Le Chaos final de Norman Spinrad

Bart Fraden, fonctionnaire véreux, corrompu et manipulateur a réussi a devenir gouverneur de la province de New York, région memre de l’Union Atlantique. Mais une fois ses magouilles découvertes, il s’est enfui dans l’espace et est arrivé dans la Nouvelle Afrique du Sud, sorte d’état spatial dispersé sur de nomreux astéroïdes. Là, il a mis au point une révolution à l’aide de Vanderling, un génie de la guerre reconverti dans le piratage, et a fondé l’Etat de la Ceinture Libre. Mais par malchance, les Etats de la Terre s’unissent et décident de conquérir tous les micro-états qui commencent à pulluler dans l’espace. Et qui est le premier sur leur liste ? L’ECL, bien entendu. Après une résistance aussi héroïque que brève, Fraden s’enfuit avec Sophie, sa compagne, et le Général Vanderling vers d’autres cieux plus accueillants, et surtout propices à une révolution qui l’amenerait rapidement au pouvoir.

Et il tombe sur Sancre, la planète idéale pour lui. Une population de quinze millions d’individus dominés par quelques milliers de personne, une immense campagne dirigée par une grande ville, des maquis à perte de vue, une absence de contacts avec le reste de l’humanité depuis plus de deux cent ans et une recherche de la volupté par l’aristocratie. Or, outre son talent pour la révolution, Fraden apporte dans ses cales cent tonnes de drogues diverses. Il conclut un accord avec les dirigeants, les approvisionne en came et obtient en échange sa place dans l’aristocratie. Pendant ce temps, Vanderling s’enfonce dans la campagne pour mettre en place un groupuscule de guerrilleros révolutionnaires. Mais comment peut il faire quand ceux qu’il vient libérer sont apathiques, serviles, et surtout trouvent normale l’exploitation dont ils sont les victimes ? Un véritable défi attend les trois comploteurs.

Le Chaos final, aussi nommé Ces hommes dans la jungle selon les versions est le deuxième roman de Norman Spinrad, et non le moins mauvais. Comme dans ses romans ultérieurs, il y est toujours question de la conquête du pouvoir, des compromissions des hommes et des vices conséquents. Dans Jack Barron, nous découvrions le pouvoir médiatique, dans Rêve de fer le pouvoir idéologique, et dans La Grande guerre des Bleus et des Roses le défi de la survie d’une démocratie démagogique face au début d’une sorte de pluralisme sexuellement connoté. Ici, nous assistons à une des formes de politique les plus interessantes, mais aussi la plus marquante du vingtième siècle : la Révolution, ou comment un groupuscule arrive à entrainer le peuple prétendument exploité dans son sillage pour renverser le pouvoir en place et reprendre ses attributs impérialistes. C’est choquant, c’est cynique, c’est violent, c’est phallique, c’est Spinrad.

Spinrad nous présente un système profondément injuste, où quelques milliers d’hommes qui se font appeler les Frères, bénéficient de tous les droits, dont ceux ce vie et de mort sur le reste de la population, à l’issue d’une initiation quasi religieuse. Ils s’appuyent sur une armée composée de clones appelés les Tueurs, et qui ne sont conçus que pour tuer. On trouve en dessous les Animaux, la majeure partie de la population, qui vit surtout à la campagne ou en ville pour servir les Frères. Ces Animaux élèvent les Viandanimaux, des humains engraissés et mangés par les Frères, qui mangent aussi des Animaux parfois. Enfin, il y a les bestioles, insectes génétiquement modifiés pour cultiver la terre à la place des Animaux afin que ceux ci élèvent les Viandanimaux. Un système complémentaire et qui vise au final à la satisfaction des plaisirs d’une minorité. Une situation clairement propice à une révolution, si ce n’est que pour les Animaux, ce système sociale relève de l’Ordre naturel, et rien ne peut venir le remettre en cause puisqu’ils ont été élevés pour le respecter. Pour venir à out de cet endoctrinement, il n’y a qu’une solution : faire pire mais en cachette. Ce que feront Fraden et ses acolytes.

Pour nous raconter leurs “exploits”, Spinrad utilise un ton exalté, ils apparaissent en héros, font des actions merveilleuses, renversent l’ordre établi pour créer un monde plus juste. Mais, peu à peu, le doute s’installe et la désillusion commence à poindre derrière la gloire factice du pouvoir. On a entretemps la découverte par Fraden de l’étendue de son pouvoir sur la population, qui se traduit par une virilité exacerbée, quasiment machiste aboutissant à une relation extrèmement phallique avec Sophie, témoin émerveillée de la force de son amant. Puis la scène finale, celle de la conquète du pouvoir, de l’aboutissement des efforts du héros est là tout à fait épique. Un affrontement gigantesque entre les deux armées, une bataille que l’on pourrait qualifier d’homérique, des sacrifices, du sang, des masses qui tombent pour la gloire de leurs chefs respectifs, et toujours la découverte sinistre. Conclusion logique, les héros préparent un plan B car leur réussite leur devient insupportable à cause des moyens employés, alors même qu’ils se croyaient dénués de cette sensibilité. Un schéma classique, quasiment Spinradien, puisqu’on le retrouve identique dans la plupart de ses oeuvres précédemment citées. Une répétition structurelle qui n’a néanmoins rien d’ennuyeux, au contraire, puisque les formes du pouvoir changent à chaque fois, ainsi que la psychologie des héros, des méchants, ainsi que les obstacles dont il faut triompher. Ca paraît assez simple de prime abord, mais avec Spinrad, ça devient illico une histoire palpitante teintée d’un regard désabusé sur le monde, car il ne faut pas s’y tromper, si le contexte est futuriste, le sujet est contemporain. Hélas.

Et on s’amuse et on rigole. Vive le massacre, vive la justice, vive la révolution.


Le chaos final
Beurk ! Voici Sangre la planète rouge : tortures-terreur-cannibalisme.
Ouais ! Voilà Bart Fraden le libérateur : embuscades-rapines-victoire.
La Révolution est en marche.
C’est ça LE CHAOS FINAL !
ET ON S’AMUSE ET ON RIGOLE !!

Presse Pocket science-fiction (1990)315 pages ISBN : 2-266-02747-6
Traduction : Michel Pétris
Titre Original : The Men in the Jungle (1967)

Couverture : W.Siudmak
Champ Libre 1974

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