La V

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Les Annales du Disque-Monde 26

Monsieur des Mots, fils d’une des plus grandes familles d ‘Ankh-Morpok, mais aussi fils indigne de son père, le Seigneur des Mots n’a aucun but dans la vie. Il n’a qu’une passion, les mots, les livres, l’écriture. Cela lui permet de survivre quand même, dans une ville où un crayon est assimilé à un outil de haute technologie, les mots à de la magie, mais sans son pouvoir. En prime, il est affublé d’une tare, celle de respecter la Vérité.

Des nains décident de transformer le plomb en or par l’intermédiaire des lettres mobiles d’une presse, au grand détriment de la Guilde des Graveurs. Monsieur des Mots, dont l’une des occupations est d’envoyer à quelques personnalités une feuille d’information les rencontre, et toute sa vie va en être transformée. Celle d’Ankh-Morpork aussi, qui voit naître un nouveau pouvoir, celui de la presse, avec tout ce qui va autour : journalistes d’investigation, presse “populaire”, presse à scandale…
Un petit passage parmi tant d’autres.
– «Oui monseigneur, il peut, dit monsieur Biaiseux. Malheureusement. Le droit à la libre expression est une belle et ancienne tradition morporkienne »
– Grand dieux, c’est vrai ?
– Oui, monseigneur.
– Comment a-t-elle réussi à survivre, celle-là ?
– Je ne saurais dire, monseigneur, répondit Biaiseux.

DILVICH
Toute personne, toute institution doit rendre des comptes à quelqu’un. Mais la presse, à qui doit-elle en rendre ? À la Vérité, celle avec un «V » majuscule ? Sous quelle forme peut-elle demander ces comptes. Lorsque pour le journaliste, l’important est que la vérité soit vraie au moins jusqu’à la prochaine édition, où sont les limites ? Un écueil sur lequel va buter le commissaire Vimaire, ainsi que certains puissants.

Voilà de quoi s’est occupé Terry Pratchett dans ce vingt sixième volume des Annales. On ne sortira de Ankh-Morpork que par la porte des sémaphores apparus dans le volume précédent. Parce que même si un mensonge a le temps de faire le tour du monde avant que la vérité enfile ses chaussures, l’information…il n’y a pas besoin d’aller bien loin pour l’inventer, lui donner vie le temps de quelques heures.
On retrouve avec toujours le même plaisir le Guet, le Patricien, quelques participations de J’m’tranche la gorge, Monsieur Lépingle et Monsieur Tulipe, deux tueurs psychopathes, mais professionnels, la cour des miracles avec Ron l’Infect. Voilà pour les humains, bien que donner ce qualificatif à Ron l’Infect porte à caution. Du côté non humain, Maître Biaiseux, un zombie, avocat véreux à souhait, tout aussi protégé par la Loi que Monsieur des Mots par la Liberté de la presse. Gaspode, le chien qui parle, des nains, le capitaine Carotte…, à moitié nain, si si…, un loup garou, enfin une, de temps en temps humaine, un iconographe vampire repenti qui a là choisi un métier bien dangereux… et toute la population multiraciale de cette ville cosmopolite qu’est Ankh-Morpork. Un terrain parfait pour évoquer un des sujets sous-marins de ce volume, le racisme, l’ostracisme, la xénophobie.

Ce n’est pas l’un des volumes qui m’a fait le plus rire. Mais le récit garde son mordant, son accroche avec notre réalité, et son délire organisé. Un futur volume pourrait bien traiter de la télévision et de ses talk-shows, ses émissions de divertissement. Sans oublier son public. Terry Pratchett arrive à montrer les défauts humains, mais sans aucun cours de morale. Et là, c’est toujours un exploit. On se reconnaît, on reconnaît ses voisins, ses connaissances dans la population d’ Ankh-Morpork, mais c’est un constat sans reproche, juste un peu triste, ou très énervé, mais jamais accusateur. Terry Pratchett sait qu’il fait partie de ceux dont il parle. Qu’il est aussi humain. Je crois que là est aussi une des magies de l’auteur.

Comme d’habitude, tous mes remerciements à l’écrivain, à son traducteur Patrick Couton, et à Josh Kirby qui sait si bien, en une couverture colorée résumer quatre cents pages.

ETIENNE
Le Disque Monde prend une épaissuer nouvelle avec ce roman, le rapprochant de plus en plus du notre. son approche de la presse, naivement idéaliste initialement, puis relativement cynique par la suite (les noms font vendre…) est particulièrement bien trouvée à mon avis.
L’humour est toujours aussi présent mais je trouve qu’il évolue vers plus de finesse, moins de premier degré et plus d’ironie.

Bref, toujours aussi fan.

L’Atalante La Dentelle du cygne (2005)431 pages 9.99 € ISBN : 2-84172-299-6
Traduction : Patrick Couton
Titre Original : The Truth (2000)

Couverture : de Josh Kirby

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