La Chair et l

Cycle de la Chair 1

Aunanii est venue vérifier, comme son rôle l’y oblige, la vertu de Mantii destinée au mariage dans les jours à venir. Le test sera difficile pour la jeune fille d’autant plus que la vieille femme en profite pour tester tortures et caresses… Mais au final, le village va pouvoir fêter la célébration du mariage… Dans un neuvain, après avoir été quelques temps prendre quelques cours pour “devenir femme”, Mantii reviendra et pourra prendre sa place à côté de son homme.
Profitant d’une surveillance peu efficace de son frère, Mantii part à la rencontre de son promis, légèrement inquiété par le chant des oiseaux, annonciateurs de malheurs. Après une dispute, elle retrouve son amie d’enfance qui lui donne elle aussi quelques conseils… Jusqu’à ce qu’elles prennent conscience de l’insoutenable silence qui règne.
Mantii retourne au village pour y retrouver mort et désolation, pire, elle sera capturée par les chefs des barbares et devra sacrifier sa virginité pour avoir une chance de revoir ses soeurs.
Elle comprendra alors que son corps peut devenir sa meilleure arme…

Allan : Première étape réussie pour la jeune auteure qui arrive à montrer avec un certain panache que l’Erotic Fantasy n’est pas une simple oeuvre érotique mais bien une histoire.
Le sexe est bien entendu présent, mais uniquement comme arme ; qu’on se le dise, la jeune Mantii, qui est bien loin d’être aussi naïve qu’on pourrait le supposer au prime abord, va payer de sa personne pour réussir à retrouver les siens (puisque c’est son but dans un premier temps) et pourquoi pas se venger du mal fait à son peuple.
Au delà de la démonstration – si besoin était – que la femme n’est pas simplement un “outil” ou un “objet sexuel” comme le pensent les barbares mais aussi une guerrière potentielle, c’est une réelle leçon d’humilité que nous devons ressentir nous les mâles : certes la belle se fait violer par Krel mais on sent dès le départ que, si ce n’est pas le cas sur le domaine purement physique, Mantii domine moralement son agresseur prenant un ascendant certain… Et j’attends de voir la suite !
Audrey va-t-elle poursuivre dans le message féministe, et laisser son héroïne se débrouiller toute seule ? Mystère…

