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« La peine, c’est comme un poison, il ne faut pas la laisser à l’intérieur, sinon elle nous ronge. C’est pour cela que nous avons des larmes : pour nettoyer notre âme. »



Les clefs de Babel, de Carina Rozenfeld, charmante jeune femme pour qui la Normandie est exotique… on ne pouvait attendre plus dépaysant que ce roman venant d’elle!
Remarquez la superbe couverture de cet exemplaire de la collection Soon, aux éditions Syros, dirigée par Denis Guiot. La couverture est dans des tons foncés, aux couleurs de l’univers des bas étages de Babel, tandis que le tatouage de la jeune fille, Maïan, nous saute au visage. Et pas pour rien, car cette jeune fille est une clef. Elle possède cette clef sur son corps et à l’intérieur aussi, puisqu’il la rend spéciale, comme quatre autres enfants issus de divers étages de la tour de Babel.
Le visage imberbe de Maïan exprime toutes les émotions que les enfants peuvent ressentir : la peur de l’avenir, l’incompréhension face à l’intérêt, à la peur ou à la haine dont ils font l’objet en tant que symboles du renouveau. On trouve dans ce regard l’innocence de la jeunesse, et une sorte de pureté reflétée par le blanc de son couvre-chef.
Comme les autres livres de la collection, on retrouve des parties mises en valeur par un revêtement qui les fait briller. Ici, il s’agit bien sûr de l’héroïne si étrange, et en quatrième de couverture, c’est son tatouage qui joue avec la lumière : un entrelac de lignes concentriques, un peu comme un labyrinthe, cerclées dans un pentagone. Preuve est faite que ce roman recèle de nombreuses intrigues, mais que l’auteur maîtrise son oeuvre en ne laissant pas les mystères s’échapper en tous sens : elle distille les révélations peu à peu, nous ne savons ce que nous devons savoir en temps voulu, et pour le reste, c’est notre curiosité qui spécule!

Venons-en à l’histoire elle-même, à son contexte : un certain pays s’est amusé à créer des tours énormes, abritant tout ce que les hommes ont besoin pour vivre. Bien lui en prit, car l’humanité dans sa folie créa un nuage extrêmement toxique, au point que les survivants durent s’enfermer dans cette agglomération de tours, qu’on appela Babel. Il y eut une guerre de sécession, durant laquelle s’affrontèrent les Aériens, qui voulaient rester dans les étages les plus hauts de la tour, bien à l’abri des émanations du nuage et ceux qui voulaient aussi profiter de cet air sain. Mais il n’y avait pas assez de place pour tout le monde… Ils chassèrent bon nombre de malheureux dans les étages inférieurs, puis condamnèrent les issues.
De nombreux siècles passèrent, et chaque société évolua selon ses critères et la dose de poison dans l’air. Mais les Gardiens, qui sacrifièrent leur vie pour un sommeil ponctué de phases de réveil, virent que la terre était à nouveau prête à accueillir les hommes. Il enclenchèrent donc un système pour que, tout doucement, les habitants de Babel sortent de leur abri confiné…ce système réside dans cinq enfants, déposés à différents étages de la tour, qui possèdent en eux le pouvoir de trouver et d’ouvrir les portes de Babel.

Je ne dirai rien de plus sur les différentes sociétés organisées dans la tour, je vous laisse les découvrir vous-mêmes : surprises garanties! Chacune est originale, avec ses règles, ses idéaux et ses fléaux, et chaque chapitre est un voyage vers l’inconnu. Savourez!

Pour finir je dirai qu’avec ce roman, Carina Rozenfeld nous montre une fois de plus que son imaginaire dépasse nos limites, et sait créer dans ses livres notre avenir de façon à ce que l’espèce humaine ait un peu d’espoir dans son futur (pas comme Barjavel qui a l’art de nous rendre misanthropes!).

Une citation? La voici :
« La peine, c’est comme un poison, il ne faut pas la laisser à l’intérieur, sinon elle nous ronge. C’est pour cela que nous avons des larmes : pour nettoyer notre âme.

Liram vit chez les Aériens, dans les plus hauts étages de la tour de Babel où se sont réfugiés les hommes depuis que le Grand Nuage a empoisonné la Terre, il y a mille ans. Suite à un drame – ses parents sont assassinés -, Liram doit abandonner son univers douillet pour fuir dans les étages inférieurs, peuplés par ceux que les Aériens ont repoussés vers le bas dix siècles plus tôt, avant de condamner toutes les issues… Lors de sa descente dans ce monde sordide, hanté par des mutants et ravagé par la misère, il rencontrera quatre adolescents marqués d’un mystérieux tatouage et dotés de pouvoirs étranges. Liram comprendra alors qu’il est lui-même porteur d’un destin exceptionnel, très lourd pour ses jeunes épaules. Heureusement, il n’est pas seul…
Syros - Soon - (mai 2009)- 274 pages 14.00 € ISBN : 9782748508406 (2009)
Couverture : Stephanie Hans

Les Clefs de Babel de Carina Rozenfeld, 8.5 out of 10 based on 2 ratings