la Lumi

Comment arriver à sentir la douleur, la sècheresse, et la décadence d’une certaine Afrique, mise sous globe ? S’il y a une chose que Thierry Di Rollo arrive parfaitement à faire, c’est à plonger son lecteur dans une Afrique sans pitié, écrasée sous le soleil. Les personnages y sont tous des déchets humains, fascinant par leur conscience de leur être et de celui des autres. La partie « africaine » du roman est particulièrement bien rythmée, bien menée, angoissante. Parce que c’est l’Afrique toute entière qui hurle pour que meurent enfin hommes qui sont de trop sur cette terre. Le rhinocéros entouré de l’aura bleuté de la mort n’est pas sans effet. En bref, cette partie est très bien menée, quoi que n’arrivant pas à une conclusion.
A noter aussi que la présentation du passé de Dunkey est particulièrement bien mis en scène, apparaissant au fil du roman, donnant une densité admirable au personnage.

Une conclusion à la partie « Afrique » devrait apparaître dans la partie « Europe » ? Sans doute. Mais les liens semblent totalement distendu. L’enquête de Live Linder, shooter remplaçant flic, juge et jury, nous raccroche que de façon peu convaincante à l’intrigue « africaine ». La psychologie du personnage de Live apparaît dans un premier temps comme totalement improbable pour une femme, afin de se raccrocher à un réalisme qui se défends parfaitement (je sais, c’est vague et sibyllin, mais c’est pour éviter le spoile). Par contre, la « haine » de Live de sa féminité et sa recherche de ce qu’elle n’a pas, un pénis, me semble être une extrapolation freudienne absurde. Un élément de trop, à mon avis.
L’Europe ne vaut vraiment pas mieux que l’Afrique : elle aussi est montré en train de crever de misère et d’égoïsme.

Mais où est l’homme-Afrique dont parle la quatrième de couverture ? Où est le liens entre la lumière des morts, Dunkey et Live ? Les deux histoires se raccordent l’une à l’autre de façon assez laborieuses, sans donner l’ombre d’une explication à cette fameuse lumière des morts. Je trouve cela particulièrement dommage, parce que le roman est prenant et intéressant, avec du fond, une bonne construction, un talent indéniable qui transparaît dans la narration, mais il manque un lien entre Afrique et Europe.

En tout cas, ce roman à au moins attiré mon attention sur cet auteur, et donne envie d’en lire d’avantage.

L’homme-Afrique s’éveille, l’heure du carnage a sonné ! Ils sont trois. Trois épaves échouées dans un des nombreux parcs animaliers de cette Afrique en fin de course. Trois gardes dont le rôle se limite à mesurer la déchéance des animaux qu’ils sont censés protéger, sauvegarder. Il y a Bongo, qui pue comme une charogne recuite par le soleil, qui ne parle pas, ou si peu, mais qui sourit, ça oui. Il y a Lhar, l’allemand, imbibé du matin an soir, une outre d’alcool qui, bien que titubante, parvient encore à bander… Et il y a Dunkey, l’homme trouble au passé chirurgical. Un passé lancé à ses trousses, dont il mesure l’inexorable progression. Et voici qu’arrive l’Homme-Afrique, le tueur d’assassins qui, au loin, devine sa prochaine destination : cette Europe grise des blancs propres. Il est l’homme-rhinocéros, tout auréolé de cette étrange lueur bleutée que Bongo appelle la lumière des morts. Préparez-vous… Il approche. Avec La lumière des morts, Thierry Di Rollo nous entraîne au cŒur des ténèbres, au plus profond d’une Afrique moite et sur les franges d’une Europe aux âmes sèches et cassantes. Pour un voyage au bout de l’enfer…
Folio SF (Mai 2004)184 pages 12.00 € ISBN : 2-84344-041-6 Titre Original : la Lumière des Morts (2002)

Couverture : Eikasia
Le Bélial 2002

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