Le Dernier de son esp

Duane Fitzgerald vit seul en ermite à Dingle. Sa vie est réglée minutieusement, rien n’est laissé au hasard. Il faut dire qu’il n’a pas grand chose à faire, alors il cherche à tout prix à meubler son ennui, car malgré son jeune âge, il est déjà retraité de l’armée. Tout pourrait se passer paisilement, au rythme de ce paisile village marin, bercé par les cris des mouettes et le fracas des vagues se brisant sur la plage, si Duane n’avait pas tous ces problèmes. De temps en temps, il se réveille paralysé ou aveugle, en tout cas souvent en mauvaise posture, et il n’a plus qu’à prendre son mal en patience jusqu’à ce que ça aille mieux. Il n’est pas atteint d’un mystérieux mal qui le ronge, non, il est tout simplement usé. Usé car Duane n’est plus tout à fait humain, il est un cyborg, mi-homme, mi-machine. Terminator, c’est lui. Il a sui de nombreuses opérations afin de devenir un super soldat, un clone de l’homme qui valait trois milliards, une sorte de super héros bourré de technologie miniature. Evidemment, ça n’a jamais fonctionné correctement, et sur les dix volontaires de départ, seuls cinq ont survécu, montrant que le projet n’était pas encore au point. Alors l’armée les a mis à la retraite, puisqu’ils étaient devenus inutile. Mais aujourd’hui, un homme est arrivé en ville, et il pose de drôles de questions sur Duane. Un mécanisme implacable va alors se déclencher.


Andreas Eschbach, c’est l’exception, puisque c’est l’un des seuls auteurs allemands de science-fiction à être traduit en France. Autant dire que sa tâche est lourde puisqu’il doit quasiment la représenter à lui tout seul, heureusement qu’il nous a donnés des chefs d’oeuvre comme des milliards de tapis de cheveux ou…le dernier de son espèce.

Duane Fitzgerald est l’équivalent littéral de l’homme qui valait 3 milliarss, série télévisée américaine des années 70 à laquelle il est d’ailleurs fait constamment référence. Eschach ne cache pas l’influence, mais sait aussi retourner la paternité, prendre un autre point de vue, voir d’autres questions liée à cette évolution de l’être humain pour en faire le coeur de son livre. Duane est lui aussi un homme bionique, mais il n’est ni astronaute ni Steve Austin, et sa vie a été toute différente. On a ici la vie de retraité de Duane et ses souvenirs de sa vie de cobaye dans des laboratoires américains. Car la vérité est bien là, il n’a jamais combattu. Il est une aberration de la nature.

Un constat qui le hante et le ronge. Le hante car lui un fervent patriote, le premier militaire volontaire pour ce projet, ardent à défendre son pays et qui trouve même des excuses pour l’attitude de l’armée à son égard, regrette que toutes ces années de sacrifices et d’entrainement n’aient servi à rien du tout. Le ronge aussi car, tel un mal indisidieux, ses éléments bioniques se détériorent peu à peu et menacent sa santé, pour ne pas dire sa vie. Il est inextricablement fait de métal et de muscle, et une défaillance mécanique peut signifier sa mort, et il en est conscient. Alors pour lutter contre ces deux maux, il n’a qu’un seul remède, le seul qui ait jamais véritablement marché : la philosophie. Seules les sentences sur l’existence de Sénèque sont capables de lui dicter sa conduite, de l’aider à survivre, à le guider.

Et quand la situation dégénère, quand les ennuis s’accumule, on se prend de pitié pour cet être qui n’est plus vraiment un homme, mais qu’on ne peut s’empêcher d’admirer, car il sait rester stoïque face aux événements qui se déchaînent contre lui et met tout en oeuvre pour leur résister. Ses espoirs sont bien minces, son avenir inexistant puisqu’il dépend de l’armée américaine, mais sa dignité restera intacte. Jusqu’au bout il combattra, jusqu’au bout il sera un homme même si, à cause des modifications morphologiques subies, il est le dernier de son espèce. Un baroud d’honneur qu’on n’oubliera pas si facilement, je vous le garantis.

Dans un petit village de pêcheurs sur la côte occidentale irlandaise, un homme s’est retiré qui porte un lourd secret. On lui avait promis l’avenir d’un surhomme : l’invalidité le guette aujourd’hui. Il se voyait devenir un héros : il est obligé de se cacher du monde. Il n’espère plus désormais que de vivre dans le calme et l’oubli le reste de son existence. Or voici qu’un inconnu le recherche, que le passé brusquement lui surgit à la figure et que l’avenir s’obscurcit. Car le secret de Duane Fitzgerald c’est lui-même. Il est le dernier de son espèce. Révélé par l’étrange et poignant Des milliards de tapis de cheveux, Andreas Eschbach s’est affirmé comme un maître du suspense avec Jésus vidéo. Tout au long de ce stupéfiant nouveau frileur de science-fiction, il nous invite à une quête de l’humanité à travers l’aventure d’un homme solitaire qu’on en a exclu.
L’Atalante (2006)290 pages 19.00 € ISBN : 2-84172-325-9
Traduction : Joséphine Bernhardt er Claire Duval
Titre Original : Der Letzte seiner Art (2003)

Couverture : Manchu
L’Atalante 2006

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