Le gambit des

Jerg Algan est un aventurier, prêt à parcourir la vieille Terre, berceau originel des hommes, pour n’importe quel mauvais coup, pour une expédition illégale, un safari à la recherche du dernier lapin de garenne ou toute autre activité qui rapporte gros. Mais ce qu’il refuse absolument, c’est de s’envoler vers l’espace. Une haine viscérale pour ce vide, ou un amour profond pour sa planète, l’en empêche. Aussi, lorsque dans ce bar miteux de Dark, la plus grande ville terrienne, cet homme généreux – prompt à lui payer de nombreuses tournées de zotl, l’alcool extraterrestre à la mode – lui propose de s’embarquer pour l’espace, il refuse. Mais c’est en se découvrant poursuivi par cet homme et ses sbires, alors qu’il est ivre, qu’il se rend compte qu’il est tombé dans un piège du gouernement, qui ne recule devant aucun coup bas pour recruter des équipages de pionniers. Il est alors obligé de suivre un entrainement douloureux, mais nécessaire pour lui permettre de survivre dans le vide interstellaire. Lorsqu’il est enfin prêt, on le fourre dans une fusée et en route vers une nouvelle planète à défricher.
En route, il fait la connaissance de Nogaro, un marin taciturne avec qui il se lie d’amitié. Il lui apprend quelques ficelles du métier, et lui révèle leur destination : Ulcinor, une des dix planètes puritaines. Là bas, Jerg Algan trouve un artefact bien étrange chez un antiquaire, il s’agit d’un vieil échiquier qui, selon le vendeur, ne serait pas humain et, pis encore, serait plus vieux que l’humanité elle même. Il lui apprend ensuite qu’il a été choisi par les puritains pour aller explorer le centre de la galaxie, là où ils pensent pouvoir découvrir les ruines d’une ancienne civilisation extraterrestre. Mais il apprend bien vite de la bouche même de Nogaro que son compagnon n’est autre qu’un agent gouvernemental, qui l’a choisi pour effectuer la même mission, mais pour l’autre camp cette fois.
Partagé entre sa haine pour le gouvernement et la méfiance que lui inspirent les puritains, Jerg Algan s’embarque pour une longue expédition vers les citadelles noires, seuls vestiges de cette civilisation mythique. En tout et pour tout, il n’a que l’échiquier avec lui. Il est un pion sur un échiquier galactique, mais il ne distingue pas encore les rangs adverses.


Le gambit des étoiles est le premier livre de Gérard Klein, actuel dirigeant de la collection Ailleurs et Demain chez Robert Laffont, et aussi grand économiste de renom. Mais à ce palmarès prestigieux s’ajoute celui d’auteur, et pas des moindres. Autant vous dire tout de suite qu’il affectionne le space opéra, et que ça se voit, et surtout qu’il maitrise ses codes à la perfection. D’ailleurs, il avait bien failli remporter le prix Jules Verne en 1958 avec ce roman.

Si nous devions faire simple, nous situerions Gerard Klein entre A.E.Van Vogt et Jack Vance, rien que ça. Et je peux vous garantir qu’il n’a rien à leur envier, voire qu’il se révèle meilleur qu’eux. En effet, dans le gambit des étoiles, nous sentons la forte inspiration du Monde des A, mais nous percevons aussi les élements qui, quelques années plus tard, donneront Le Prince des étoiles. Un héros à l’apparence banale, un destin galactique, des péripéties sans nombres, des ennemis amicaux et des amis hostiles, une quête infinie à travers les étoiles pour un but qui semble s’éloigner de plus en plus, tout y est, le décor d’un fabuleux space opéra est planté.

N’oublions pas non plus la faune variée, la beauté des paysages, la précision des sentiments, des actions. Mais avant tout, c’est une histoire tarabiscotée comme on les aime, une mission suicide, un héros rempli de haine, et des indices habilement disposés ici et là, qui s’emboitent petit à petit pour nous livrer leur solution. Le tout accompagné d’une habile reflexion sur l’expansion de l’homme dans l’univers, sa place dans l’ordre des choses et la gestion d’une société où les distances entre villes se calculent en parsecs. Ici, le contre-pied est pris par rapport à des livres comme ceux d’Asimov, où le déclin était inéluctable. Une vision interessante, qui sait renouveler les codes du space opéra, sans nous dépayser.

Il avait trente-deux ans…Il se nommait Jerg Algan…Il n’avait presque rien fait sinon silloner la Terre comme n’importe qui, sans la moindre gloire…
Et puis un jour, il a du quitter le refuge des hommes…Il a abordé la galaxie stellaire – dans le repli le plus lointain dans ce lieu étrange où se trouvaient peut-être les solutions de problèmes immémoriaux…
Il y avait là de vastes citadelles noires, tels des pions gigantesques érigés sur les cases d’un échiquier interminable…
Alors Jerg Algan a entrepris la dernière phase de sa lutte : le gambit des étoiles…

Marabout (1971)180 pages ISBN : 2-7304-0058-3 Hachette 1957

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