L’arithmétique terrible de la misère de Catherine Dufour

Le mois de septembre voit la parution de deux titres signés de Catherine Dufour avec d’un côté aux éditions du Seuil le roman au bal des absents et de l’autre, un recueil de nouvelles aux éditions du Belial, L’Arithmétique terrible de la misère.

Il est important de préciser que ce nouveau recueil de nouvelles n’est pas sans faire écho à L’Accroissement mathématique du plaisir que nous avions chroniqué il y a 10 ans désormais et qui était déjà illustré à l’époque avec talent par Philippe Caza. A noter que Catherine bénéficie pour la préface du recueil de la plume d’Alain Damasio.

Au travers des 18 nouvelles que composent ce recueil, nous allons pouvoir à nouveau découvrir toute l’étendue de la qualité de novelliste de l’autrice, même s’il est important de préciser que les deux dernières nouvelles doivent être mises à part, elles sont d’ailleurs mises en “Appendice” au niveau du recueil même. Parlons-en d’ailleurs rapidement, la première nouvelle concerne La Vie sexuelle d’Alfred de M. et pour ceux qui n’aurait pas deviné, il s’agit bien sûr d’Alfred de Musset, qui est donc plus dans la veine historique, et est bien sûr à rapprocher d’un autre écrit de Catherine, aux éditions 1001 nuits : La vie sexuelle de Lorenzaccio. La deuxième nouvelle Coucou les filles est vraiment très particulière, et violente… Le Disclaimer en introduction vous permettra de comprendre la logique de l’écriture, même si cette nouvelle pourra déranger, ou pas d’ailleurs, selon que vous êtes à l’aise ou pas avec la violence gratuite… Pour ma part, j’y ai trouvé un côté rétro / collection Gore qui ne m’a pas déplu ;).

Je rajoute aussi que j’ai considéré Glamourissime ! comme une nouvelle à part entière même si elle représente plus à mes yeux un entrefilet publicitaire entre les nouvelles : les produits proposés sont totalement inutiles et donc indispensables pour les personnes qui vivent déjà dans le besoin…

Chacune des nouvelles va aborder sous un angle différent la misère, et va nous questionner sur le monde que nous construisons et sur son devenir… Le pire, c’est que nous sentons que ce monde décrit, dont léchéance est tellement proche (Glamourissime ! nous parle de 2040), est tellement probable que nous aimerions avoir des clés pour nous en échapper.

Malheureusement, les chutes nous incitent plutôt à penser que cela ne finira pas bien, même si nous devons avouer que L’Arithmétique terrible de la misère est la (seule) nouvelle qui va nous laisser un peu d’espoir sur ce que deviendra l’humanité… Influenceur sur les réseaux, Bootz va petit à petit s’ouvrir sur son environnement et sur la situation de son monde… et cette ouverture va lui donner une conscience. De fil en aiguille, il va surtout comprendre qu’il peut être un acteur et user de son influence autrement que pour faire vendre des produits…

Notre rapport à la technologie surtout est pointé du doigt, et nous parlons bien de notre rapport à la technologie et pas la technologie en elle-même. L’exemple le plus marquant pour moi se trouve dans la nouvelle Wifi où nous voyons la dérive d’un père confronté à une éducation de son fils par la gestion du big-data produit par Amazon (pour faire très simple)…

L’Art sera au coeur des nouvelles Tate Moon ou encore Pâles Mâles (même si dans cette dernière, le sujet est bien plus l’exploitation des masses laborieuses pour le seul plaisir des riches).

Je vais vous laisser découvrir le reste des nouvelles par vous-mêmes, vous vous poserez peut-être la question de savoir à quoi fait référence la mention Une émanation du groupe Zanzibar (Designer la mémoire, Oreille amère, Wezip et Pâles mâles). Je vous invite à vous rendre ici : http://www.zanzibar.zone/.

Je voudrais en conclusion de cette chronique indiquée deux nouvelles (liées) qui m’ont aussi beaucoup plus, Un temps chaud et lourd comme une paire de seins et La tête raclant la Lune mettant en avant Ulalee, une lieutenante de la brigade criminelle du Seattle Police Department. La façon dont sont menées les enquêtes et surtout la façon dont sont décidées où non d’en conduire une sont assez intéressante pour montrer que la misère se situe aussi dans l’importance que nos services publics accorde aux concitoyen.ne.s en fonction de leur origine ou quartier.

Le Bélial (Septembre 2020) – 382 pages – 19,90€ – 9782843449680
Couverture : Philippe Caza
Préface : Alain Damazio

Et si, après plus d’un siècle de vie, vous vous retrouviez dans un corps tout juste sorti de l’adolescence ?
Et si, en guise de petit boulot, le huitième cumulé depuis le début du mois, on vous proposait enfin un vrai job : mourir ?
Et si, finalement, votre meilleur ami était ce machin bizarre aux allures de R2-D2 laissé par votre coloc’ dans l’appartement ?
Et si vous n’étiez pas vous, mais le clone de vous ?
Et si Patrick Bateman était… une femme ?
Et si l’Intelligence Artificielle avait déjà gagné ?
En dix-sept récits comme autant de coups de couteau, Catherine Dufour esquisse les contours d’un futur qui ne parle que de nous-mêmes, la place qu’on y prendra et, de fait, la manière dont il nous traitera. Une science-fiction radicale, à l’os, à en faire mal parfois, souvent à en rire, à en pleurer toujours — de joie comme de tristesse.

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