La Nef d

Lorsque John Kenton reçoit cette mystérieuse pierre extraite dans les ruines d’un temple babylonien, il n’a plus qu’une idée en tête : l’étudier. En la cassant en deux, il découvre à l’intérieur une étrange maquette de navire, mais, alors qu’il détourne un instant le regard, il découvre des figurines qui n’étaient pas là juste avant. Perplexe, il se penche sur le mystère et est absorbé par le navire. Quand il se réveille, il est sur le pont du navire, juste en son milieu, près du mât. D’un côté, il découvre une femme magnifique entourée de sa suite de non moins belles jeunes filles, tandis que de l’autre côté, il voit des hommes vêtus de noir et à l’air sombre. C’est alors que les deux chefs des deux groupes se métamorphosent, comme possédés par des dieux, et qu’ils s’affrontent à l’aide de pouvoirs qui dépassent l’imagination, sans réussir à vaincre. Quand la femme se dirige vers lui, Kenton disparait.

Kenton se réveille chez lui, croyant avoir rêvé, il constate alors qu’il est blessé, comme dans son rêve. Pris d’une soudaine intuition, il s’équipe du manteau et de l’épée que lui avait vendu un étranger lorsqu’il faisait des fouilles à Babylone. Il se retrouve de nouveau sur le pont du navire, où il est pris, à cause de son manteau et de son arme, pour le messager de Kabu, le dieu de la sagesse. Il est alors introduit dans la cabine de Sharane, la prêtresse d’Ishtar la déesse de la vengeance, qui possède la moitié de ce navire, propriété disputée par Klaneth, prêtre de Nergal, dieu des enfers. Il lui révèle qui il est, et ne le croyant pas, elle le chasse, il se retrouvealors prisonnier de Nergal, qui le prenant pour un espion, veut le tuer. Il doit désormais combattre pour sa vie.

Publié en 1924, la nef d’Ishtar est généralement considéré comme le chef d’oeuvre de Merritt, et plus généralement, comme un chef d’oeuvre de la fantasy, une de ces oeuvres majeures qui ont donné naissance au genre au début du 20e siècle, l’ont popularisé, et ont permis à des auteurs comme Tolkien de se rendre célèbres. Sans Merritt, son succès n’aurait peut être jamais été aussi fort.

Tout d’abord, on se rend bien compte qu’il n’y a là rien de la fantasy standardisée que nous pouvons lire au quotidien. Nous ne sommes pas dans un univers merveilleux, le héros n’est pas un surhomme, ni un élu, il ne fait pas partie d’un groupe et ne doit même pas sauver le monde. Non, c’est juste un archéologue qui découvre un artefact babylonien qui l’emmène dans un monde artificiellement créé par des dieux pour que leurs fidèles les vénèrent. Là, poussé par un troisième dieu, il va devoir départager deux autres figés dans une lutte qui dure depuis des millénaires, sans jamais évoluer ni donner l’avantage à l’un ou à l’autre. Il fera son apprentissage du combat en survivant, sans jamais être véritablement avantagé. Tout ce qu’il obtiendra, il le gagnera. Kenton évolue vraiment sous nos yeux.

Plus encore, on retrouve dès les premières lignes l’ambiance qui a fait la gloire des auteurs de l’époque comme Moore ou Lovecraft. Car ce livre n’est pas simple, la tentation est forte de décrocher dans les premières dizaines de pages, tant le style semble exagérément compliqué par rapport au sujet. Mais on se rend vite compte que ce style fait la beauté de l’oeuvre. Ca semble lourd, indigeste, mais les termes sont précis, efficaces, le décor peint avec exactitude, afin de mieux nous représenter la scène, nous la faire ressentir. Nous ne sommes pas de passage dans le livre, nous ne survolons pas le livre, nous le vivons de l’intérieur. Le lecteur d’aujourd’hui a perdu cette habitude de l’exhaustivité de la description, alors qu’elle contribue a nous plonger dans le livre. C’est une façon d’écrire que nous n’avons plus l’habitude de lire ou d’employer, bien qu’elle donne au roman une nouvelle dimension en le rendant meilleur, quoique plus complexe.

