a de bons éléments dans ce roman, mais je n’ai pas réussi à vibrer avec le personnage.

Ce n’est certainement pas grâce à ce roman qu’on poura dire que Matheson est un grand styliste. Phrases courtes, tendance sujet + verbe + complément, c’est un peu sec. Un peu spartiate. Cela rend cependant le tout très facilement lisible, fluide. Le roman est particulièrement linéaire et fait d’avantage penser à une grosse nouvelle “variation sur un thème” qu’à un ouvrage construit.

Orcusnf :
Je ne serai pas aussi sévère que l’impératrice sur ce roman. N’oublions pas que, publié en 1954, ce roman obéissait aux critères de l’époque. Or, les romans étaient alors courts, certains devant faire environ 6000 lignes (éditions Ace), et simples. C’était l’âge d’or de la Sf certes, mais aussi celui de la simplicité de l’histoire, de la compréhension immédiate, sans efforts. Et le roman va dans ce sens, proposant une vision originale, inédite, mais qui ne demande pas de connaissances extraordinaires, même en biologie.

De surcoît, il faut constater aussi que ce livre a eu de nombreux échos dans la littérature du genre, et plus généralement dans les liens entre le fantastique et la science fiction. Ainsi l’explication du vampirisme par une épidémie n’est pas sans rappeler la contamination des humains dans les films de Romero sur les Zombies, ainsi que sur une partie de ces films d’horreur. On ne peut donc pas négliger son apport essentiel.

En outre, ne nous leurrons pas, il y a révolution du genre. Matheson est au départ un écrivain fantastique, publié dans les collections SF. Et comment a t’il réussi ce joli tour de passe-passe ? Tout simplement en s’adaptant. Nous sommes loin de la Dark Fantasy de Smith ou de Lovecraft, il a réussi à plonger le fantastique, domaine irrationnel par définition, dans la logique de la SF. Et le résultat n’est pas choquant, les fans de fantastique s’y reconnaitront, ainsi que ceux de SF, car la symbiose des deux genres est harmonieuse. Matheson reprend tous les stéréotypes des vampires et les assaisonne à la sauce SF sans les dénaturer, nous retrouvons tout les clichés sur leur nature, tous les lieux communs sur les moyens de les exterminer, etc. Et c’est plausible, car expliqué, sans être détaché de la nature fantastique de la chose.

Enfin, ce roman est aussi une très bonne parabole sur l’homme et sa place dans la société. Le titre “Je suis une légende” résume tout cela en quatre mots, qui ne veulent d’abord rien dire, mais acquièrent tout leur sens au fil de l’histoire, jusqu’à en devenir incontournable. Si on ne comprend pas au début, à la fin du livre, on ne peut plus se dire que oui, Robert Neville est une légende. Et ça c’est merveilleux.

Après oui le personnage est surprenant d’intelligence, oui il y a des facilités scénaristiques, oui le style n’est pas extraordinaire, non la solitude n’est pas homéopathique. Elle a été justement instillé au fur et à mesure, lentement, jusqu’à grossir en ampleur et devenir un élément incontournable de sa vie quotidienne. On ne remarque pas la gêne, puis elle devient de plus en plus visible, jusqu’à former sa…légende. Mais en dépit de ces quelques défauts, à l’aune de tout ce qu’a apporté ce roman, je pense qu’on peut aisément lui pardonner, voire les négliger, et dire, sans exagérer que ce roman est une légende.

Etienne :
Si ce roman paraissait maintenant il le serait sûrement comme nouvelle. J’ai peur qu’il ne serait pas considéré comme ayant assez de matière pour un roman. Et cela en fait un roman assez reposant, pas très complexe, mais basé sur quelques idées fortes.
Mais je rejoins Orcus sur le fait que les idées de ce roman sont assez fortes pour en faire un des fondamentaux de la SF, un must-have pas bouleversant, pas passionnant, mais un très bon moment de lecture.

Chaque jour, il doit organiser son existence solitaire dans un cité à l’abandon, vidée de ses habitants par une étrange épidémie. Un virus incurable qui contrait les hommes à se nourrir de sang et les oblige à fuir les rayons du soleil…
Chaque nuit, les vampires le traquent jusqu’aux portes de sa demeure, frêle refuge contre une horde aux visages familiers de ses anciens voisins ou de sa propre femme.
Chaque nuit est un cauchemar pour le dernier homme, l’ultime survivant d’une espèce désormais légendaire.

Folio SF 230 pages 4.00 € ISBN : 2-07-041807-3
Traduction : Nathalie Serval
Titre Original : I am legend (1954)

2001

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