Edwige : ” De l’erotic-fantasy ! ” m’a dit mon libraire avec un air gourmand, en me tendant le roman d’Audrey Françaix. Un roman érotique au pays des lutins et des dragons ? L’idée m’a paru séduisante. J’ai acheté le livre.
Il est plutôt malaisé de rentrer dans ce roman, de s’imprégner de cet environnement. Pendant une longue partie de l’histoire, le lecteur se trouve confiné dans une tribu barbare, fait connaissance avec deux-trois personnages, et désespère d’en sortir un jour.
Cette tribu, ce sont les Atrébates (au passage, le nom est historique, il s’agissait d’une tribu gauloise), un peuple de chasseurs-cueilleurs qui tiennent beaucoup du ” bon sauvage ” de Rousseau : ils sont nus, innocents, et la sexualité chez eux est l’affaire de tous, très ritualisée.
Mantii, une jeune fille (la fille du chef, évidemment), se prépare au mariage, qui est pour son peuple une véritable initiation. Le soir de ses fiançailles, elle s’échappe dans la forêt et va badiner un peu avec son promis. Seulement, au retour, elle ne trouve plus que cendres et que flammes : les pirates Galaghels sont passés, tuant les hommes et emportant les femmes et les enfants en esclavage.
Le chef des pillards, Krel, était resté en arrière, dans le village, et il en profite pour capturer Mantii. La voilà donc embarquée pour l’Orthurie. Là-bas, elle découvre un autre univers : urbain, cruel, maritime… La cité des Galaghels est toute entière vouée aux plaisirs des hommes, et en contrepartie, la procréation est interdite. La cité survit grâce aux rapts d’enfants. Krel, le chef de la cité, va tomber amoureux malgré lui de la jeune sauvage et, contre toutes les règles de son peuple, garder le vierge auprès de lui et faire plein de cochonneries avec elle.
Ce premier tome du ” cycle de la Chair ” finit là. Les résumés que j’ai pu lire nous promettent, pour les deux autres tomes, d’autres scènes d’amour et d’autres peuplades étranges.
La composition du roman, ai-je trouvé, demeure faible : deux grandes parties, deux grands peuples, et le minimum de plausibilité, pour aller de l’un à l’autre. C’est vraisemblablement un prétexte pour amener les scènes érotiques promises.
Malheureusement, la jeune Mantii a beau faire, elle ne provoque pas l’enthousiasme. Elle me fait penser au légendaire ” Hans im Schnokeloch ” de ma région natale : quand elle veut ce n’est pas possible, et quand c’est possible elle ne veut pas. Les hommes se refusent à elle, ou c’est elle qui se refuse à eux, d’où un jeu infini sur le viol et la passivité.
Les histoires de dominant/dominé me laissent froid. Il me semble qu’un bon roman érotique évoque des situations inédites, des situations qui font rêver, fantasmer. Or, là, rien de tel : de la chair, de l’acier, et voilà.
Passons sur le caractère aviné, brutal et sournois des hommes : dans ce monde-là, ils sont tous les mêmes.
Par contre, paradoxalement, le lecteur amateur de mondes imaginaires, d’utopies et de dystopies, aura tout intérêt à se procurer le roman d’Audrey Françaix. Le cadre politique du livre, qui ne devrait être que le prétexte, est en réalité fort soigné, très riche et original. Les deux sociétés dépeintes sont horribles, et spéculent de façon très convaincante sur certains choix politiques poussés à l’extrême. La cité des Galaghels, surtout, est une vraie réussite de spéculation totalitaire : qui que vous soyez, vous y êtes malheureux, et le comportement le moins pire, pour chaque citoyen, est de tout faire pour que cette cité continue d’exister telle quelle. Audrey Françaix, dans les pages où elle évoque ce cauchemar urbain, touche véritablement à un art du dévoilement, qui démolit, l’un après l’autre, sadiquement, tout ce que le lecteur peut se dire pour se rassurer.
Et les suites de ce roman, apparemment, en promettent encore plus.

Donc, si vous êtes un(e) gros(se) obsédé(e) baveux(se), vous n’aurez peut-être pas intérêt à acheter La chair et l’acier. Si par contre vous aimez vous faire peur avec des histoires d’univers sombres, impitoyables, à l’échelle d’une société, si vous avez toujours attendu l’apparition d’un équivalent de 1984 en fantasy, il vous faut ce livre.
Je ne crois pas avoir déjà rencontré, au cours de mes lectures, une vraie histoire de ” politique-fiction-fantasy “, et encore moins sur le mode totalitaire. Pour cela, j’ai eu raison d’écouter le conseil de mon petit malin de libraire…

Demain, Mantii partira dans les Monts Incendiés pour une retraite d’un neuvain. Elle sera escortée par la sadique veuve Aunanii, chargée des rituels prénuptiaux qui transformeront la naïve pucelel en une femme digne de l’étreinte de son promis. Toute la tribu atrébate festoie à l’annonce de cette bonne nouvelle, tandis que la principale intéressée est contrainte de garder le lit, ainsi que l’exige la coutume. Mantii, impatiente d’épouser l’homme qu’elle aime, mais néanmoins terrifiée par le voyage initiatique, parvient à s’évader quelques temps en forêt. Mais lorsque la jeune fille revient au village, les danses et les rires ont laissé la place aux flammes et à l’horreur. La communauté a été victime d’une incursion des terribles barbares Galaghels. Et c’est en cherchant des survivants que Mantii est surprise à son tour par les responsables du massacre…
Octobre (Septembre 2004)257 pages 9.99 € ISBN : 2-915-62101-2 (0)
Couverture : Stéphane Poinsot

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