En outre, on vante les qualités de certains auteurs dans l’utilisation des religions, autant dire qu’ici, Merritt est un maître dans ce domaine. La religion est au coeur du propos, sans la dénonciation devenue un travers traditionnel de ce genre. Non, on a des dieux, bons ou méchants, et ils gouvernent les hommes selon leur bon plaisir, sachant que les hommes eux mêmes sont méchants. A nous de nous débrouiller avec ça, aucun avis sur la question, nous nous forgeons notre propre avis.

Sinon, il y a l’usage génial du retour au monde normal de Kenton, au gré du hasard ou des dangers. Un procédé narratif qui, s’il résonne parfois comme un deus ex machina grossier, permet surtout de faire rebondir l’action en lui donnant de nouvelles bases, afin de ne pas épuiser le propos et de rendre l’histoire toujours aussi palpitante. Il apporte des changements bienvenus qui prolonge, sans paraître artificiels, le déroulement de l’histoire.

Au final, la nef d’Ishtar est une fantasy qu’on peut qualifier de sword and sorcery, même si le côté sword est plus accentué. C’est une fantasy qui ne sombre pas dans la Hard Fantasy, pas de monstres ou de phénomènes inexplicables, juste cet autre monde divin, diablement efficace et convaincant. Dur à lire au départ, on est très vite absorbé par l’histoire, qui est au demeurant plutôt courte, nous montrant qu’une très bonne histoire de fantasy ne se décline pas en trois tomes de 500 pages.


Lorsque John Kenton reçoit cette mystérieuse pierre extraite dans les ruines d’un temple babylonien, il n’a plus qu’une idée en tête : l’étudier. En la cassant en deux, il découvre à l’intérieur une étrange maquette de navire, mais, alors qu’il détourne un instant le regard, il découvre des figurines qui n’étaient pas là juste avant. Perplexe, il se penche sur le mystère et est absorbé par le navire. Quand il se réveille, il est sur le pont du navire, juste en son milieu, près du mât. D’un côté, il découvre une femme magnifique entourée de sa suite de non moins belles jeunes filles, tandis que de l’autre côté, il voit des hommes vêtus de noir et à l’air sombre. C’est alors que les deux chefs des deux groupes se métamorphosent, comme possédés par des dieux, et qu’ils s’affrontent à l’aide de pouvoirs qui dépassent l’imagination, sans réussir à vaincre. Quand la femme se dirige vers lui, Kenton disparait.

Kenton se réveille chez lui, croyant avoir rêvé, il constate alors qu’il est blessé, comme dans son rêve. Pris d’une soudaine intuition, il s’équipe du manteau et de l’épée que lui avait vendu un étranger lorsqu’il faisait des fouilles à Babylone. Il se retrouve de nouveau sur le pont du navire, où il est pris, à cause de son manteau et de son arme, pour le messager de Kabu, le dieu de la sagesse. Il est alors introduit dans la cabine de Sharane, la prêtresse d’Ishtar la déesse de la vengeance, qui possède la moitié de ce navire, propriété disputée par Klaneth, prêtre de Nergal, dieu des enfers. Il lui révèle qui il est, et ne le croyant pas, elle le chasse, il se retrouvealors prisonnier de Nergal, qui le prenant pour un espion, veut le tuer. Il doit désormais combattre pour sa vie.

John Kenton, un archéologue contemporain, reçoit une sculpture babylonienne représentant le vaisseau de la déesse Ishtar. Une étrange magie s’en dégage et Kenton plonge à travers un goufre de six mille années sur le pont de la nef ensorcelée. Il est mis en présence d’une femme d’une divine beauté, “virginale de corp mais non point d’âme”. C’est Sharane, la prêtresse d’Ishtar.

Un amour fou va désormais lier ces êtres qu’un abîme de temps sépare. Entre eux se dresse le prêtre noir Klaneth, serviteur du dieu Nergal, qui vogue, lui aussi, sur la nef maudite. Car, sur ce vaisseau s’affronte les forces colossales de deux divinités anciennes pour qui les hommes du passé ou d’aujourd’hui ne sont que des pions sans importance.

J’ai Lu SF 250 pages
Traduction : Michel Deutch
Titre Original : The Ship of Ishtar (1924)

Couverture : Caza
1924

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